Quand l'Asie se rebelle contre nos déchets plastiques: après la Chine, l'Asie du Sud-Est ferme les portes

Denpasar - Indonésie. Un village enseveli sous le plastique d'importation
Denpasar - Indonésie. Un village enseveli sous le plastique d'importation - © SONNY TUMBELAKA - AFP

Le plastique est omniprésent dans nos vies. Emballages à usage unique, récipients de toutes sortes, accessoires présents dans tous les aspects de l’activité humaine, le plastique est partout. Et il ne fait que passer. Le recyclage des déchets a débouché, après un tri plus ou moins finement exercé, sur l’exportation de quantités gigantesques de déchets à l’étranger. Selon le WWF, l’humanité produit chaque année 300 millions de tonnes de plastique. La plus grande partie de cette production se retrouve rapidement dans les décharges. Ainsi, le monde occidental a envoyé pendant des années ses déchets, entre autres plastiques, vers la Chine. Sous la pression, cette dernière a mis un coup d’arrêt à cette pratique en 2018.

Chine

Poussée par sa croissance, la production de déchets de la Chine a des proportions monumentales. En 1980, la Chine produisait annuellement 30 millions de tonnes de déchets. En 2017, ce chiffre a atteint les 210 millions de tonnes. En 2018, elle a adopté un programme, Epée Nationale, qui interdit l’importation de déchets plastiques. Ces derniers sont dès lors renvoyés vers d’autres pays d’Asie. La décision chinoise a été vécue comme un véritable séisme dans l’industrie du recyclage. Les pays qui ont pris le relais se sont retrouvés ensevelis par les déchets en théorie recyclables mais bien souvent irrécupérables. 


►►► À lire aussi : "Un choc sur toute la planète" : une décision chinoise plonge le recyclage mondial dans le chaos


Malaisie

Selon Greenpeace, l’an dernier, la Malaisie a importé autant de plastique que les Etats-Unis en ont produit. De plus, les conteneurs amenant les déchets en principe recyclables sont bien souvent chargés de matières impossibles à valoriser. Ainsi, les services de douane ont identifié des centaines de conteneurs mélangeant des plastiques avec des matières organiques en décomposition. Pas moins de 3000 tonnes ont ainsi été renvoyées dans leur pays d’origine. Etats-Unis, Japon, France, Canada, Australie et même Bangladesh. Depuis la fermeture des ports chinois aux plastiques occidentaux, la Malaisie s'est transformé en destination préférée des déchets plastifiés. On retrouve ainsi, pêle-mêle, des emballages français à côté de bouteilles australiennes, canadiennes,... L'industrie du recyclage se transforme rapidement en problème de santé publique. 

Philippines

La gestion de la fin de vie des déchets en général et des déchets plastifiés en particulier, a été la pomme de discorde entre le Canada et les Philippines. Le Canada est le plus gros producteur de déchets plastifiés par personne par an. Il en exporte une grande quantité vers les Philippines. Or, de nombreux conteneurs ne contenaient pas la marchandise déclarée administrativement. La réaction du président Rodrigo a été musclée. Il a rappelé une partie de son personnel diplomatique, renvoyé 69 conteneurs vers le port de Vancouver et, en cas de refus de les accepter par les autorités canadiennes, menacé de les immerger dans leurs eaux territoriales. Finalement, les déchets ont été débarqués et seront traités de manière écologique sur le sol canadien avant la fin de l'été 2019. C'est ce qu' a annoncé le gouvernement.

Cambodge - Indonésie

Le Cambodge a adopté un décret interdisant l’importation de déchets. Ce dernier frappe les entreprises illégalement importatrices de grosses amendes. Le pays a renvoyé 210 tonnes de déchets vers l’envoyeur. L’Indonésie, de son côté se propose de renvoyer des dizaines de conteneurs vers la France et d’autres pays occidentaux. Elle veut réduire la pollution de déchets plastiques dans la mer de 70% d’ici 2025.

Thaïlande - Vietnam

Depuis la fin des importations de déchets par la Chine, la Thaïlande a vu son importation multipliée par 10. Elle produit chaque année 2 millions de tonnes de déchets de plastique et n’en recycle que 500.000 tonnes. Elle se propose d’interdire complètement l’importation de déchets plastiques dès 2020 et de pousser sa capacité à recycler ces déchets à 100%. La Thaïlande est dans le peloton de tête en ce qui concerne l’usage des sacs en plastique à usage unique par sa propre population. Elle se propose d’interdire complètement l’importation de déchets plastiques dès 2020. Le Vietnam, quant à lui a décidé d’interdire totalement l’importation de déchets plastiques à partir de 2025.

Convention de Bâle

Depuis le 10 mai dernier, les pays membres de la convention de Bâle ont décidé d’un amendement qui met les plastiques au rang des matières dangereuses. Tant en ce qui concerne la pollution des eaux que de l’air. En effet, les matières plastiques libèrent toute une série de composantes toxiques lors de l’incinération. Cette disposition va rendre encore plus difficile la tâche déjà complexe des pays occidentaux de se débarrasser des déchets plastifiés.

Et après ?

Une fois que toutes les portes de sortie pour les déchets, entre autres plastiques, se seront fermées, la question de l’issue restera entière. Sans doute faudra-t’il se tourner vers les pays suffisamment pauvres pour être intéressés par les modestes rémunérations concédées pour s’occuper de nos déchets.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK