Le cdH et le CD&V parmi les "idiots utiles" de Viktor Orban

Viktor Orban réagit sèchement à la demande de plusieurs membres du Parti Populaire Européen (PPE) – dont les partis belges cdH et CD&V – qui réclament l’exclusion du Fidesz, le parti du Premier ministre hongrois, de la plus importante famille politique au sein du Parlement européen. « Les excès de Viktor Orban n’étaient pour nous pas admissibles. Ils sont devenus insupportables » selon le président du cdH Maxime Prévot. Les partis membres du PPE provenant du Luxembourg, de la Finlande, de la Suède et du Portugal sont également favorables à l’exclusion du mouvement du Fidesz.

Viktor Orban répond dans un entretien au « Welt am Sonntag », l’édition dominicale du quotidien allemand « Die Welt » :

Welt am Sonntag : Voulez-vous rester au PPE ? Certains pensent que vous êtes en train de provoquer votre propre expulsion afin de pouvoir adopter le rôle de victime.

Viktor Orban: C’est Helmut Kohl qui nous a invités au PPE. Nous avons alors considéré notre adhésion comme un grand honneur et la considérons toujours comme un grand honneur. Notre objectif était et est de renforcer le parti. En Europe centrale, nous sommes des experts en techniques de musculation de la gauche. La gauche n’attaque pas la Hongrie pour elle-même, mais pour affaiblir le PPE. Si nous partons, ils attaqueront les Italiens, puis les Autrichiens. Il y aura toujours quelqu’un qu’ils attaqueront, c’est l’essence de leur technique de pouvoir. C’est ce qu’on appelle la tactique du salami et son objectif est d’affaiblir le PPE au niveau européen, afin que les socialistes, la gauche, puissent assumer la direction de l’Europe. Donc, ce n’est pas une lutte pour des idées, mais pour le pouvoir. Il faudrait comprendre cela. Tout le monde ne comprend pas cela, mais dans la littérature scientifique politique, on les qualifie, comme le faisait Lénine, d ‘« idiots utiles ». Alors qu’ils croient livrer une bataille intellectuelle, ils servent les intérêts des autres, de nos adversaires.

La politique n’est pas un club de débatteurs, c’est aussi une lutte pour le pouvoir

Welt am Sonntag : Les démocrates chrétiens critiques sont-ils des idiots utiles ?

Viktor Orban : Ceux qui préfèrent une division du PPE à son unité – oui. Je n’ai aucune sympathie pour nos membres scandinaves du PPE, mais je ne proposerais jamais de les expulser. Je sais que cela ne servirait qu’à alimenter le moulin de la gauche et que, ce faisant, je préparerais le terrain pour une prise de contrôle du pouvoir par la gauche en Europe. Il se peut que M. Juncker propose de nous expulser, mais je ne proposerais jamais l’expulsion des Luxembourgeois. Je l’ai dit clairement lors du sommet d’Helsinki : la critique est importante, la diversité est importante, mais l’unité est la plus importante. La politique n’est pas un club de débatteurs, c’est aussi une lutte pour le pouvoir. Si nous ne voulons pas que la gauche dirige l’Europe, nous devons défendre la position du vice-président. Nous avons de bonnes chances de réussir. Mais pour le moment, nous endommageons nous-mêmes nos chances.

Réaction du cdh et du CD&V

Le président du CD&V, Wouter Beke, réagit à ces propos en affirmant qu’ils sont "remplis de fakenews" et que "avec le brexit à venir, les défis climatiques, la sécurité, ... nous avons besoin de bâtisseurs, pas de démolisseurs. " 

Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet

Benoit Lutgen, ex-président du cdh candidat et tête de liste pour les élections européenne, renvoie pour sa part Viktor Orban à une citation de Georges Courteline : "Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet"

Virulente campagne contre l’Europe

Le Premier ministre hongrois a mis le feu aux poudres il y a dix jours en lançant une virulente campagne contre le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (membre comme lui du PPE), en accusant Bruxelles de soutenir l’immigration. Sous le slogan " Vous aussi, avez le droit de savoir ce que Bruxelles prépare ", les affiches sont illustrées par les visages ricanant de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, lui aussi membre du PPE, et du milliardaire américain d’origine hongroise Georges Soros, bouc émissaire de M. Orban et des nationalistes. Les deux hommes sont accusés de vouloir obliger les pays de l’UE à accepter des réfugiés et de chercher à affaiblir les gardes-frontières nationaux.

Le gouvernement de droite hongrois mettra fin le 15 mars prochain à sa campagne d’affichage polémique, a annoncé samedi Zoltan Kovacs, porte-parole de l’exécutif hongrois, sur Twitter. Mais dans l’entretien au « Welt am Sonntag », Viktor Orban annonce : « Dans la phase suivante, notre campagne débutera et vous trouverez ensuite quelqu’un d’autre sur les affiches : M. Timmermanns. Nous enverrons M. Juncker à la retraite et M. Timmermanns (vice-président de la Commission européenne) le remplacera sur nos affiches. »

Exclusion ?

L’offensive lancée par Viktor Orban a ouvert un débat au sein du PPE entre partisans de son exclusion et ceux qui préfèrent qu’il reste à l’intérieur du parti pour l’encadrer et éviter qu’il ne rallie d’autres dirigeants antieuropéens. Deux possibilités sont prévues pour déclencher la procédure d’exclusion d’un parti du PPE : soit sept partis issus d’au moins cinq pays différents en font formellement la demande, soit la présidence du parti, pilotée par le Français Joseph Daul, prend cette initiative. La décision doit être prise, à la majorité, lors de l’assemblée politique (composée de la présidence, de la direction du groupe parlementaire, ainsi que d’un représentant de chaque parti membre). Cette instance se réunira le 20 mars, à la veille du sommet des dirigeants des partis membres du PPE organisé avant chaque sommet européen.

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