Le conflit israélo-palestinien: la troisième révolution ?

Bichara Khader, Professeur à l’UCL et Directeur du CERMAC (Centre d'Etudes et de Recherches sur le Monde Arabe Contemporain)
Bichara Khader, Professeur à l’UCL et Directeur du CERMAC (Centre d'Etudes et de Recherches sur le Monde Arabe Contemporain) - © RTBF

Invité de Matin Première, Bichara Khader, professeur à l’UCL et directeur du CERMAC (Centre d'études et de recherches sur le monde arabe contemporain), estime que "la situation en Palestine est intenable" et qu'elle fera sans doute l'objet d'une "troisième révolte dans le monde arabe".

Interrogé sur les révolutions en cours, Bichara Khader a également évoqué la situation au Proche-Orient. Selon lui, "la situation en Palestine est intenable pour la communauté internationale, les Palestiniens et les Arabes". Il parle d'une "lutte légitime", "pour en finir avec l'occupation israélienne" et estime que "ce sera sans doute la troisième révolution dans le monde arabe" après celles contre la colonialisme et les dictatures. "Une opportunité pour Israël et la communauté internationale", dit-il.

Si Kadhafi gagnait, ce serait "une insulte à l'histoire"

Pour Bichara Khader, il est peu probable que le colonel Kadhafi résiste aux frappes de la coalition. S'il devait rester au pouvoir, "ce serait une insulte à l'histoire de la région qui aujourd'hui est une région qui bouge, qui va dans le sens de l'histoire, à la recherche d'une plus grande liberté. Ce serait également une trahison du peuple libyen, un désaveu de la communauté internationale", dit-il.

Le problème est que les rebelles, appelés aussi "les insurgés ou les révoltés", "ne sont pas préparés à la guerre". "Le nombre ne fait pas une armée", explique-t-il. "Il faut les armer et les entraîner pour faire face à ce qu'il reste de l'armée de Kadhafi". Il croit d'ailleurs savoir que "des armes affluent à partir de la frontière égyptienne".

La Tunisie, une "révolution idéale"

"La Tunisie, c'était presque la révolution idéale", estime ce spécialiste du monde arabe. Mais il n'est "pas sûr que ce modèle tunisien soit reproductible à l'ensemble des pays arabes".

Malgré tout, "les maux dont souffrent les Tunisiens sont partagés par tous les pays arabes", dit-il en citant le manque de liberté, le manque de perspective, la peur du contrôle, de la répression des services de renseignements et de l'exil.

"Ces maux, on les retrouve en Syrie, au Yémen sauf que les sociétés sont différentes, les itinéraires historiques sont différents et les compositions sociales différentes". Au Yémen, la structure tribale rend la situation un peu plus complexe, dit-il.

En Syrie, "le régime est fini"

"En Syrie, le régime d'Ali Abdallah Salah est fini", dit-il, "c'est une question de semaines, au maximum deux mois".

A la question, "Comment la Syrie, la dictature la mieux organisée du monde arabe, peut elle vaciller ?", Bichara Khader répond qu'aujourd'hui toutes les dictatures "chancellent sur leur piédestal", "aucun régime n'est à l'abri des secousses".

Les jeunes arabes en ont "ras-le-bol des régimes qui ont cadenassé l'espace économique et politique, qui ont instauré un capitalisme clanique, prédateur et bouché les horizons".

Risque de la récupération de la contestation 

Ces révolutions ne sont pas à l'abri d'"une récupération de la contestation par un acteur extérieur".  C'est le cas au Bahreïn, explique Bichara Khader, où la majorité de la population est chiite alors que la monarchie est sunnite (30% de la population).

"L'Arabie saoudite est intervenue car elle avait peur que les Iraniens (majorité chiite, ndlr) utilisent la contestation chiite pour pénétrer dans la région du Golfe. Une région stratégique pour les intérêts du sunnisme saoudien mais aussi pour l'intérêt américain".

C. Biourge
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