Le défi d'un écolo: défendre le requin en nageant là où il attaque

Un panneau prévient qu'il ne faut pas se baigner, au bord de la plage de Saint-Leu, à La Réunion, le 6 août 2012
Un panneau prévient qu'il ne faut pas se baigner, au bord de la plage de Saint-Leu, à La Réunion, le 6 août 2012 - © Richard Bouhet

Un pharmacien de 55 ans, délégué de la Fondation Brigitte Bardot à La Réunion, va nager dimanche pendant deux heures et demie sur les lieux des attaques de requin pour dénoncer la "propagande outrancière de certains groupes de pression" sur les dangers qu'il représente.

"Je suis chef d'entreprise, j'ai deux petites filles de 9 et 14 ans, je ne pense pas être un fou furieux en nageant à Saint-Gilles sur les lieux des attaques de requin. La mer, je suis tombé dedans quand j'étais petit", a déclaré à l'AFP Didier Derand, pharmacien à Saint-Joseph (sud de l'île) et militant écologiste bien connu des Réunionnais.

"J'en ai assez de la propagande outrancière des certains groupes de pressions --surfeurs, pêcheurs, braconniers, voire député-maire-- souffrant de +médiatite+ obsessionnelle sur les attaques de requins", a-t-il ajouté. Le résultat, c'est de voir aujourd'hui "la population réunionnaise terrorisée à la seule idée de se baigner ou de pratiquer une quelconque activité en pleine mer alors qu'elle n'a rien à craindre des requins", a-t-il déploré.

Pour cet amoureux de la mer, les attaques contre les surfeurs en planche viennent simplement d'une "erreur de jugement" du requin qui les confond avec des tortues. "Il faut trouver une solution pour assurer leur sécurité", convient-il. Mais pas question que celle-ci passe par la remise en cause de la Réserve marine ou l'élimination des requins.

Pour sensibiliser l'opinion, le délégué de la Fondation Bardot a décidé de nager 4,6 km dans la Réserve marine, dimanche à partir de 10H30, entre les plages de Boucan Canot et de Roches, là où des attaques de requin ont tué deux surfeurs l'an dernier. Il espère boucler en deux heures et demie le parcours situé en pleine mer, derrière la barrière de corail, dans une eau profonde de 15 à 20 mètres. Ce qui l'inquiète, ce n'est pas le requin mais le froid, "n'ayant pas réussi à trouver une bonne combinaison", a-t-il expliqué.

Aucune mesure de sécurité

Pour tout équipement, Didier Dérand ne portera que des palmes "pour aller plus vite" et un masque "pour bien voir". Il n'a prévu "aucune sécurité, aucune organisation, aucun bateau, aucun plongeur" pour l'accompagner, à l'exception de "deux ou trois copains" qui nageront à ses côtés. "Les sportifs confirmés qui veulent se faire une opinion objective de la Réserve marine et de ses +très nombreux requins+ seront les bienvenus, mais à leurs risques", a-t-il prévenu.

Et s'il croisait un requin sur le parcours? "La solution d'urgence sera de foncer dans les rouleaux et passer la barrière de corail quitte à se faire un peu mal", a-t-il prévu. Mais il doute d'une telle rencontre malgré les nombreuses alertes au requin constatées à Saint-Gilles.

"Depuis 45 ans, je nage en pleine mer tous les jours, je plonge en bouteille, en apnée, je fais du bodysurf sur tout le littoral ouest et sud, je n'ai vu que trois fois des requins. Les deux premières fois, c'étaient deux requins pointes blanches sur 45 m de fond et sept requins-marteaux sur 25 m, la troisième, un gros bouledogue sur 15 m. A chaque fois ce fut la panique et la débandade dans leurs rangs, impossible de les approcher", a-t-il rapporté.


AFP

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