Le Brexit avive les rêves d'une Irlande unifiée

Vingt-sept jours avant la date fatidique du 31 octobre, il n’y a toujours pas de solution à l’horizon. Cette longue attente est suivie de très près par les nationalistes nord-irlandais : ils rêvent d’unifier l’Irlande. Et le Brexit conforte cet espoir. Jeudi, Gerry Adams, pointure du parti nord-irlandais Sinn Féin, l’a redit à la tribune en congrès de parti.

"Il y aura un référendum sur l’unification de l’Irlande, c’est certain, a-t-il assuré. La question n’est pas de savoir s’il y aura un référendum, mais plutôt quand. Il y a plusieurs facteurs qui convergent et le Brexit en a été l’accélérateur".

Y aura-t-il un référendum ? En tout cas, il est possible que le Brexit soit en train de faire bouger les lignes en faveur de ceux qui rêvent d’unifier l’Irlande. Il a relancé le débat.

Une opinion publique différente, une peur de dégringolade

Les Nord-Irlandais avaient voté contre le Brexit, à 56%. Le référendum sur le Brexit avait montré à quel point l’opinion publique de la province britannique était différente de celle du Royaume-Uni dans son ensemble. Aller vers le Brexit a pu conforter le (res)sentiment de ne pas être considéré par Londres, d’être emmené en dépit de l’opinion majoritaire vers un sort moins enviable… Parce que s’ajoute la perspective d’un Brexit "dur" ou sans accord.

Aujourd’hui l’Irlande du nord entretient des échanges économiques soutenus avec la république d’Irlande, voisine du sud. La vie des Nord-Irlandais et des Irlandais qui habitent en zone frontalière se déroule souvent de part et d’autre de la frontière. Certains cultivent d’un côté et vendent de l’autre, élèvent du bétail d’un côté et font abattre de l’autre. Un Brexit dur ou sans accord entraverait cette fluidité tout en ralentissant l’économie, dans ce qui est déjà l’une des provinces les plus pauvres du Royaume Uni.

Et cette perspective pourrait amener même des Nord-Irlandais protestants, traditionnellement davantage attachés à l’identité britannique, à préférer rejoindre l’Irlande pour pouvoir coûte que coûte rester dans l’Union européenne et échapper à la dégringolade… et quitter Londres pour rester avec Bruxelles dans le marché unique et l’union douanière.

D’autres raisons de sentir le vent en poupe

Le Sinn Féin a d’autres raisons de sentir le vent en poupe. Une raison démographique notamment. En 1921, lorsque l’île a été scindée en deux, c’est sa répartition démographique qui a dessiné la ligne de frontière. Au Nord, les 6 comtés à majorité protestante qui sont restés rattachés à la Couronne britannique. Au sud, les 26 comtés catholiques ont composé la république d’Irlande.

Aujourd’hui, la répartition démographique en Irlande du nord est en train de changer. Le dernier recensement remonte à 2011 : 48% de protestants, 45% de catholiques, le différentiel diminuait. Et les prévisions estiment que ce rapport devrait s’être inversé au prochain référendum de 2021. Les catholiques sont en passe d’y devenir plus nombreux que les protestants. La population traditionnellement tournée vers Dublin deviendrait majoritaire.
Ce changement démographique influencerait les résultats d’un référendum, comme un Brexit fracassant.

Ne pas sous-estimer les obstacles

Mais si ces changements nourrissent les espoirs des nationalistes nord-irlandais, cela reste un scénario hypothétique.

Les accords de paix du Vendredi Saint, qui ont mis fin à 30 ans de conflit en Irlande du Nord prévoient bien la possibilité de recourir à un référendum pour unifier l’île d’Irlande. Mais ils stipulent aussi que c’est au Secrétaire d’État britannique pour l’Irlande du nord d’en décider. C’est donc à Londres d’estimer s’il pourrait y avoir une majorité favorable à ce changement et si la population doit être sondée. Le Royaume-Uni sera-t-il pressé d’ouvrir la porte à ce départ ?

Il n’y a pas que Londres qui pourrait freiner cet élan. Que pensent les Irlandais d’englober ce territoire qui n’a pas connu le même dynamisme économique récemment, qui n’a pas pu rebondir la même manière ? L’Irlande du Nord bénéficie chaque année de subsides massifs du Royaume-Uni. Dublin serait-il prêt à prendre le relais ? Les Irlandais seraient-ils prêts à voir augmenter leurs impôts pour s’unifier à leurs voisins du nord, plus pauvres, et plus divisés aussi ?

Le recensement de 2021 influencera le débat. La manière dont se déroulera le Brexit aussi. Le Sinn Féin, au balcon, guette une ouverture.

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