Le Cachemire va-t-il à nouveau virer au cauchemar ?

Ce jeudi en fin de journée, le Premier ministre indien va s’adresser à la nation pour expliquer la décision de son gouvernement de révoquer de force l’autonomie constitutionnelle du Cachemire indien pour l’aligner sur la législation du reste de l’Inde. Dans la foulée, le parlement indien a également voté la dislocation de la région, désormais formée de deux entités administratives distinctes, le Jammu-et-Cachemire et le Ladakh.

Depuis l’entrée en vigueur de la Constitution indienne en 1950, le Cachemire indien, c’est-à-dire l’Etat du Jammu-et-Cachemire, bénéficiait d’un statut spécial qui lui permettait de légiférer sur tous les sujets à l’exception des matières relevant de la Défense, des Affaires étrangères et des Communications restant l’apanage exclusif de New Delhi.

Le Cachemire est au cœur d’un conflit territorial entre l’Inde et le Pakistan depuis plus de 70 ans

Pour comprendre les enjeux de ce nouveau bras de fer entre l’Inde et le Pakistan, il faut remonter à la partition de l’empire colonial britannique, en 1947, lorsque les Britanniques accordent l’indépendance aux territoires qui composent l’empire colonial des Indes. Face au déferlement de violence entre hindous et musulmans dans la région, c’est le choix de la partition qui est fait. Le 15 août 1947 naissent deux Etats : l’Inde, majoritairement hindoue et le Pakistan, musulman.

Plutôt que de faire le choix entre l’Inde et le Pakistan, qui en revendiquent l’un et l’autre la possession, le Cachemire, stratégiquement situé, à la frontière entre les deux pays et avec une population principalement musulmane, opte pour l’indépendance. C’est le début d’un conflit qui va littéralement déchirer la région au point de provoquer deux guerres entre les deux pays voisins mais surtout des flambées régulières de violence dans le cadre d’insurrections séparatistes dont on estime qu’elles ont provoqué la mort de plus de 70.000 personnes ces trente dernières années. Depuis janvier 1949, le territoire du Cachemire est divisé en deux parties : 63% seront sous la responsabilité de l’Inde, le reste (37%) formant le Cachemire libre, soutenu par le Pakistan. Mais cela n’a jamais empêché les deux pays de continuer à revendiquer la partie dévolue à l’autre.

Et à en croire un responsable des services de sécurité dans la vallée de Srinagar qui affirme que "le Cachemire bout, il va exploser violemment mais nous ne savons pas quand", le risque d’une nouvelle explosion de violences est plus que probable, malgré les dizaines de milliers de paramilitaires – près de 80.000 – déployés par l’Inde ces derniers jours.

Plus de 500 personnes arrêtées au Cachemire indien

Le Pakistan, qui n’a jamais cessé de revendiquer le Cachemire, considère totalement illégale l’action du gouvernement indien et veut porter la question devant le Conseil de sécurité de l’ONU mais aussi devant la Cour pénale internationale. En attendant, Islamabad a expulsé l’ambassadeur indien et rappelé son envoyé spécial à New Delhi. Côté indien, on considère que cette mesure de révocation d’autonomie est une " affaire interne ". Plus de 500 personnes ont par ailleurs été arrêtées, parfois au milieu de la nuit, et placées en détention ces derniers jours, parmi lesquelles des hommes d’affaires, des professeurs d’université, des militants et responsables politiques.

Interrogé par l’AFP, un analyste de l’American Enterprise Institute de Washington estime qu’il est " trop tôt pour savoir si la manœuvre du Premier ministre indien sera vue comme une décision sage ou une faute historique. Mais deux choses sont claires : l’Inde a ignoré le sentiment des Cachemiris et a pris une décision risquée aux conséquences presque inimaginables ". Car il faut garder à l’esprit le fait que les Etats voisins sont tous deux détenteurs de l’arme nucléaire depuis 1998.

Selon Sylvie Guichard, Maître d’enseignement et de recherches à l’université de Genève et spécialiste de l’Inde, l’une des conséquences de la décision du Premier ministre indien pourrait être "un afflux de personnes non musulmanes dans l’état du Cachemire qui est le seul état à majorité musulmane de l’Inde". Retrouvez ici l’intégralité de son interview.

Forces armées dans les rues de Srinagar, au Cachemire indien, ce 07 août

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK