Lampedusa: "L'UE doit prendre sa part pour que les tragédies cessent"

L'eurodéputée du groupe des Verts Hélène Fautre
L'eurodéputée du groupe des Verts Hélène Fautre - © Archive STR - IMAGEGLOBE

L'eurodéputée du groupe des Verts Hélène Flautre demande que l'Union européenne priorise les secours en mer Méditerranée : la tragédie de Lampedusa ne concerne pas que l'Italie, mais tous les Etats européen, dit-elle à la RTBF.

Après le drame de Lampedusa, l'Italie a décrété un jour de deuil national, la Commission européenne se dit attristée et promet de chercher des solutions à la crise de l’immigration. Interrogée par Mehdi Khelfat, Hélène Flautre, eurodéputée du groupe des Verts "ne croit pas à la sincérité de toutes les personnes qui aujourd'hui pleurent les nombreuses victimes. Ce que je me dis simplement, parce que ce n'est pas la première tragédie en Méditerranée (25 000 personnes sont mortes noyées dans la Méditerranée depuis la fin des années 90) c'est que l'Union Européenne et ses Etats-membres devraient absolument prioriser les secours en mer Méditerranée dans leur politique migratoire. Et ce n'est pas la situation actuelle, c'est ça qui crée une certaine colère".

Hélène Flautre poursuit: "Dans la mesure où les Etats de l'Union européenne, et l'Union européenne elle-même, mettent la pression sur les pays du sud de la Méditerranée pour qu'ils contiennent les migrants, on négocie avec eux, comme à l'époque des dictateurs Ben Ali et Kadhafi, le contrôle des frontières. Cela veut dire que les gens qui partent, le font dans des conditions de plus en plus scabreuses. Et c'est manifestement le cas : le bateau était bondé et il était totalement défaillant, donc ça c'est évidemment une première source d'immense tragédie. La deuxième c'est que la pression à la sécurité et au contrôle, voire au refoulement, des migrants au sud de la Méditerranée provoque une espèce de tension dans la Méditerranée où les bateaux de pêche et autres navires, qui sont très nombreux, tournent le dos, ne voient pas, font semblant de ne pas voir. Pourquoi a-t-il fallu que ces migrants fassent un feu sur le bateau pour être repérés? L'enquête le dira, puisque une enquête est en cours, mais ce n'est pas la première histoire de ce type que l'on a en mémoire. Bien sûr, ça se passe sur une île italienne mais c'est d'abord le premier caillou européen pour ces bateaux et donc c'est plutôt une journée de deuil européen à laquelle il faudrait appeler".

Fuir l'horreur

Comment relâcher cette pression aux frontières extérieures de l'Europe sans accepter toute la misère du monde ? "Je crois qu'on connaît, comme en Syrie aujourd'hui, des situations dans certains pays où le chaos, les Etats totalement défaillants ou la guerre provoquent des départs absolument nombreux. Donc il faut organiser le déplacement des personnes et leur accueil sous des formes et dans des lieux qui peuvent être divers. Mais il n'est pas possible que l'Union européenne ne décide pas d'en prendre toute sa part. Il ne s'agit pas d'accueillir tout le monde, d'ailleurs personne ne pourrait l'imaginer, mais de prendre une priorité au secours des personnes, et de prendre toute sa part dans la protection des personnes qui fuient des lieux invivables. Parce que là ce n'est même pas aller chercher une vie meilleure, c'est simplement fuir l'horreur. Et donc, dans ces conditions, il faut absolument que dans les pays limitrophes, le long du parcours de transit et jusqu'en Europe, on sécurise le déplacement des personnes, qu'on organise leur déplacement et qu'on organise leur lieu d'accueil. Et l'Europe doit être très active dans ce domaine. Il ne suffit pas d'être un bon payeur en aide humanitaire pour que ça continue à se passer ailleurs, il faut aussi que l'Union européenne prenne sa part de l'accueil et de l'organisation. Et puis c'est la légalisation qui fera que ce type de tragédie cessera" conclut Hélène Flautre.

A.L. avec M. Khelfat

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