Le glyphosate autorisé en 2017 sur base d'un rapport de Monsanto

Le glyphosate autorisé en 2017 sur base d'un rapport de Monsanto
Le glyphosate autorisé en 2017 sur base d'un rapport de Monsanto - © PHILIPPE HUGUEN - AFP

Le rapport d’évaluation du glyphosate, document utilisé pour autoriser à nouveau le puissant herbicide fin 2017 au niveau européen, est un plagiat. C’est l’Institut fédéral d’évaluation des risques allemands (BfR), mandaté par l’Union européenne pour produire ce rapport, qui a recopié mot pour mot près de 70% d’un document produit par Monsanto, entre autres. Une nouvelle preuve de la proximité entre les géants de l’industrie agro-alimentaire et l’Union européenne.

C’est un rapport commandé par les députés européens et déposé ce mardi 15 janvier qui l’a révélé : le texte qui a permis d'autoriser à nouveau ce pesticide, si décrié en 2017, a été en grande partie recopié. Selon l’étude, les chapitres-clés de l’évaluation scientifique produite par l’Institut fédéral d’évaluation des risques allemands (Bundesinstitut fur Risikobewertung, ou BfR) sont le fruit de plagiat à 50% et de copiés-collés à 70%.

C’est l’historien et spécialiste du plagiat autrichien Stefan Weber et le biochimiste Helmut Burtscher-Schaden qui ont produit ce nouveau rapport, avec le soutien de l’ONG Global 2000. Une étude qui a ensuite été passée au peigne fin par des experts en plagiat scientifique avant sa publication aujourd’hui. Selon cette expertise, "il est clair que l’adoption par le BfR, sans recul critique, d’informations biaisées, incorrectes ou incomplètes fournies par les fabricants [de glyphosate] a influencé la base même de son évaluation" des risques liés à ce produit.

L’impact sur l’environnement évalué correctement, pas celui sur la santé

Pour Lionel Delvaux, chargé de mission à la Fédération Inter-Environnement Wallonie, l’analyse faite par les deux scientifiques montre "que l’évaluation éco-toxicologique - donc des impacts du glyphosate sur l’environnement - a été bien faite, mais que c’est l’évaluation toxicologique qui a été mal faite ". Dans les parties sur les risques pour la santé publique, l’on retrouve (…) "énormément de copiés-collés notamment dans les données produites par l’industrie" relève Lionel Delvaux. Mais par-dessus tout, ce qui pose problème selon ce coordinateur, c’est que le rapport reprenne "à son compte les évaluations faites par Monsanto des publications scientifiques sur les risques pour la santé du glyphosate".

Le problème, c’est que c’est sur base de ce document produit par l’institut allemand que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et les experts des Etats membres ont décidé d’autoriser à nouveau cet herbicide, pourtant largement décrié. Les experts européens avaient même statué sur le fait que le glyphosate ne posait pas de danger cancérogène malgré des conclusions contraires du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en 2015.

La santé publique ne peut plus passer après les intérêts de l’industrie chimique

Ce matin, parmi les députés ayant demandé cette étude, le député européen et corapporteur pour la Commission PEST (commission mise en place suite aux "Monsanto Papers" pour contrôler les mécanismes d’évaluation) Bart Staes, du groupe des Verts/EFA, réagissait à ce plagiat : "C’est extrêmement inquiétant de voir que jusqu’à 50% de certains chapitres du rapport du régulateur allemand ont été écrits par Monsanto. Une fraude d’autant plus grave qu’elle concerne les parties dans lesquelles les industries ont évincé les études mettant en garde contre la dangerosité du glyphosate". La coordinatrice des Verts européens-ALE pour la commission PEST, Michèle Rivasi, a elle averti : "La santé publique ne peut plus passer après les intérêts de l’industrie chimique (…)".

Un rapport politique sur le glyphosate présenté demain à Strasbourg

Ce rapport, c’est en fait l’un des premiers résultats des démarches entreprises fin 2017 par le Parlement européen pour mieux contrôler ses liens avec l’industrie agro-alimentaire et en particulier Monsanto. La commission PEST, mise en place au lendemain des enquêtes du Monde "Monsanto Papers", doit évaluer la procédure de mise sur le marché du glyphosate. Demain, c’est l’enquête politique autour de ce dossier du glyphosate qui sera présentée par le député européen français Eric Andrieu (Parti socialiste européen) devant les parlementaires européens à Strasbourg.

Archives : Journal télévisé 27/11/2017

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