Le fort de Brégançon: diplomatie et bains de mer

Brégançon: une résidence présidentielle bien surveillée
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Brégançon: une résidence présidentielle bien surveillée - © CLEMENT MAHOUDEAU - AFP

Le fort de Brégançon dans le Var, sur la commune de Bormes-les-Mimosas: c'est là qu'Emmanuel Macron a convié Vladimir Poutine ce lundi. Le président français reçoit dans sa résidence d'été dans le sud de la France. Mais avant le maître du Kremlin, nombres d'invités de marque ont défilé dans les murs séculaires de cette forteresse médiévale plantée sur un piton au bord de la Méditerranée.

En France, les résidences présidentielles sont légion. A Paris, il y a l'Elysée, mais d'autres sont moins connues : la Lanterne, une dépendance de Versailles chère à Nicolas Sarkozy, ou Souzy-la-Briche dans la forêt de l'Essonne, prisée par François Mitterrand, et puis ce fort varois, longtemps drapé de secret derrière son pont-levis, avant que François Hollande, le président normal, ne décide de l'ouvrir au public.

Forteresse royale destinée à protéger la côte toulonnaise des raids ottomans, ses premières fondations remontent au 15ème siècle. Sa longue histoire est parsemée de sièges et de destructions pendant les guerres. En 1793, il attire l’attention de Bonaparte, alors inspecteur des côtes, qui y séjourne d’ailleurs et qui le fera réparer une fois devenu premier consul.

La Défense l’emploie comme forteresse militaire mais malgré un premier classement en 1924, l’édifice se délabre. Il est mis en location jusqu’en 1963.

Tourisme et travail

Depuis le fort fait office de résidence d’été des présidents français. L’île est reliée à la côte par une jetée qui deviendra par la suite un parking et un héliport. Curieusement, le général de Gaulle, le premier à en bénéficier, n’y a séjourné qu’à une seule reprise en 1964. Il ne l’aimait guère. Deux raisons à cela : les moustiques et le lit, trop petit pour lui : ses pieds dépassaient. Une nuit "cauchemardesque"… De Gaulle lui a préféré des étés à Colombey-les-Deux-Eglises.

Son successeur, George Pompidou, s’y est plu. Avec son épouse Claude, il aménage le fort et opte pour un mobilier moderne. Du design français années 70 signé Pierre Paulin qui s’occupe aussi de l’Elysée. Cuir blanc, tables en plexiglas, art abstrait, bois scandinave… Les locataires successifs tourneront toutefois le dos à ce modernisme et aujourd’hui canapés fleuris et déco bourgeoise font un rien daté.

Pas de faste ici : les interventions architecturales contemporaines restent modestes avec une aile présidentielle, une autre pour les invités et le personnel de sécurité. Au sol du hall, des tomettes provençales. Deux salons, une seule salle à manger et un seul bureau pour le président. Les chambres sont de taille moyenne. Celle du président bénéficie d’une antichambre et d’une vue, depuis le lit provençal, sur l’île de Porquerolles. Le bâtiment est marqué par son passé militaire, donc les fenêtres sont petites. C’est frais l’été, c’est fonctionnel.

Le couple Pompidou passe nombre de week-ends à Brégançon, été comme hiver. Le président y reçoit Leonid Brejnev. Le drapeau soviétique flotte alors sur la plus haute tour du fort. Pareil pour Valéry Giscard d’Estaing qui en fait un lieu politique. L’endroit est favorable à l’esprit, pour lui, "Brégançon est un lieu de silence et de réflexion". Il y passe les vacances en couple : Pâques, puis les vacances d’été. Le mobilier se fleurit, Anne-Aymone opte pour du Louis XV vert pomme et rose ancien.

François Mitterand y a invité le chancelier allemand Helmut Kohl en 1985 et Jacques Chirac le président algérien Bouteflika en 2004. Nicolas Sarkozy y a accueilli la chef de la diplomatie américaine Condoleezza Rice en 2008. Les rencontres se font de façon informelle, les yeux dans les yeux.

Le fort n’est pas que le décor de ces rencontres internationales au sommet. En politique française aussi, le lieu a été témoin de moments clés comme le divorce entre VGE et son Premier ministre Jacques Chirac en 1976. Pour Valéry Giscard d’Estaing, le lieu invite à la réflexion. Entre deux footings, Nicolas Sarkoy organise une réunion de gouvernement.

Par contre François Mitterrand ne fréquentait guère Brégançon, pour lui, joli rime avec ennui, et il préfère Latche ou Gordes.

Chirac lui apprécie le fort, notamment pour son accès à la mer, même s’il affirmait s’y "emm…" et finalement préfère La Réunion ou Maurice.

Bains de mer

Parmi les présidents qui ont profité de la plage de Brégançon, Giscard, mais aussi Jacques Chirac dont les photos en bermuda ont marqué les esprits. Des baignades suivies de loin par les Français…

L’inconvénient de Brégançon est sa proximité avec des plages très fréquentées, notamment par les paparazzis qui y suivent de près toutes les activités présidentielles. Giscard a fait placer quelques rochers mais qui ne protègent pas vraiment de tout regard.

Nicolas Sarkozy n’appréciait que modérément la résidence, il lui préférait le Cap Nègre où les Bruni ont une propriété plus à l’abri des téléobjectifs. Et pour éviter les rencontres avec les paparazzis, Emmanuel Macron a fait installer une piscine hors sol à l’abri des regards.

Emmanuel Macron a choisi de passer deux semaines de vacances au fort de Brégançon cette année, loin du tumulte parisien. Mais ce sont encore des vacances studieuses : cette année, il y a Poutine, l’an dernier, le président français avait reçu la Première ministre britannique Theresa May.

 

Visite

Le fort peut se visiter, mais les conditions sont strictes. 10€, sur réservation auprès de l’Office de Tourisme et avec guide. Du 1er au 12 juillet et du 26 août au 4 octobre.

Les visiteurs doivent notamment traverser en minibus électrique une propriété du Grand-Duché de Luxembourg jouissant du statut d’extraterritorialité. C’est le seul accès carrossable au fort.

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