Le congé parental en Europe : 4 mois au lieu de 3 et toujours pas rémunéré

Congé parental en Suède
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Depuis 1996, le congé parental est un droit au sein de l’Union Européenne. Une directive fixe d’ailleurs le cadre que les Etats membres doivent respecter. Il y a peu, la directive a été réformée : le congé parental est passé de 3 à 4 mois mais il n’est toujours pas obligatoire de le payer.

Comment mieux concilier vie privée et vie professionnelle ? La question se pose pourtant pour beaucoup de parents. Pour les aider, les partenaires sociaux européens avaient entrepris d’améliorer la directive européenne sur le congé parental. C’était en 2008. Deux ans plus tard, la montagne a accouché d’une souris. Le congé parental a été rallongé d’un mois mais il n’est toujours pas obligatoire de le rémunérer. La décision est laissée à la " discrétion " des États-membres.

Ce cher 4/5e temps 

Florence Boulet fait partie de ses parents chanceux. Son petit garçon, Robin, est né au moment où le congé parental a été rallongé d’un mois. Florence a opté pour le 4/5e temps, l’option la plus prisée des belges. " J’y ai droit jusque fin 2014, puis Robin commence l’école, c’est le timing parfait ! ".  La formule du 4/5e temps est aussi celle qui permet de ne pas y laisser trop d’argent. " Je perds 140€ net par mois, pour passer 4 jours par mois avec mon fils, ça en vaut bien la peine… ".

Les parents belges, comme les italiens et les luxembourgeois, ne sont pas les plus à plaindre. Leurs gouvernements ont opté pour un congé parental  rémunéré. A l’inverse, d’autres Etats ne veulent toujours pas y mettre 1€, c’est le cas du Royaume-Unis, de la Grèce ou encore des Pays-Bas. En passant à côté d’une reconnaissance au droit d’un congé parental payé, l’Europe a véritablement signé une nouvelle directive qui ne change presque rien.

L’exemple suédois

Heureusement, certains pays n’ont pas attendu les consignes européennes pour avancer. En Suède le terme " congé parental " existe dans la loi depuis 1974. En 40 ans il est d’ailleurs devenu un des plus égalitaires d’Europe. Pour s’en convaincre, il suffit de scruter quelques instants les rues de Stockholm. Un nombre incalculable de papas se promènent en compagnie de leurs jeunes enfants. Pendant ce temps, c’est maman qui travaille. Une situation qui convient parfaitement à Pontus Lindviqst,  père de 3 enfants.  Depuis la naissance de son aînée aujourd’hui âgée de 5 ans, il est resté 3 ans à la maison et à temps-plein ! Il faut dire qu’il y avait de quoi l’en convaincre. " En Suède, un parent reçoit 80 % de son salaire. La somme est plafonnée à 3000€ net par mois. Mais vous pouvez aussi avoir des avantages de votre employeur. Dans me cas, je reçois donc 90% de mon salaire. "

La Suède a rendu le congé parental ultra-flexible. Pour chaque enfant, l’Etat octroie 480 jours de congé parental. Chaque parent doit prendre 60 jours. Le reste peut être échangé entre eux. Seule fausse note, en Suède ce sont encore les femmes qui prennent la majorité de ces jours. Mais les pères qui se mouillent même un peu sont de plus en plus nombreux.  Et la famille en sort renforcée, comme en témoigne Ulrika Hagstörm, chercheuse sur le thème de l’égalité des chances au TCO, confédération regroupant une quinzaine d’organisation syndicales. " On constate par exemple qu’il y a moins de divorces dans les familles où les hommes prennent leur congé parental. Ces familles sont aussi plus enclines à avoir un 3e enfant que les autres.  Et pour les familles qui divorcent, si l’homme n’a pas pris son congé parental, il y a plus de risque qu’il perde le contact avec  ses enfants ".

Et la Suède ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin.  "Notre objectif est de faire passé de 60 à 120, le nombre de jours incessibles ", explique Ulrika Hägstörm et d’inciter ainsi les pères à interrompre encore plus longuement leur travail.

En Europe, le droit au congé parental a toujours été considéré comme une avancée sociale importante. Mais les adaptations récentes ressemblent à une occasion manquée de rattraper certains pays déjà loin devant en la matière.

Nora Khaleefeh, journaliste

 

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