Décès du haut dirigeant palestinien Saëb Erakat, négociateur infatigable

Le haut dirigeant palestinien Saëb Erakat est décédé à 65 ans
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Le haut dirigeant palestinien Saëb Erakat est décédé à 65 ans - © ABBAS MOMANI - AFP

L’une des figures palestiniennes les plus connues à travers le monde, Saëb Erakat, est décédée ce mardi après avoir contracté le nouveau coronavirus à l’âge de 65 ans.

Atteint de fibrose pulmonaire et greffé du poumon, Saëb Erakat est décédé à l’hôpital Hadassah de Jérusalem, où il avait été admis le 18 octobre dernier.

Secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat était aussi l’un des plus anciens acteurs de la lutte politique des Palestiniens pour un Etat indépendant.

Négociateur infatigable

Journaliste, cet universitaire qui avait étudié à Bradford en Grande Bretagne, était également professeur à l’université Al Najah en Palestine. Sa carrière politique revêt un caractère exceptionnel par sa longévité.

"Le docteur Saëb Erakat était un acteur principal depuis des décennies, acquiesce Hassan al-Baalawi, Premier conseiller à la mission de Palestine à Bruxelles, un acteur important de la lutte nationale palestinienne. La lutte sous l’occupation israélienne tout d’abord, avant la création de l’Autorité palestinienne et le retour de l’OLP dans les territoires occupés, puisqu’il était un fervent militant contre l’occupation, lorsqu’il était enseignant à l’université à Naplouse. Quand il y avait pour la première fois une possibilité de négociation entre les Palestiniens et les Israéliens, dans le cadre arabe à Madrid, il était là, aussi".

Depuis lors, négociateur infatigable, Saëb Erakat a été la cheville ouvrière de toutes les discussions de paix, à l’exception de celles qui ont préparé secrètement les accords d’Oslo.

Nommé en 2003 chef de l’équipe de négociations de l’OLP, il avait démissionné de ce poste brièvement en 2011 en raison de la divulgation de centaines d’archives sur les discussions avec Israël de 1999 à 2010 – les "Palestine Papers"- diffusées par la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera.

Il avait repris du service au premier plan sous la présidence Obama, avant que cette tentative de conciliation n’échoue encore une fois en 2014.

Un Etat palestinien qu’il ne verra pas

Saëb Erakat était aussi présent dans la construction de l’Autorité palestinienne, sur les territoires occupés. "Pour toutes ces raisons nous perdons un acteur important, un témoin de la lutte et de la période de la construction d’un Etat, ajoute Hassan Baalawi, mais aussi de la période des tentatives pour trouver une solution juste et honorable pour le peuple palestinien".

Saëb Erakat, secrétaire général de l’OLP (archives constituées le 19/10/2020)

Saëb Erakat exprimant son désaccord à propos de la récente normalisation des relations entre Israël et certains pays arabes, décidée sans paix préalable entre les Palestiniens et l’Etat hébreu.

Le haut responsable Erakat, toujours en costume cravate, était encore un interlocuteur incontournable des émissaires étrangers. Son humour et son sens de la formule ont marqué ses partenaires de négociation. Il était aussi l’un des responsables palestiniens les plus loquaces sur Twitter, publiant quasi quotidiennement des messages en arabe et en anglais.

L’homme aux éternelles lunettes rectangulaires sans monture avait multiplié ces derniers mois les déclarations contre le projet israélien d’annexion de la Cisjordanie occupée et, ces dernières semaines, contre la normalisation des relations entre Israël et des pays du Golfe, conclue sans paix préalable entre les Palestiniens et l’Etat hébreu.

Condoléances à travers le monde

Le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a présenté les "condoléances" ce mardi. "Attristée", l’ancienne négociatrice israélienne Tzipi Livni a également présenté ses condoléances "aux Palestiniens et à la famille" de Saëb Erakat. "Saëb a consacré sa vie à son peuple. Malade, il m’avait écrit : ‘Je n’ai pas terminé de faire ce pour quoi j’étais né’", a-t-elle déclaré sur Twitter.

"Vous nous manquerez mon ami", a tweeté l’émissaire de l’ONU pour le Moyen-Orient, Nickolay Mladenov. "Vous êtes resté convaincu qu’Israël et la Palestine pouvaient vivre en paix, n’avez jamais abandonné les négociations et avez défendu fièrement votre peuple", a-t-il salué. "Sa mort représente une grande perte pour le peuple palestinien et pour le processus de paix au Moyen-Orient", a estimé pour sa part le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

"Nos pensées et prières sont avec sa famille en ces temps difficiles", a réagi le Département d’Etat américain.

Né à Jérusalem en 1955, sept ans après la création d’Israël, il fut un proche de Yasser Arafat, leader historique du mouvement national palestinien, même s’il ne l’a pas suivi dans ses exils successifs. Faisant partie du cercle restreint autour du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, Saëb Erakat passait pour certains pour l’un de ses successeurs potentiels. Sa mort est une "perte immense pour la Palestine et pour notre peuple", a réagi ce dernier ce mardi. "A la Palestine manque aujourd’hui un chef patriotique, un grand combattant qui a joué un rôle crucial dans l’élévation du pavillon de la Palestine", a-t-il ajouté, décrétant un deuil national de trois jours.

Sa dépouille a été transférée dans l’après-midi vers un hôpital de Ramallah, ville de Cisjordanie occupée où une cérémonie militaire doit être organisée mercredi matin. Saëb Erakat sera ensuite enterré à Jéricho, dans la vallée du Jourdain où il habitait.

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