Le dernier bastion de l'Etat islamique est tombé: et la suite?

Le "califat" autoproclamé du groupe Etat islamique a été totalement éliminé. Bagouhz, dernier territoire aux mains de l'EI, a été conquis par une force arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis. La chute de ce dernier bastion marque la fin d'un chapitre débuté en 2014. Est-ce la fin de l'Etat islamique pour autant? Que vont devenir ses combattants toujours en vie? Eclairage avec Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po Paris et Thomas Renard, spécialiste des matières terroristes pour l'institut Egmont.

Pour Thomas Renard, cette chute signifie qu'"on est arrivé à la fin de l'EI comme groupe qui contrôle des zones territoriales et qui agit comme une forme d'Etat, mais on en a pas fini ni avec l'Etat islamique, ni avec le djihad". Il ajoute: "L'Etat islamique sans doute va rester une force en présence dans la région syrio-irakienne comme un groupe terroriste clandestin, qui va continuer à mener une série d'attentats en Irak et en Syrie et continuer de déstabiliser cette région là." 

20.000 militants de Daesh dans des situations de guérilla

Environ "20.000 militants de Daesh seraient d’ores et déjà dans des situations de guérilla,  clandestinité, aussi bien en Irak qu’en Syrie", avertit Jean-Pierre Filiu. "On est face à un potentiel militaire qui est loin d’être négligeable."

Tous ne resteront pas nécessairement en Irak/Syrie. "Il y a une possibilité que certains se dirigent vers d'autres théâtres djihadistes" explique Thomas Renard. Il fait le parallèle avec les combattants moudjahidin en Afghanistan dans les années 80. Ceux-ci s'étaient dispersés pour "combattre en Bosnie, en Tchétchénie ou encore en Algérie". Ceci dit, ajoute-t-il, "ce n'est pas évident pour les combattants actuels, car à la différence des moudjahidin de l'époque, ils sont fichés sur toutes les listes internationales. Se déplacer et passer les frontières est extrêmement cher et ce n'est pas quelque chose d'aisé. On ne doit donc pas s'attendre à un exode massif des combattants vers l'Afghanistan ou la Libye."

Toutefois, ajoute Thomas Renard, tous les militants de Daesh ne sont pas à mettre dans le même sac. "Plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers d'individus se déplacent encore vers les camps kurdes dans le nord de la Syrie", explique-t-il. "Il semblerait qu'une grande majorité des personnes qui étaient affiliées à l'EI sont plutôt dans une phase où ils tentent de retourner dans leur pays, ou d'essayer d'échapper à la justice irakienne." 

L'EI toujours capable d'organiser des attentats en Europe?

La perte de ce territoire est assurément un coup dur pour l'EI, assure Thomas Renard. "Comme il ne contrôle plus de territoire, il n'est plus capable de planifier réellement des attentats, d’entraîner des gens et d'organiser tout le trajet." Par ailleurs, "le pouvoir d'attraction de l'Etat islamique a nettement diminué. Il y a quelques années le groupe était tellement fort, tellement médiatisé, qu'il avait un réel pouvoir d'attraction sur un certain nombre de gens."

Certains personnes, "particulièrement vulnérables pouvaient ainsi prendre d'elles-mêmes l'initiative de commettre un attentat en s'inspirant et en se réclamant de l'Etat islamique. Aujourd'hui, l'EI continue d'appeler à mener des attentats en Europe dans sa propagande. Mais comme ce pouvoir d'attraction a fondamentalement diminué, la probabilité que quelqu'un commette de lui-même un attentat au nom de l'Etat islamique a nettement diminué."

Jean-Pierre Filiu est moins optimiste. Selon lui, l'offensive contre Bagouhz a beaucoup servi la propagande djihadiste. "On a l’impression qu’un carré djihadiste peut tenir tête au monde entier ce qui grandit leur figure et facilite le travail de leurs recruteurs", dit-il.

Et en Belgique?

Quid des anciens combattants - une septantaine - revenus en Belgique et incarcérés? Selon Thomas Renard, ces individus sont suivis et des mesures sont mises en place et la méthode semble efficace puisque ce suivi "indique une évolution plutôt positive." Et détaille: "La grande majorité des personnes qui sont rentrées de Syrie ou d'Irak n'ont clairement pas l'intention de commettre des attentats en Belgique ou en Europe. Ils n'ont pas l'intention de retourner en Syrie ou en Irak. Ce sont des gens qui sont plutôt dans une perspective de réintégration."

D'ailleurs, ajoute-t-il, "c'est quelque chose qu'on a vu historiquement. La très grande majorité de ceux qui sont partis faire le djihad sont rentrés chez eux et n'ont posé aucun problème. Il est vrai que certains individus continuent à poser problème, il faut les suivre et prendre des mesures mais c'est un petit nombre donc ce n'est pas impossible à mettre en oeuvre". 

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