Pour le CNCD, l'aide au développement est devenue la principale variable d'ajustement budgétaire du gouvernement

L'aide belge au développement, celle que l'on consacre aux pays en voie de développement, ne cesse de diminuer. Elle est l'une des victimes des coupes budgétaires du gouvernement belge. Notre pays s'était engagé à ce que cette aide atteigne 0,7 % du RNB, le Revenu National brut d'ici 2015. Or elle tourne autour de 0,42 % aujourd'hui. Le CNCD, la coupole qui regroupe des dizaines d'ONG belges, s'en inquiète dans son rapport annuel.

L'aide au développement, le tiroir où l'on puise systématiquement

Premier constat du CNCD : l’aide au développement, c'est le tiroir dans lequel le gouvernement fédéral vient systématiquement se servir, quand il faut ajuster le budget. Sur la période de 2011 à 2019, le CNCD a calculé que ces coupes s'élèveront minimum à 2 milliards d'euros. Et selon lui, c’est une politique assumée par le gouvernement belge.

Deuxième constat du CNCD: la baisse est plus importante encore lorsque l'on regarde les chiffres de plus près. Dans cette enveloppe de l'aide au développement, le gouvernement a intégré les frais liés à l'accueil des demandeurs d'asile. C'est tout à fait légal. L'OCDE, l'Organisation de Coopération et de Développement économique le permet. Mais cela fausse le calcul, selon Nicolas Van Nuffel, responsable du plaidoyer politique au CNCD 11.11.11 : "Il s’agit d’artifices comptables qui sont utilisés par les pays donateurs. Cela consiste à comptabiliser une partie de l’argent que l’on consacre chez nous à accueillir les demandeurs d’asile comme si c’était de l’aide au développement. C’est évidemment indispensable d’accueillir les demandeurs d’asile chez nous, mais ce n’est pas de l’aide au développement. Ce n’est pas de l’argent qui part dans les pays d’origine pour que les gens puissent vivre dignement et ne pas être forcés à migrer. Et il faut savoir qu’en 2015, la Belgique a consacré dans le budget total de l’aide au développement plus d’argent à Fedasil, l’agence d’accueil ici en Belgique qu’à la totalité des pays partenaires de la coopération belge, le Congo, le Burundi… etc".

Le CNCD fait ici la différence entre l'aide réelle et l'aide fantôme. La baisse de l'aide entre 2014 et 2015 passe alors de 6 à 12 %. Arnaud Zacharie résume: "On est dans un contexte où on est vraiment à l'os, voire à la moelle et c'est tout à fait contradictoire parce que l'on vit dans un monde de plus en plus interdépendant, instable et les États fragiles qui sont les principaux pays partenaires de la coopération belge ont besoin d'aide au développement".

Des projets qui ne seront pas menés là-bas

L’impact de ce budget qui fond est concret. Nicolas Van Nuffel détaille : "Les endroits où se font les coupes dans la coopération aujourd’hui, c’est d’abord la Coopération technique belge. C’est une agence qui soutient des projets agricoles, de construction, d’infrastructures, des projets qui vont permettre aux paysans d’acheminer leurs productions vers les villes, la construction d'écoles, des centres de santé. Et ce sont souvent ces projets qui, s’ils n’avancent pas assez vite, se voient couper les fonds. L'argent n'est pas dépensé dans les temps, alors c'est repris et utilisé ailleurs. Donc c’est très concrètement des infrastructures en moins pour les Congolais, des centres de santé que l’on ne construit pas etc… ".

Après le Burundi, la République démocratique du Congo ?

En tout, 14 pays bénéficient de l’aide belge. La majorité de cette aide concerne l’Afrique centrale : la République démocratique du Congo et le Rwanda. Le Burundi est un cas bien particulier et inspire une autre inquiétude au CNCD.

Le gouvernement belge a décidé il y a près d'un an de suspendre l’aide au Burundi, en raison des violences dans le pays. Elles ont commencé en avril 2015, avec la volonté de Pierre Nkurunziza, le président burundais, de briguer un troisième mandat, pourtant interdit par la Constitution.

Le CNCD soutient cette décision, mais il faut une stratégie qui l'accompagne, explique Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD 11.11.11 : " On a pensé à acheminer de l’aide belge par d’autres canaux que le canal gouvernemental, via les ONG. Mais le problème, c’est qu’il s’agit d’organisations de la société civile, qui étaient à la pointe des manifestations pour le respect de la Constitution et le respect de la démocratie. Elles sont lourdement réprimées par le gouvernement burundais : leurs activités sont interdites, les comptes bancaires sont bloqués, donc nous sommes nous-mêmes dans l’incapacité de pouvoir financer le développement via la société civile burundaise. C’est une double peine pour les populations, donc il faut que l’on réfléchisse à ce genre de problèmes. Il est tout à fait légitime de couper l’aide à des gouvernements non démocratiques qui ne respectent pas la Constitution et qui répriment leur population. Nous soutenons cette décision, mais il faut que l’on anticipe parce que l’on pourrait se retrouver dans ces mêmes cas de figures, dans d’autres pays. On voit bien que les élections prévues en République Démocratique du Congo n’auront pas lieu. Il n’est donc pas exclu que le contexte que l’on connaît aujourd’hui au Burundi se reproduise en RDC. Or, on parle ici des deux principaux partenaires de la coopération belge au développement ".

Constats et critiques du CNCD. Le ministre de la coopération au développement, Alexander De Croo n’a pas réagi, il n'était pas disponible.

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