Autriche: le chef de l’extrême droite emporté par «l’affaire d’Ibiza»

Heinz-Christian Strache, vice-chancelier d'Autriche et chef du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ, à Budapest, le 6 mai 2019
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Heinz-Christian Strache, vice-chancelier d'Autriche et chef du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ, à Budapest, le 6 mai 2019 - © ATTILA KISBENEDEK

Séisme pour l’extrême droite autrichienne à huit jours des élections européennes : son chef, Heinz-Christian Strache, a été débarqué samedi du gouvernement de Sebastian Kurz après s’être compromis avec la pseudo-nièce d’un oligarque russe dans une mise en scène apparemment destinée à le confondre.

« J’ai remis au chancelier Sebastian Kurz ma démission de mes fonctions de vice-chancelier et il l’a acceptée », a annoncé M. Strache, 49 ans, lors d’une allocution devant la presse à Vienne.

Cette annonce a été organisée dans l’urgence pour tenter de déminer un scandale qui menace aussi la crédibilité du gouvernement de Sebastian Kurz, le jeune chef du parti conservateur (ÖVP) au pouvoir depuis fin 2017 après avoir fait alliance avec le FPÖ, le parti de M. Strache.

« L’affaire d’Ibiza » a éclaté vendredi soir avec la publication par les médias allemands Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel d’une vidéo tournée en caméra cachée il y a deux ans dans laquelle le chef du FPÖ discute, quelques mois avant les législatives, avec une femme qu’il croit liée à une influente personnalité russe, de la possibilité d’un soutien financier en échange de l’accès à des marchés publics autrichiens.

« J’ai fait une erreur et je ne veux pas que cela puisse fournir un prétexte pour affaiblir la coalition », a déclaré samedi M. Strache. Il démissionne aussi de ses fonctions à la tête du FPÖ, l’une des formations nationalistes les plus influentes de l’UE, alliée des mouvements de Matteo Salvini en Italie et Marine Le Pen en France.

La discussion, filmée lors d’une soirée arrosée dans une villa de l’île d’Ibiza, porte notamment sur la prise d’une participation, par la pseudo-investisseuse russe, dans l’actionnariat du puissant tabloïd autrichien Kronen Zeitung, premier tirage du pays, afin d’en faire un média pro-FPÖ.

M. Strache, qui est accompagné d’un de ses lieutenants, Johann Gudenus, explique à son interlocutrice qu’il pourra en échange de ce soutien lui obtenir des marchés publics.

Nébuleuse russe

Selon les extraits publiés, M. Strache décrit également à la visiteuse un mécanisme de financement de campagne permettant de contourner la Cour des comptes via des versements à une association et non directement au parti. Il cite des dons allant de 500.000 à 2 millions d’euros et égrène le nom de grands patrons autrichiens qui financeraient le FPÖ.

Le député Johann Gudenus, qui maîtrise le russe, est chargé d’assurer la traduction des échanges. Le FPÖ avait signé avant son arrivée au pouvoir un accord de coopération avec Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, qui lui vaut des accusations récurrentes de liens troubles avec Moscou.

En catastrophe, l’eurodéputé Harald Vilimsky, tête de liste du FPÖ pour les européennes, a annulé son déplacement samedi à Milan où le leader de l’extrême droite italienne Matteo Salvini réunit le camp nationaliste avant le scrutin du 26 mai.

Le parti socialiste (SPÖ) a qualifié ces allégations de « plus grand scandale » des cinquante dernières années. Le parti libéral NEOS a jugé de nouvelles législatives « inévitables ».

Heinz-Christian Strache avait succédé en 2005 à Jörg Haider à la tête du FPÖ dont il s’est efforcé de lisser l’image, en cultivant un profil d’élu fréquentable après avoir frayé avec les cercles néonazis dans sa jeunesse.

Comme Orban

« Elle aura tous les contrats publics remportés aujourd’hui par Strabag », un groupe autrichien de construction, acteur majeur du secteur, affirme le chef du FPÖ, selon la retranscription de ses propos.

M. Strache exclut les résistances au sein de la rédaction du Kronen Zeitung car « les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète », affirme-t-il. Depuis son retour au pouvoir en 2017, le FPÖ est accusé de s’en prendre aux médias, notamment à la télévision publique ORF qu’il accuse de manquer de neutralité.

M. Strache explique également à son interlocutrice vouloir « construire un paysage médiatique similaire à celui d’Orban », en Hongrie. Dans ce pays, le Premier ministre Viktor Orban est critiqué pour avoir massivement porté atteinte au pluralisme de la presse.

Le rendez-vous d’Ibiza était en fait un coup monté pour piéger le patron du FPÖ, selon les médias allemands qui affirment ne pas savoir qui est derrière cette opération organisée trois mois avant les législatives.

Le patron du FPÖ a admis auprès des journalistes que cette soirée avait bien eu lieu, mais il a nié avoir commis le moindre acte répréhensible.

Selon ses déclarations à la Süddeutsche Zeitung, il a invoqué « la grande quantité d’alcool consommé » ce soir-là et « l’importante barrière de la langue » avec son interlocutrice.

 

Kurz sous pression

Signe de la fébrilité au sein du FPÖ, l’eurodéputé Harald Vilimsky, tête de liste du FPÖ pour les européennes, a annulé son déplacement samedi à Milan où le leader de l’extrême droite italienne Matteo Salvini réunit le camp nationaliste avant le scrutin du 26 mai.

Le parti socialiste (SPÖ) a qualifié ces allégations de « plus grand scandale » des cinquante dernières années. Le parti libéral NEOS a jugé de nouvelles élections législatives « inévitables ».

Cette affaire, à huit jours des élections européennes, intervient dans un contexte tendu pour la coalition autrichienne, Sebastian Kurz se voyant de plus en plus reprocher son alliance avec un parti régulièrement impliqué dans des dérapages extrémistes.

Heinz-Christian Strache a succédé à Jörg Haider à la tête du FPÖ dont il s’est efforcé de lisser l’image, en cultivant un profil d’élu fréquentable après avoir frayé avec les cercles néonazis dans sa jeunesse.

 

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