Le Brexit, source de violences en Irlande du Nord ?

L'IRA, l'armée républicaine irlandaise, signe un retour fracassant dans l'actualité internationale. Elle a changé de nom, elle s'appelle elle-même la Nouvelle IRA, elle a été fondée en 2012 et rejette l'accord du Vendredi Saint qui a mis fin à trois décennies de conflit sanglant en Irlande du Nord. Aujourd'hui, l'IRA admet sa responsabilité dans la mort d'une journaliste, Lyra Mac Kee, un décès survenu lors d'affrontements à Londonderry, dans la nuit de jeudi dernier. Nous nous sommes demandés si le Brexit, une fois en vigueur, serait de nature à favoriser de nouveaux affrontements entre Unionistes et républicains. Nous avons posé trois questions à Michel Liégeois, il est professeur de relations internationales à l'Université catholique de Louvain.

 

L'application d'un Brexit non-maîtrisé pourrait-elle favoriser la résurgence de la violence en Irlande du Nord ?

Michel Liégeois : "On peut le craindre, oui. Il existe sur place toute une série de groupuscules qui n'attendent qu'un élément à instrumentaliser pour reprendre les armes et le combat. Et un Brexit non-maîtrisé pourrait être cet élément déclencheur. Car ceux qui suivent l'actualité irlandaise ces dernières années ont pu se rendre compte que cette violence n'avait jamais totalement cessé. Un violence certes latente mais non-négligeable. Celle qui ne fait plus forcément les grands titres de l'actualité mais qui est parvenue à s'incruster dans les modes de vie ou dans l'arène politique. Je dirais ceci : le vivre-ensemble est fragile. La moindre remise en cause des accords de paix peut avoir des conséquences dramatiques."'

 

L'accord du Vendredi Saint date de 1998. Il avait mis fin à trois décennies d'un conflit sanglant en Irlande du Nord. On a l'impression de revenir un peu en arrière...

"Il ne faudrait pas oublier que le conflit nord-irlandais a duré trente ans. Et qu'il a coûté la vie à quelques 3500 personnes. Il a fallu qu'un gouvernement s'impose dans une sorte de coalition forcée. Imaginez, c'est comme si les nationalistes flamands étaient éternellement forcés à cohabiter avec les régionalistes wallons. C'est pourtant la seule porte de sortie qui a été trouvée pour garantir un semblant de paix et surtout le dépôt des armes. Les communautés restent très méfiantes les unes par rapport aux autres, je le disais. Le compromis établi jusqu'ici a permis de cohabiter assez pacifiquement mais avec beaucoup de difficultés politiques."

 

Peut-on imaginer dès lors que la question de la frontière entre les deux Irlande, lors du Brexit, viennent raviver aussi les violences ?

"On pourrait facilement arriver à une situation intenable : l'Irlande du Nord suivrait le Royaume-Uni dans son Brexit, à côté de cela, la République d'Irlande resterait bel et bien dans l'Union. Imaginez que sur cette frontière entre les deux Irlande se trouverait celle de l'Union européenne. Alors qu'actuellement, les Irlandais franchissent la frontière comme si elle n'existait pas. Ce qui se fait d'une manière extrêmement simple, même s'il s'agit bien d'une frontière internationale. Alors oui, la situation pourrait bien s'avérer intenable."

 

 

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK