La vie dans les environs de Tchernobyl 25 ans après

Vivre à Novozybkov 25 ans après Tchernobyl
Vivre à Novozybkov 25 ans après Tchernobyl - © RTBF

Nous sommes retournés à Novozybkov, une ville russe située à 300 kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl qui avait failli être évacuée en 1986. Aujourd'hui, la population continue à vivre dans une zone toujours contaminée.

Dans une cour de récréation de Novozybkov, le compteur Geiger s’affole car à cet endroit, la radioactivité se mesure bel et bien. Chaque jour pourtant, 600 écoliers s'y promènent. Là comme ailleurs dans cette ville de 40 000 habitants, la vie continue presque normalement en dépit d'un danger qu'on ne voit ni ne sent. Le niveau de vie de la population ne leur permet pas de quitter la zone ou de s'acheter des produits propres, c'est-à-dire non contaminés. Sur place, notre équipe a suivi des familles dont les enfants comme Léna passent leurs vacances en Belgique. La jeune fille décide de nous montrer la zone à risque où elle vit, et sur les conseils de sa mère, elle connait pertinemment bien les endroits où elle ne peut pas aller.

Explication scientifique

Vingt-cinq ans après la catastrophe, la radioactivité diminue mais elle est toujours présente. On trouve entre autres, du Césium 137 qui se fixe dans le corps humain et peut, à long terme, causer des cancers. Le géologue français André Paris a cartographié toute la zone de contamination. Il explique pourquoi aujourd'hui encore, elle persiste dans l'environnement. Pour lui, le milieu est propice à la conservation du niveau de contamination, car dit-il, "il n’est pas bouleversé. De plus, on a découvert que le Césium 137 aimait se fixer dans la couche de l’humus forestier. Il est ensuite récupéré par les racines des pins qui le remontent dans la végétation et se retrouvent dans les aiguilles qui retombent ensuite sur le sol. On assiste alors à une sorte de cycle qui tend à se refermer", conclut le scientifique.

Toute la chaine alimentaire contaminée

Pourtant dans la région, on persiste à se nourrir de la forêt et du potager, soit par pauvreté, soit par tradition. Dans les rues, des vendeurs proposent par exemple des champignons, fruit d'une cueillette sauvage. "On le sait", dit une vieille dame résignée, "c’est contaminé partout, mais on vit ici et on mange ce que l’on produit".

Les jeunes sont les plus touchés

Cette contamination de la chaine alimentaire rend les gens malades. Depuis 1986, les médecins de Novozybkov, soignent de plus en plus de maladies digestives, respiratoires, de problèmes de thyroïde ou encore des maladies du sang ou des os, et cela, particulièrement  chez les plus jeunes.  L’état de santé des enfants vivant dans ces zones est plus que préoccupant car seuls 30% d’entre eux sont en bonne santé, comparé à 80% avant la catastrophe de Tchernobyl.

On aurait dû évacuer

Tous les habitants de la ville sont suivis médicalement car leur charge corporelle en radioactivité reste excessive. Valeri Prikhodko est pédiatre à l’hôpital de Novozybkov témoigne : "en 1986, les experts étaient partagés entre la décision d’évacuer la ville ou non. Mais moi, je reste convaincu qu’on aurait dû le faire". Les enfants d’aujourd’hui, nés près de 20 ans après la catastrophe en subissent encore les conséquences, et leurs propres enfants pourraient eux aussi porter ce lourd fardeau.

Reportage de Marc Molitor / I.L. avec Pascale Bollekens

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