Lampedusa: "Il faut remettre en cause les fondements de la politique d'asile"

Un migrant de Lampedusa derrière le grillage du "Temporary Permanence Centre" (CPT)
Un migrant de Lampedusa derrière le grillage du "Temporary Permanence Centre" (CPT) - © ALBERTO PIZZOLI - IMAGEGLOBE

"L'Europe devrait obliger les Etats membres à augmenter la coopération au développement", a affirmé Jacqueline Galant (MR) ce dimanche, tandis qu’Isabelle Durant (Ecolo) appelait la Belgique, à accueillir plus de réfugiés issus de pays en crise. Faut-il organiser une immigration légale? Et que doit faire l'Europe. Caroline Intrand spécialiste de la question au sein du Ciré, assure que plus les frontières seront difficiles à franchir, plus il y aura de passeurs qui profiteront de la situation.

En termes d’immigration, la règle en Europe semble être celle du chacun pour soi. Les pays du nord de l'UE, confrontés à une montée du populisme chez eux, ont toujours refusé de partager la charge migratoire des pays du sud. Cette situation peut-elle (ou doit-elle) changer? Faut-il plus de solidarité avec l’Italie et la Grèce, les deux pays situés en première ligne de l’immigration illégale?

Depuis des années, la Commission européenne souhaite, en vain, que les égoïsmes nationaux qui caractérisent les politiques migratoires cèdent la place à une véritable approche européenne.

"On a besoin du soutien des Etats-membres de l'UE", mais "les politiques migratoires, fragmentées, sont entre les mains des Etats-membres et considérées à l'aune de préoccupations intérieures", a déploré Michele Cercone, le porte-parole de la commissaire en charge de ce dossier, Cecilia Malmström.

Ce mardi aura lieu un Conseil européen spécialement consacré à cette question et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso se rendra mercredi à Lampedusa où au moins 194 migrants africains ont perdu la vie la semaine dernière dans le naufrage du bateau de pêche clandestin qui les emmenait sur l'île italienne.

Lampedusa et la délocalisation      

A propos de commentaires sur la mondialisation du commerce sans éthique qui inciterait les entreprises à "délocaliser", provoquant le chômage des travailleurs en Europe et poussant les gouvernements à détricoter les acquis sociaux, Caroline Intrand répond qu’il s’agit des mêmes mécanismes qui entraînent la misère là-bas avant de les créer ici. "L'exploitation des sans-papiers en Europe est aussi un facteur de "délocalisation sur place", qui malheureusement entraîne la baisse des droits sociaux pour les travailleurs. Le problème n'est pas la migration mais la logique qui sous-tend cette exploitation". Pour Caroline Intrand, le drame de Lampedusa est indirectement lié à cette logique.

Trop frileuse l’Europe?

L’Europe négocie des directives pour une immigration choisie, explique Caroline Intrand:  "Elle a posé depuis longtemps des conditions strictes pour l'accès au territoire. Avec pour résultat des drames comme celui auquel on vient d'assister qui sont la conséquence directe de cette politique restrictive".

La Commission suggère une répartition basée sur la surface des pays, leur PIB et leur population. Mais pour l’invitée du Chat, une nouvelle répartition des demandeurs d'asile ne règlera pas la question de ceux qui ne sont pas demandeurs d'asile ou réfugiés. "Si l'on reste dans les mêmes logiques que celles qui prévalent actuellement, on ne sortira pas de l'impasse. Je ne pense pas que le Conseil européen qui se tiendra mardi 8 octobre remettra l'intégralité de sa politique d'asile et d'immigration en question. Or je ne vois pas d'autre issue que de tirer un vrai bilan de la politique actuelle et d'en remettre en cause les fondements mêmes".

«On ne peut pas accueillir toute la misère du monde...»

Caroline Intrand resitue une phrase "historique" tronquée au fil du temps: "la phrase complète de Michel Rocard est: 'On ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais nous devons en prendre notre juste part'. On oublie trop souvent la deuxième partie. De plus, l'Europe accueille un nombre très faible de réfugiés comparé aux pays du Sud. Aujourd'hui, on ne peut pas dire qu'elle en accueille sa juste part.»

Selon elle, il ne fait pas de doute que plus les frontières seront difficiles à franchir, plus il y aura de passeurs qui profiteront de la situation. "Les premiers responsables sont ceux qui définissent ces politiques à savoir l'UE et les Etats membres. Ne confondons pas le symptôme et la cause."

Caroline Intrand assure que les travaux des économistes montrent que l'impact de l'immigration sur les grandes variables en matière sociale (salaire, sécurité sociale...) est peu important et positif.

Jean-Claude verset

 
Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK