Le dilemme de l'Europe face à la Turquie d'Erdogan

Le dilemme de l'Europe face à la Turquie d'Erdogan
Le dilemme de l'Europe face à la Turquie d'Erdogan - © Tous droits réservés

En Turquie, les réactions indignées pleuvent après l'arrestation des deux co-fondateurs du HDP et de 11 députés de ce parti. Le HDP, c'est un parti d'opposition kurde du pays. Les autorités leur reprochent de ne pas collaborer à une enquête anti-terroriste sur le PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, un autre parti d'opposition.

Principal concerné, le HDP parle de "fin de la démocratie". Les Etats-Unis se disent "profondément troublés". La chancelière allemande, Angela Merkel, a, elle, jugé ces arrestations hautement alarmantes. Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, s'est pour sa part dite "extrêmement inquiète". Et convoque, du coup, une réunion des ambassadeurs de l'Union européenne à Ankara.

L'Europe incapable d'attirer la Turquie?

Alors, comment va réagir l'Europe ?  Eh bien elle est coincée, c'est du moins l'avis de Vincent Effling, spécialiste de la Turquie et professeur à l'UCL.

"L’Europe est vraiment face à un dilemme. Soit elle coupe les ponts avec la Turquie, elle met fin à la procédure d’adhésion, et dans ce cas-là c’est un constat d’échec. Ça veut dire que l’Europe n’a pas réussi, de par son pouvoir d’attraction, à attirer à elle la Turquie, à la pousser à adopter ses normes en matière de libertés individuelles et d’Etat de droit."

"Ce serait un échec, et en plus de cela on couperait le principal canal de discussion, voire même de pression, qu’on peut avoir sur le gouvernement d’Ankara. D’un autre côté, si l’Europe veut rester crédible avec elle-même, elle devrait couper les liens avec Ankara."

Si maintenant on coupe les liens avec la Turquie, on renforce la rhétorique d’Erdogan

"Si maintenant on coupe les liens avec la Turquie, on renforce la rhétorique d’Erdogan. Il est toujours occupé à dire, à l’intérieur du pays, que l’Europe ne veut pas de la Turquie, qu’elle va toujours essayer d’affaiblir sa position, de nuire à ses intérêts. Et ce n’est pas du tout ce qu’il dit à l’étranger, là il se montre bien moins virulent. Mais à l’intérieur il tiendra bien un discours ultra-nationaliste en accusant les puissances occidentales, au sens large, de comploter contre la Turquie. "

"Donc si maintenant on coupe les ponts avec la Turquie, ça lui permettra de dire ‘Regardez ces Européens qui nous voulaient à leurs côtés, finalement ils nous rejettent alors qu’on est un Etat souverain, on ne fait rien de mal, ils s’immiscent dans nos affaires intérieures, c’est de l’ingérence, etc.’"

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