Le défi de l'Espagne face aux jeunes migrants marocains

Le défi de l'Espagne face aux jeunes migrants marocains
Le défi de l'Espagne face aux jeunes migrants marocains - © JORGE GUERRERO - AFP

L’Espagne est devenue la première porte d’entrée en Europe des migrants, avec 57.250 arrivées recensées en 2018, soit deux fois plus qu’en 2017. 80% de ces migrants sont marocains. 

Sans famille

Parmi ces migrants, on trouve de très nombreux mineurs et jeunes non accompagnés : près de 12.500 mineurs se trouvent actuellement sous la tutelle des régions, originaires pour la plupart du Maroc.

La présence de ces jeunes pose un immense défi à l’Espagne. Comment le pays fait il face à cet afflux de jeunes marocains ?

L’Espagne est débordée et les structures d’accueil ont bien du mal à gérer le flux d’arrivée. En Espagne, ce sont les régions qui sont en charge de  l’accueil des mineurs : les moins de 18 ans sont logés dans des hébergements improvisés à la hâte.

En Andalousie, des hôtels bon marchés ont été transformés en pension. A Barcelone, c’est un gymnase qui a été réquisitionné. En septembre dernier, on a vu des centaines de jeunes dormir à même le sol dans des commissariats de Catalogne.

Pas de papier, pas de travail: la débrouille

Ahmed 17 ans a passé 33 heures à bord d’un bateau pneumatique avant d’accoster en Andalousie. Originaire de Nador au Maroc, il est parti il y a deux ans sans prévenir sa famille après avoir changé plusieurs fois de centres, il est arrivé il y a quelques mois à Barcelone et il ne veut plus aller dans un centre et dort souvent dans la rue : "Quand on est arrivé ici, tout le monde nous disait qu’il y avait du travail. Mais à nous les Marocains, on ne nous donne pas de papiers pour pouvoir travailler. Et donc qu’est ce qu’on peut faire ? si tu n’as pas de travail, que  tu ne peux pas manger et que tu n’as pas de logement… Qu’est ce qu’il te reste à faire ? Te débrouiller !"

Hors micro, Ahmed précise que se débrouiller cela veut dire chiper dans les magasins ou voler le portefeuille des touristes sur la Rambla.

Des jeunes qui veulent rester en Espagne

Aucun de ces jeunes migrants ne souhaite rentrer au Maroc.

Beaucoup n’ont plus de liens avec leur famille mais leur objectif, c’est d’aller en France, en Belgique ou en Allemagne, là, où disent-ils, il y a plus de travail. Chaque jour, des mineurs s’enfuient de leur centre d’accueil. 

La rue et la drogue

En attendant, malgré les efforts des régions, qui leur proposent des formations et tentent de les aider, beaucoup sombrent dans la marginalité et dans la drogue. A Madrid comme à Barcelone, des centaines de jeunes marocains se shootent à la colle.

C’est le cas de Chaoufik  19 ans : "On est en train de se perdre à  cause de la rue et à cause de toutes ces drogues. Quand j’étais petit, nos familles nous disaient toujours de faire attention à ne pas tomber dans la drogue. Mais il a fallu qu’on se retrouve dans ces villes, pour devenir accro à la drogue".

Répartition et rapatriement

Les autorités espagnoles et marocaines veulent agir. Madrid élabore un nouveau protocole : des quotas entre régions devraient être établis. Ainsi, l’Andalousie, la Catalogne et la région de Madrid n’auront pas à supporter à elles seules l’afflux de ces jeunes migrants.

L’Etat a par ailleurs débloqué 40 millions d’euros pour aider les structures d’accueil.

Enfin Madrid et Rabat ont engagé des négociations sur le sort de ces milliers de jeunes 
Si les discussions aboutissent, certains d’entre eux pourraient être rapatriés vers leur pays natal.

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