Le Brexit a-t-il vraiment permis au Royaume-Uni de gagner la course au vaccin anti-Covid ?

Ce jeudi 2 décembre, le Royaume-Uni a autorisé le vaccin développé par Pfizer et BioNTech. Les Britanniques devraient recevoir 800 mille doses dès la semaine prochaine… Ils devancent ainsi les Américains et les Européens qui, eux, devront encore attendre quelque peu avant de lancer leurs campagnes de vaccination.

Une autorisation britannique express…

Et si le lapin britannique a vaincu la tortue européenne, ce serait grâce à son indépendance retrouvée. "Grâce au Brexit nous avons pu prendre une décision […] fondée sur le régulateur britannique, un régulateur de classe mondiale, et non au rythme des Européens, qui avancent un peu plus lentement. […] Nous faisons tous les mêmes contrôles de sécurité et suivons les mêmes procédures, mais nous avons pu accélérer la manière dont ils sont faits, grâce au Brexit", s’est félicité le ministre britannique de la Santé, Matt Hancock.

Le ministre britannique des Entreprises a partagé le même satisfecit. Sur Twitter, il s’est réjoui que le Royaume-Uni ait été "le premier pays" à avoir signé un accord avec Pfizer et BioNTech et à distribuer leur vaccin. "Dans les années à venir, nous nous souviendrons de ce moment comme du jour où le Royaume-Uni a mené la charge de l’humanité contre cette maladie", a-t-il insisté.

… facilitée par l’Union européenne

Si le succès britannique est indéniable, ces déclarations triomphalistes demandent à être nuancées. L’Agence britannique de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) est bien la première à avoir donné son feu vert au vaccin de Pfizer et BioNTech. Ses experts ont travaillé "jour et nuit" pour effectuer les contrôles "équivalents à toutes les normes internationales", a souligné June Raine, la directrice générale de la MHRA.

Mais son agence a suivi une procédure d’autorisation d’urgence, accélérée… et autorisée par l’Union européenne. Car le Royaume-Uni est toujours membre aujourd’hui de l’Agence européenne des Médicaments (EMA). Il le restera jusqu’au 31 décembre prochain.

Les Britanniques ont fait usage d’une clause, prévue dans la législation européenne, qui leur permet de tester et d’approuver eux-mêmes un vaccin. Une procédure d’urgence, en principe, temporaire et limitée, dont peuvent bénéficier tous les Etats membres.

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L’Agence européenne des médicaments donnera son avis sur le vaccin de Pfizer/BioNTech avant le 29 décembre, au plus tard. © Photo by Lex van LIESHOUT / ANP / AFP

Les Européens défendent leur procédure plus lente

C’est cette procédure différenciée qui aurait donné une longueur d’avance aux Britanniques, selon Jens Spahn, le ministre allemand de la Santé : "Il faut noter qu’il y a différentes procédures et approches : les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont opté pour des autorisations d’utilisation d’urgence, alors que nous avons préféré l’approche conditionnelle normale, recourant à une procédure éprouvée, ce qui peut conduire à quelques différences de calendrier".

Et il a ajouté : "L’important n’est pas d’être le premier, mais d’avoir un vaccin sûr et efficace". Une priorité soulignée également par Stella Kyriakides, la commissaire en charge de la Santé : "La sécurité des vaccins est la priorité numéro un. Il doit être clair pour tous que les vaccins seront évalués en fonction de leur sécurité, de leur qualité et de leur efficacité".

L’avis de l’EMA attendue le 29 décembre

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Stella Kyriakides, la commissaire en charge de la Santé : " La sécurité des vaccins est la priorité numéro un", de l’Union européenne. © Photo by YVES HERMAN / POOL / AFP

L’Agence européenne des médicaments a aussi a défendu sa procédure plus lente, la jugeant plus sûre car basée sur davantage d’éléments et de vérifications que de son homologue britannique.

L’EMA donnera son avis sur le vaccin de Pfizer et BioNTech le 29 décembre prochain. Le décalage avec l’autorisation britannique n’est que de quelques semaines à peine. Il est d’autant plus relatif quand on sait que la validation d’un vaccin prend en moyenne dix ans.

Les Britanniques grossissent le trait

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L’autorisation du vaccin anti-Covid tombe à point nommé pour Boris Johnson. © Photo by JOHN SIBLEY / POOL / AFP

"Pourquoi est-il si difficile de reconnaître cette importante avancée comme un grand succès et effort international ? Je ne pense vraiment pas que ce soit une histoire de nationalité", s’est emporté Andreas Michaelis, l’ambassadeur d’Allemagne au Royaume-Uni. Et de fait, BioNTech est une société allemande, financée en partie par des fonds européens. Et les vaccins qui seront fournis Royaume-Uni seront produits en Belgique par l’américain Pfizer.

La raison de ce triomphalisme britannique semble exagérée. Il permet toutefois à Boris Johnson de décrocher une victoire de prestige qui tombe à point. Elle permet au Premier ministre britannique de faire oublier les critiques sur sa gestion de la pandémie.

Le Royaume-Uni est le pays européen le plus touché par le coronavirus. Elle lui permet aussi de valoriser un Brexit toujours aussi nébuleux. Les négociations commerciales avec les Européens sont toujours dans l’impasse.

Alors, si le Royaume-Uni a gagné la course au vaccin Covid entre pays européens, le Brexit n’explique pas tout.

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