Le carnaval de la Nouvelle-Orléans, bombe à propagation du coronavirus en Louisiane

Parade dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans à l'occasion du mardi gras, le 25 février 2020.
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Parade dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans à l'occasion du mardi gras, le 25 février 2020. - © Jonathan Bachman - AFP

25 février 2020. Dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans, c’est un grand jour : c’est Mardi gras, le point culminant des fêtes de carnaval. Comme chaque année, des centaines de milliers d’Américains et de touristes se rassemblent pour assister aux parades et aux défilés colorés.

Ce jour-là, le coronavirus n’est encore qu’un concept éloigné, un problème bien loin de la principale préoccupation du jour : faire la fête entre amis. Il faut dire que les seuls cas de coronavirus sur le sol américain ne concernent pratiquement que des états de l’ouest et que tous les malades revenaient de l’étranger.

Le président, Donald Trump, vient même de tweeter que le coronavirus est"sous contrôle" aux Etats-Unis.

De 0 à plus de 1000 cas en 2 semaines

Un mois plus tard, c’est aujourd’hui avec amertume qu’on se souvient de cette journée. Car le Mardi gras a de la Nouvelle-Orléans a sans doute accéléré la propagation du coronavirus de façon fulgurante.

L’Etat du sud des Etats-Unis a officiellement enregistré 2305 cas de la maladie, qui a fait 83 morts, dont environ la moitié à la Nouvelle-Orléans (997 cas et 46 décès), selon des chiffres officiels publiés jeudi.

"La région de La Nouvelle-Orléans est une sorte d’épicentre du coronavirus dans l’Etat", a expliqué sur CNN le responsable local du ministère de la Sécurité intérieure, Collin Arnold.

Selon une étude de l’Université de Louisiane, cet état est passé de 0 à plus de 1000 cas en deux semaines, plus vite que n’importe où dans le monde.

A La Nouvelle-Orléans, depuis le premier cas déclaré le 9 mars, il a fallu sept jours pour atteindre la centaine, puis seulement quatre pour arriver à 300 cas, a calculé le centre d’études indépendant Data Center. "Comparé à d’autres comtés dans le pays, nous avons l’un des taux d’infection les plus hauts, nous sommes juste derrière plusieurs comtés de la ville de New York", a souligné mercredi la directrice des services de santé de la ville, Jennifer Avegno.

"Moment clé de la propagation"

"Mardi gras a été le moment clé pour la propagation du virus" dont la période d’incubation va jusqu’à deux semaines, a affirmé Rebekah Gee, ancienne responsable de la santé de Louisiane, mardi sur MSNBC. "Nous savons désormais que des gens qui sont venus ont propagé le virus ailleurs, nous avons des preuves que le virus était présent à ce moment-là".

"Les gens venus du monde entier étaient dans les cortèges, dans les fêtes. Malheureusement, ils ont partagé des colliers, des boissons et ils ne jetaient pas que des colliers mais aussi le Covid-19", a souligné madame Gee, en référence à la tradition carnavalesque du jet de collier de perles en plastique.

Pour le gouverneur de Louisiane John Bel Edwards, les participants du Mardi Gras "ont en quelque sorte planté le virus" autour de la ville.

"Le carnaval aurait dû être annulé"

Depuis quelques jours, les autorités de la Nouvelle-Orléans, pointées du doigt pour avoir maintenu le carnaval, tentent de se justifier. Pour la maire de la ville, LaToya Cantrell, c’est d’en haut que devaient venir les consignes, or l’État fédéral ne l’a, selon elle, pas mise en garde. Donald Trump est directement visé.

"Lorsque les choses ne sont pas prises au sérieux au niveau fédéral, c’est très difficile pour les autorités locales de prendre des mesures", a-t-elle déclaré. "Par contre, lorsque les experts m’ont informée que les rassemblements pourraient poser problème, j’ai décidé de les annuler."

"Il faut écouter le monde scientifique", a-t-elle expliqué sur CNN. "Nous, les autorités locales, nous nous basons sur les faits pour prendre des décisions. Quand on ne nous alerte pas d’un danger, on continue. Rétrospectivement, si nous avions reçu un signal clair, il n’y aurait pas eu de Mardi gras. J’aurais pris la responsabilité de l’annuler".

Vers une saturation des hôpitaux

Quoi qu’il en soit, il faut désormais gérer la crise. Pour freiner l’épidémie, le gouverneur de Louisiane a ordonné le confinement, depuis lundi, des 4,6 millions d’habitants.

Les 400.000 habitants de La Nouvelle-Orléans doivent eux rester à la maison depuis vendredi dernier, sur ordre de la mairie. Tous les rassemblements publics sont interdits dans le "Big Easy", la police a fermé la très célèbre Bourbon Street et les magasins doivent limiter leurs opérations.

Les forces de l’ordre "vont appliquer les règles de façon agressive", a prévenu LaToya Cantrell, qui a ordonné un dépistage massif de la population.

Mais "c’est un marathon, pas un sprint. Nous ne verrons pas les effets du confinement avant une semaine, ou plus", a prévenu Jennifer Avegno. La directrice des services de santé s’inquiète surtout d’une prochaine surcharge des capacités d’accueil des hôpitaux alors que le nombre de malades continue d’augmenter.

Pour LaToya Cantrell, le 7 avril "sera un seuil, à cette date nos hôpitaux seront saturés" alors que les services sanitaires manquent de matériel médical et d’équipements de protection, comme dans la plupart des états américains.

Autre inquiétude, la banque alimentaire de la ville va manquer de produits d’ici la fin de la semaine. Drew Brees, membre des Saints, l’équipe locale de football américain, a fait don jeudi de 5 millions de dollars aux associations qui fournissent des repas aux plus pauvres.

Les rues de la Nouvelles Orléans vides pendant le confinement (27/03/2020)

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