Le 9 mai, jour de la Victoire en Russie : les grands dossiers qui opposent le pays de Poutine et l’Occident

La Russie célèbre ce 9 mai le 76e anniversaire de sa victoire sur l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Les célébrations de ce jour à travers le pays, avec des défilés militaires dans les principales villes, sont un moment de communion patriotique dédié aux quelques 20 millions de Soviétiques tués durant le conflit. 

Vladimir Poutine a fait une promesse devant son peuple ce dimanche. "La Russie défend sans relâche le droit international. En même temps, nous allons défendre fermement nos intérêts nationaux et assurer la sécurité de notre peuple", a-t-il dit devant des centaines de militaires en uniformes d'apparat et au garde-à-vous réunis sur la Place Rouge. 

Ce n'est qu'après la chute de l'URSS que la grande parade militaire du 9 mai est devenue un rendez-vous annuel. Vladimir Poutine place ce jour au cœur de sa politique de puissance, rendant hommage au sacrifice des Soviétiques, tout en accusant régulièrement ses adversaires occidentaux de "révisionnisme" historique anti-russe en cherchant à minimiser le rôle de l'URSS dans la défaite d'Adolf Hitler. 

Discours racistes, de supériorité nationale, d'antisémitisme et de russophobie

Selon lui, des idées issues du nazisme "sont remises au goût du jour", dénonçant le retour de "discours racistes, de supériorité nationale, d'antisémitisme et de russophobie"

Une démonstration de force

Plus de 12.000 hommes ainsi que 190 véhicules et systèmes d'armements ont commencé à défiler à l'issue du discours devant le chef de l'Etat et un public d'officiels et de vétérans 

Ce défilé militaire constitue une démonstration de force non négligeable, alors que la Russie est opposée à l’Occident sur de nombreux dossiers tels que l’Ukraine et la Crimée, l’opposant Alexeï Navalny, les violations des droits humains ou encore les sanctions et expulsions de diplomates.

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Des militaires de la police militaire sur un véhicule militaire sur la Place Rouge à Moscou, le 7 mai 2021, lors d'une répétition du défilé militaire du Jour de la Victoire. © Dimitar DILKOFF / AFP
Des femmes militaires russes sur la Place Rouge à Moscou, le 7 mai 2021, avant une répétition du défilé militaire du Jour de la Victoire. © Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

L’Ukraine et la Crimée

Un retrait des forces russes a été annoncé par Moscou le 23 avril après des semaines de tensions consécutives au déploiement de quelque 100.000 hommes à la frontière entre la Russie et l’Ukraine et en péninsule ukrainienne de Crimée annexée par la Russie en 2014.

Néanmoins, la présence des troupes russes à la frontière ukrainienne reste importante, selon les estimations des États-Unis et de l’Otan. "Nous avons observé une certaine réduction du nombre de troupes russes, mais il en reste des dizaines de milliers. Nous constatons également que la Russie a conservé beaucoup d’armes, d’équipements prépositionnés", a déclaré ce jeudi le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg en marge d’une réunion des ministres de la Défense de l’UE.

De son côté, la Russie accuse Kiev de ne pas respecter les accords. Les agences russes font état chaque jour de violations du cessez-le-feu imputées aux forces régulières ukrainiennes.


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Un ouvrier peint sur un graffiti d'Alexei Navalny, critique du Kremlin emprisonné, à Saint-Pétersbourg, le 28 avril 2021. L'inscription se lit comme suit : "Le héros des temps nouveaux". © Olga MALTSEVA / AFP

L’opposant politique Alexeï Navalny

Le réseau de bureaux régionaux (FBK) de l’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny a été ajouté depuis fin avril à la liste des organisations "extrémistes et terroristes" en Russie, une nouvelle étape vers la liquidation totale de son mouvement.

Cette liste compte également des centaines d’organisations et de personnalités russes et étrangères, notamment les groupes jihadistes Al-Qaïda et Etat islamique. Les 37 bureaux régionaux concernés ont annoncé dans la foulée leur autodissolution.

Fondé en 2011 par l’avocat et militant devenu bête noire du Kremlin, le FBK est connu pour ses enquêtes dénonçant la corruption des cercles du pouvoir russe. La plus retentissante, parue en janvier, accusait le président Vladimir Poutine de s’être fait construire un palais sur la mer Noire. Vue 116 millions de fois sur YouTube, elle avait contraint M. Poutine à démentir personnellement.

M. Navalny, 44 ans, est en prison depuis mi-janvier. Il avait été arrêté à son retour d’Allemagne où il avait passé près de cinq mois en convalescence pour se remettre d’un empoisonnement dont il accuse le Kremlin.


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Sanctions et expulsions diplomatiques

La Russie a annoncé le 30 avril des sanctions contre de hauts responsables de l’Union européenne, dont le président du Parlement européen. La diplomatie russe a accusé l’UE de chercher à entraver "à tout prix le développement" de la Russie dans un communiqué.

Il s’agit également d’une riposte aux sanctions imposées par l’UE en mars à de hauts responsables russes (interdiction d’entrée sur le territoire de l’UE et gel des avoirs). Ces personnes sont notamment impliquées selon l’UE dans les procédures judiciaires contre Alexeï Navalny.

Cette salve de sanctions réciproques intervient après que plusieurs capitales occidentales ont multiplié ces dernières semaines les expulsions de diplomates russes. En retour, Moscou a quasi systématiquement pris des mesures de représailles et expulsé des diplomates des pays concernés.


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Mais également…

Concernant les droits humains, Les Etats-Unis et l’Union européenne dénoncent également régulièrement la répression massive et systématique de la liberté de réunion pacifique en Russie, ainsi que la torture et la répression des personnes LGBT et des opposants politiques en Tchétchénie, une république du Caucase russe.

Le dossier des cyberattaques est également lors, tant du côté européen qu'américain. Les Etats-Unis attribuent notamment à la Russie une vaste cyberattaque qui a visé des agences gouvernementales aux Etats-Unis. L’attaque a débuté en mars 2020 et s’est poursuivie durant des mois avant d’être découverte en décembre 2020 selon les services de sécurité américains.

Sur le plan numérique, les relations avec les Etats-Unis sont également entachées par l’ouverture en avril d’une enquête en Russie contre Google et sa plateforme de vidéos YouTube pour "abus de position dominante", dernier exemple du bras de fer entre les autorités russes et les géants du numérique.

Sur le volet spatial, La Russie a annoncé son intention de construire le premier module de sa propre station spatiale d’ici 2025, après que le gouvernement a laissé entendre qu’il pourrait abandonner la Station spatiale internationale (ISS).

Vers un apaisement des relations ?

Côté européen, la réaction aux sanctions russes sera discutée par les ministres des Affaires étrangères et sera à l’ordre du jour du sommet européen du 25 mai selon un diplomate européen.

Côté américain, le président américain Joe Biden a dit ce mardi 4 mai qu’il espère rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine à l’occasion de son déplacement en Europe en juin. "Nous y travaillons", a-t-il dit.

Si Moscou a manifesté son intérêt pour cette offre, elle a été parasitée par les sanctions et contre-sanctions échangées par les deux pays. Fin avril, la Kremlin a cependant assuré que des "dates concrètes" étaient à l’étude.

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