Le gouverneur de Porto Rico démissionne, scènes de liesse sur cette île au statut très complexe

Après deux semaines de manifestations dirigées contre lui, le gouverneur de Porto Rico Ricardo Rossello a annoncé sa démission et déclaré que la secrétaire à la Justice Wanda Vazquez lui succéderait temporairement. Une annonce qui a suscité d’immenses scènes de joies dans les rues de San Juan, devant la résidence du gouverneur. Il faut dire que Ricardo Rossello n’avait guère le choix. Le président de la chambre des Représentants avait annoncé que si le gouverneur ne démissionnait pas, une procédure de destitution serait lancée contre lui.

L’origine de la protestation…

Le 13 juillet, le Centre de journalisme d’investigation de Porto Rico révèle le contenu de conversations entre le gouverneur et onze hauts responsables locaux, anciens ou actuels, sur la messagerie cryptée Télegram. L’un des collaborateurs du gouverneur plaisante sur les victimes de l’ouragan Maria qui a fait plus de 3000 morts en 2017. Il est aussi question d’une avalanche d’insultes sexistes et de commentaires homophobes concernant notamment le chanteur Ricky Martin. Le ton du gouverneur est arrogant et suffisant. Lui, dont l’administration est déjà accusée de corruption et de détournement de fonds, vient de mettre le feu aux poudres. La population appauvrie par des années d’austérité, de crise économique, marquée par les catastrophes naturelles, ne supporte plus l’équipe en place, une élite politique centrée sur elle-même. La justice organise des perquisitions chez le gouverneur et ses collaborateurs et le 23 juillet, 500.000 personnes se retrouvent dans les rues de San Juan.

Porto Rico, un "Etat libre associé"

Les habitants de Porto Rico sont des citoyens américains. Ils peuvent circuler librement dans les 50 Etats américains sans passeport mais leur citoyenneté ne leur permet pas de voter aux élections nationales. Porto Rico envoie un délégué à la Chambre des représentants mais il ne peut voter qu’en commission. Un statut très particulier donc et qui traduit la complexité des relations entre l’île et les Etats-Unis. L’ancienne colonie espagnole, devenue territoire américain à la fin du 19e siècle, dispose, depuis les années 50', du statut spécial d'"Etat libre associé". Les Portoricains ne paient pas d’impôts fédéraux mais ils contribuent à la Sécurité sociale, au système d’assurance santé et paient les taxes à l’import et à l’export. Lors d’un référendum organisé en 2017, les Portos Ricains ont une fois de plus exprimé leur désir de devenir le 51e Etat américain. Le gouverneur démissionnaire en avait d’ailleurs fait un objectif prioritaire. En attendant, secouée par un vaste scandale de corruption, l’île a beaucoup de mal à se relever de l’ouragan Maria. Aujourd’hui, 44% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

 

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