La Turquie veut apaiser les esprits: elle continuera à appliquer l'accord sur les migrants

"Nous le (l'accord) mettons en application et nous continuerons à l'appliquer pour des raisons humanitaires" a déclaré le ministre turc des Affaires européennes, Omer Celik.
"Nous le (l'accord) mettons en application et nous continuerons à l'appliquer pour des raisons humanitaires" a déclaré le ministre turc des Affaires européennes, Omer Celik. - © JOE KLAMAR - AFP

La Turquie continuera à appliquer l'accord conclu en mars avec l'Union européenne sur le retour des migrants mais n'acceptera pas de nouveau mécanisme du même style tant que la question de la libéralisation des visas pour les Turcs désirant se rendre en Europe n'aura pas été réglée, a affirmé samedi le ministre turc des Affaires européennes, Omer Celik.

Mais sans libéralisation des visas, la Turquie ne s'engagera dans aucun nouveau mécanisme

"Nous le (l'accord) mettons en application et nous continuerons à l'appliquer pour des raisons humanitaires", a-t-il déclaré devant la presse à l'issue d'une rencontre avec les chefs de la diplomatie des 28 Etats membres de l'UE à Bratislava - la première du genre depuis la tentative de coup d'Etat du 15 juillet, qui illustre la volonté des deux parties d'améliorer leurs relations, même si les désaccords sur les purges massives qui ont suivi le putsch restent évidents.

"Mais sans libéralisation des visas, la Turquie ne s'engagera dans aucun nouveau mécanisme", a prévenu M. Celik, qui est aussi longuement revenu lors de la rencontre sur les suites du putsch raté. "La balle est pour le moment dans le camp européen, nous avons rempli nos engagements", a-t-il ajouté.

Un agacement turque perceptible

Signé à Bruxelles le 18 mars mais critiqué par l'ONU et des ONG, l'accord migratoire UE-Ankara prévoit le retour en Turquie - à raison de un pour un - de tout migrant arrivé en Grèce depuis le 20 mars, y compris les demandeurs d'asile syriens, et n'ayant pas fait de demande d'asile ou dont la demande a été rejetée.

Mais les dirigeants turcs ont multiplié au cours de l'été les signes d'agacement face aux appels répétés de l'UE, qui, tout en condamnant fortement le putsch raté, a enjoint la Turquie à y répondre dans le respect de l'Etat de droit et des droits de l'Homme.

L'Union a mobilisé trois milliards d'euros et est prête à doubler cette somme pour aider les réfugiés en Turquie. Ils sont au nombre de trois millions, selon le ministre turc, qui a souligné que certains pays européens - la Hongrie, dont il n'a pas cité le nom - organisaient des referendum sur l'accueil des réfugiés.

L'UE prête à dialoguer

Au-delà de cette bonne volonté exprimée sur l'accord migratoire, l'UE a exprimé son souhait d'améliorer ses relations avec Ankara, un partenaire difficile mais candidat à une adhésion lointaine.

"Le message principal que nous partageons, c'est d'abord un engagement fort à dialoguer, à moins parler de l'autre et à plus parler les uns avec les autres, à s'écouter et à comprendre l'opinion publique européenne et turque", a affirmé la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, lors de la conférence de presse de clôture.

Dans cet esprit, les différentes parties se sont accordées sur le fait que les engagements pris précédemment seraient respectés, "que ce soit en termes de visa, de douanes, de gestion des flux de réfugiés mais aussi dans le domaine économique", a-t-elle expliqué, tout comme le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders.

Ce dont on a besoin, c'est d'un peu d'empathie

"Ce dont on a besoin, c'est d'un peu d'empathie", a déclaré M. Celik, lors d'un point de presse séparé. "L'UE et la Turquie devraient continuer de se concentrer sur un agenda positif, et poursuivre notre coopération autour de nos valeurs politiques communes", a-t-il affirmé.

L'un des points d'achoppement porte sur la législation antiterroriste de la Turquie, que l'UE exige de voir amender avant d'accorder toute exemption de visa aux citoyens turcs.

Cette loi antiterroriste, elle ne sera pas changé tant que perdureront les menaces terroristes, a insisté M. Celik.

Le ministre turc a par ailleurs fourni aux 28 ministres européens une abondante documentation - notamment inscrite sur une clé USB - prouvant, selon Ankara, la responsabilité de l'ex-imam exilé aux Etats-Unis Fethullah Gülen et de son mouvement Hizmet dans la tentative de putsch, a expliqué M. Reynders.

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