La tragédie des femmes yézidies: "J'attends que les combattants de Daesh soient traduits en justice"

Manifestation de soutien aux yezidis (2014)
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Manifestation de soutien aux yezidis (2014) - © BERTRAND GUAY - AFP

"Je ne vais pas bien, évidemment, mais je dois être forte pour faire passer notre message", explique Mawra, 23 ans, d’une voix douce. "Comparé aux autres filles qui sont encore captives, battues, violées, j’estime avoir de la chance". Pourtant, Mawra a elle-même été enlevée par des djihadistes.

En août 2014, l’Etat-Islamique décide d’organiser une vaste offensive sur les monts Sinjar, au Nord de l’Irak, tout près de la frontière avec la Syrie, pour commettre ce que l’ONU qualifie de génocide du peuple yézidi. Le groupe terroriste considère les membres de cette minorité religieuse comme des mécréants.

Les hommes ainsi que les adolescents sont tués. Les enfants, y compris des bébés, sont emmenés par des "docteurs" dans des familles, dans le but de les convertir à l’islam. Les femmes, elles, sont enlevées pour servir d’esclaves sexuelles aux combattants djihadistes.

Comme la plupart de ses consœurs yézidies, Mawra a été vendue plusieurs fois, passant aux mains d’un combattant à l’autre, avant de réussir à s’enfuir au bout de quatre mois d’enfer. Elle s’est réfugiée dans une famille syrienne qui a demandé une rançon à des représentants de la communauté yézidie, en échange de sa libération.

Lorsque Mawra revient dans son village, il n'en reste plus rien ou presque. Le groupe terroriste Etat islamique ne s’est pas contenté de mener sa campagne de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, les combattants ont aussi détruit les infrastructures des paysans et des petits producteurs, ils ont saccagé les puits d’irrigation, démonté et volé des lignes électriques vitales. Ils ont également incendié les vergers et abattu les arbres…

Aujourd’hui, Marwa vit avec sa mère et son petit frère en Allemagne, là où se trouve la deuxième plus grande communauté yézidie au monde.

"Ce que j’attends maintenant, c’est que les femmes enlevées soient libérées, que les fosses communes soient ouvertes pour identifier les corps, que l’on recense ceux et celles qui ont été enlevés, ceux qui sont morts et ceux qui vivent encore, et que les membres de Daesh soient traduits en justice pour avoir commis ces crimes".

Les chiffres sont difficiles à obtenir, mais Leyla Ferman, directrice de l'association 'Women for justice', estime que plus de 3500 femmes ont disparu sans laisser de traces et qu'il reste encore environ 3000 femmes avec enfants aux mains des djihadistes en Syrie, en Turquie ou en Afghanistan.

"Le groupe terroriste continue d’agir", affirme le père Patrick Desbois, président de Yahad in Unum, une association qui mène des enquêtes sur place et qui aide les yézidis à se reconstruire, "Daesh n’est pas mort. Les combattants sont encore présents un peu partout en Syrie. Ils gardent des Yazidis qui sont toujours en esclavage, des femmes qu’ils ont achetées ou des enfants qu’ils font travailler ou qu’ils envoient pour poser des bombes".

D’autres yézidies vivent dans des camps, notamment dans le Kurdistan irakien. Certaines ayant subi un lavage de cerveau, converties et mariées à leur bourreau après avoir été vendues plusieurs fois, jurent que "c’était bien Daesh". Mais les membres d'associations l'attestent, les dégâts psychologiques sont immenses. De nombreuses ONG aident les yézidis à se reconstruire autant que possible. Tandis que le gouvernement irakien n’a toujours pas pris de dispositions pour rétablir les infrastructures vitales sur les Monts Sinjar.

Témoignages recueillis dans le cadre des ‘Jeudis de l’Hémicycle’ du Parlement francophone bruxellois, sur invitation du Collectif belge pour la prévention des crimes de génocide et contre les négationnismes, Women for Justice, AGBU Europe et du Centre Communautaire Laïc Juif.

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