Le Dr Anthony Fauci, ex-conseiller de Trump, à la RTBF : "Je suis encore actuellement sous protection policière"

Alors que la campagne de vaccination tourne à plein régime aux Etats-Unis, notre correspondante Sonia Dridi a rencontré le docteur Anthony Fauci. L’occasion de s’entretenir avec celui qui incarne outre-Atlantique la sagesse médicale à propos de cette efficacité made in America face à la pandémie de Covid-19. Une véritable performance, d’autant plus remarquable que la situation des USA il y a quelques mois encore s’apparentait à un véritable calvaire.

Pour l'inoxydable directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses aux Etats-Unis, c’est avant tout explicable "par l’accélération tant de la production que du déploiement des vaccins de manière considérable. Nous avons des liens contractuels avec Moderna, Pfizer et Johnson & Johnson et nous avons réussi à intensifier la production et le déploiement des vaccins. Nous avons accru la capacité de production des vaccins et aujourd’hui nous parvenons à vacciner entre trois et quatre millions de personnes par jour. C’est bien plus élevé que le million de personnes que nous vaccinions quotidiennement au début de cette campagne de vaccination."

3 images
© 2020 Getty Images

Investir des milliards de dollars pour faciliter la production de vaccins

Un succès incontestable pour le nouveau président Joe Biden et son administration. Et même si Donald Trump ne cesse de marteler que c’est grâce à lui que les vaccins ont été développés aussi rapidement, L’immunologiste fait la part des choses : "Oui, c’est vrai, et Trump a même déclaré ce week-end en Floride que les vaccins, qu’on prononce vaccine en anglais, devraient être appelés 'Trumpcines'. Il pense que sans lui, il n’y aurait sûrement pas eu un vaccin aussi vite. Alors, l’ancien président a un ego très important, mais c’est vrai que son administration a aidé au développement des vaccins en mettant en place l’opération Warp Speed, ce qui signifie vitesse éclair ; une opération qui a permis à la Maison Blanche d’investir des milliards de dollars pour faciliter la production de vaccins. Et le docteur Fauci a reconnu l’importance de cette opération. Beaucoup de choses ont été faites avant Warp Speed, mais la création de cette opération a été quelque chose de très important et de positif. Je pense que l’ancienne administration mérite beaucoup de crédit pour cela."

3 images
© 2020 Getty Images

Je reçois encore des menaces

Anthony Fauci très écouté par l’ancien locataire de la Maison Blanche qu’il n’hésitait pas à contredire ouvertement, et vice-versa. Il n’était pas rare que le scientifique reprenne l’élu lorsque celui avançait des affirmations sur la pandémie sans aucune preuve scientifique. "Ce n’était pas facile. J’ai essayé et j’essaye toujours de dire la vérité aux Américains et au reste du monde. C’est vraiment malheureux qu’on ait eu cette division politique dans notre pays. Je crois vraiment que ça a rendu la réponse à la pandémie bien plus difficile", ajoute Anthony Fauci.

Cela a laissé des traces. Régulièrement encore Fauci fait l’objet de menaces émanant de partisans de Donald Trump. Au point de craindre pour sa sécurité. " Je reçois encore des menaces, car même s’il y a eu un changement d’administration, il y a encore des millions et des millions de personnes qui sont encore ardemment en faveur de Trump. Et lorsque quelqu’un ose le contredire, il finit par se faire menacer, et c’est ce qui explique pourquoi je suis encore actuellement sous protection policière."

3 images
© 2020 Getty Images

Le bénéfice du vaccin l’emporte considérablement sur le risque

Face la situation vaccinale en Europe et aux épisodes répétés mettant en lumière ce que le New York Times n’a pas hésité à qualifier de fiasco, le meilleur ennemi de Trump avance quelques conseils : "Je pense que les décideurs européens devraient essayer de renforcer leurs relations contractuelles avec les producteurs de vaccins. Ils ont déjà une relation importante avec AstraZeneca. Il y a eu des polémiques concernant ce produit s’agissant de la possibilité ou de la réalité d’effets indésirables comme la formation de caillots sanguins. Je pense que l’Agence européenne des médicaments devrait clarifier sa position et émettre des recommandations sur la marche à suivre. L’Agence semble penser qu’il y a un risque d’effets indésirables, mais que le bénéfice du vaccin l’emporte considérablement sur le risque. C’est ce qu’elle dit. Si c’est le cas, alors je pense qu’elle doit fonder sa politique sur ces éléments."

Sur la sortie de crise tant espérée, celui qui occupe le poste de directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses depuis 1984 adopte une prudence de Sioux. S’il reconnaît que la situation devrait se "normaliser" à partir de l’automne prochain aux USA, il a tenu à rappeler la menace continue que font peser les variants actuels et à venir. "Il y a un variant aux États-Unis qui est également présent en France et en Europe, c’est le B117 originaire du Royaume-Uni, et cela rend beaucoup plus difficile le contrôle de l’épidémie, car nous savons que le virus se propage de manière plus efficace de personne en personne. Donc, en ce moment, nous avons une course contre la montre entre la vaccination et ce virus très contagieux qui semble se répandre de façon encore plus efficace. Il y a un combat entre le vaccin et le virus. Parce que nous vaccinons trois à quatre millions de personnes par jour, nous espérons contrôler la situation dans des délais raisonnables."

Une vaccination plus essentielle que jamais pour le Dr Fauci si l’on veut vaincre un jour ce coronavirus.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK