La vie dans l'un des derniers camps de "sorcières" du Ghana

Le village compte environ un millier d’habitants, dont 113 femmes accusées de sorcellerie.
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Le village compte environ un millier d’habitants, dont 113 femmes accusées de sorcellerie. - © Dylan GAMBA

Adamou Dassama a vécu pendant 12 ans dans un camp de "sorcières" dans le nord du pays. Accusée d’être responsable de la mort de plusieurs personnes dans son village natal, elle est conduite dans le camp de Kokuo où les conditions de vie sont particulièrement difficiles. Grâce au travail des ONG, elle a réussi à en sortir et à se réintégrer dans la société.

"La vie n’y était pas facile, j’ai dû me battre pour survivre." Adamou Dassama a le regard las quand elle repense à son passé. Pendant près de 12 ans, cette femme frêle, qui a aujourd’hui une soixantaine d’années – "Je ne sais pas exactement quand je suis née" – a vécu dans un des cinq camps de "sorcières" que compte aujourd’hui encore le Ghana, tous situés dans le nord du pays, où les superstitions sont les plus ancrées.

Originaire de Joo, dans le nord du pays, elle est accusée d’être responsable de la mort de plusieurs personnes dans le village. "J’ai été pointée du doigt et j’ai été accusée de sorcellerie par le chef du village. Une personne m’avait aussi accusé de l’avoir attaquée dans un rêve. Je n’avais pas le choix et j’ai dû partir", témoigne Adamou Dassama en dagbane, la langue courante dans le nord du Ghana. Mise au ban de son village, paria, elle doit alors quitter sa famille, ses amis. Sa vie d’avant.

Elle est alors conduite dans le camp de Kukuo, à 200 kilomètres à l’est de Tamale, la capitale de la région du Nord. Le village compte environ un millier d’habitants, la plupart du temps des agriculteurs. Les maisons sont des huttes avec des murs en chaux, sans aucun confort ni électricité. Pour lit, un simple tapis posé sur le sol. Les femmes accusées de sorcellerie sont presque toujours des femmes âgées. Elles vivent au sein du village, mais leurs conditions de vie sont particulièrement difficiles.

"Le plus difficile pour nous était d’avoir accès à l’eau. Nous devions faire 6 kilomètres à pied aller-retour pour nous rendre à la rivière et revenir avec de lourds bidons", témoigne Adamou. Une tâche pratiquement impossible pour les femmes âgées. "Nous vivions de la générosité des autres habitants du village, et c’était la même chose pour la nourriture. Nous n’avions personne de notre famille pour s’occuper de nous", poursuit-elle.

Des superstitions encore très ancrées

Dans ce camp, il y a aujourd’hui encore 113 femmes accusées de sorcellerie. Mais ce chiffre est en nette baisse. "Il y en avait plus de 200 il y a 10 ans", avance Alia Mumuri, membre de l’ONG ActionAid, qui milite pour la fermeture des camps de sorcières. "Les conditions de vie pour ses femmes sont particulièrement difficiles. Elles sont âgées et n’ont plus personne de leur famille pour leur venir en aide", poursuit-elle. L’association milite également pour la réintégration de ces femmes dans la société.

Mais les obstacles sont nombreux. "La plupart du temps, elles ne peuvent pas retourner dans leurs villages. Les superstitions sont tellement ancrées qu’elles seraient chassées. Il faut donc trouver quelqu’un de leur famille qui accepte qu’elles viennent habiter chez eux", avance Alia Mumuri.

C’est ce qui est arrivé à Adamou Dassama. En 2014, elle a pu sortir du camp grâce au travail de l’ONG. "Mais je ne pouvais absolument pas retourner à Joo", souligne-t-elle. Elle vit aujourd’hui à Dimbila, à quelques kilomètres seulement du camp de Kukuo. Elle réside chez sa fille, qui a accepté de l’accueillir. Elle vend de la nourriture locale aux élèves d’une école qui se trouve à proximité de l’habitation.

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