La société publique belge Bio-Invest mise en cause pour un investissement en RDC

La société publique belge Bio mise en cause pour un investissement en RDC
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Human Rights Watch met en cause Bio-Invest, la société publique Belge d'investissement pour les pays en développement, pour son soutien à la société canadienne Feronia et sa filiale PHC, actives dans l'huile de palme, en République démocratique du Congo.

Dans un rapport intitulé "A Dirty Investment: European Development Banks’ Link to Abuses in the Democratic Republic of Congo's Palm Oil Industry" ("Un sale investissement : Rôle des banques européennes de développement dans les abus commis dans le secteur de l’huile de palme en RD Congo" - résumé et recommandations en français), publié ce lundi, l’ONG accuse Feronia de violer les normes sociales et environnementales.

Des travailleurs des trois plantations sont exposés à de grandes quantités de pesticides dangereux, dont certains peuvent avoir des effets à long terme en cas d’exposition répétée, comme l’apparition de cancers. Chaque semaine, des tonnes de déchets non traités sont déversés dans des cours d’eau, où les femmes et les enfants viennent se baigner et faire la vaisselle. D’après HRW, les salaires sont abusivement peu élevés, beaucoup d’employés sont payés moins de 1,90 USD par jour, le seuil d’"extrême pauvreté" défini par la Banque mondiale.

Au total, quatre banques européennes de développement ont investi dans Feronia depuis 2013, à hauteur de 100 millions de dollars : CDC Group (britannique), DEG (allemande) et FMO (néerlandaise) et donc, BIO-Invest.

La Coopération belge était-elle informée de ces dérives ?

Luuk Zonneveld, PDG de Bio-Invest, connaissait l’existence de certaines dérives, mais pas à ce point. "On n’était pas au courant, par exemple, que les gens ne portaient pas toujours des vêtements pour se protéger des pesticides, alors que Feronia a investi dans ces équipements. Dans le même temps, on sait bien que dans une zone aussi étendue et aussi difficile d’accès en RDC, il peut y avoir des choses qui ne sont pas en règles et qui nous échappent. Mais nous n’étions pas au courant de ce que Human Rights Watch a découvert. Ce sont des situations inacceptables. Nous allons demander des comptes à l’entreprise et réclamer qu’elle y remédie aussi vite que possible."

Bio-Invest a choisi d’investir dans l’entreprise Feronia en 2015 à hauteur de 11 millions de dollars, pour maintenir les emplois dans cette zone isolée de la RDC, après qu’Unilever ait abandonné l’exploitation. Près de 100.000 habitants dépendraient de cette entreprise. "C’est dans ce contexte que nous avons décidé d’investir dans la réhabilitation de la production d’huile de palme, pour maintenir les emplois", ajoute Luuk Zonneveld. "Avec nos partenaires, nous avons investi plus de 100 millions d’euros pour améliorer aussi les conditions de vie des travailleurs : un projet de logements sociaux est en cours, des hôpitaux, des écoles, des puits pour fournir de l'eau potable ont été construits"…

Avant de faire ce choix, Bio-Invest s'était basé sur des critères qui définissent des normes sociales et environnementales, ceux qu’utilisent la Banque mondiale. "Mais en effet, dès le début du projet, nous avions constaté que des pratiques devaient encore être améliorées", admet Luuk Zonneveld. "Nous avons alors défini un plan à mettre en œuvre pour corriger les dérives. L’entreprise devait agir dès qu’elle avait suffisamment de moyen pour le faire".

Il faut renforcer le monitoring

Human Rights Watch n'est pas la seule ONG à dénoncer les violations des normes sociales et environnementales de Feronia. "Nous avions constaté ces dérives, nous avions alerté Bio-Invest et le cabinet ministériel, mais nous avons fini par ne plus avoir de réponse", déplore Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11-11-11 (Centre national de coopération au développement).

De fait, dès 2015, plusieurs ONG Belges et étrangères ont transmis à Bio-Invest, des rapports qui dénonçaient déjà des infractions commises par l'entreprise Feronia. Par exemple, le fait que les communautés contestaient la légalité des titres fonciers, cela fait l'objet d'une plainte... A plusieurs reprises, dès 2016, des questions ont même été soulevées au Parlement fédéral, et adressées au ministre de la Coopération, Alexander De Croo.

Arnaud Zacharie nuance cependant : "Il faut reconnaître que ces investissements sont utiles dans ces pays en développement, pour créer de l’emploi et générer de la valeur, à condition de renforcer les contrôles", ajoute Arnaud Zacharie. "Il faut non seulement des évaluations en amont du projet mais aussi des évaluations indépendantes et régulières tout au long du projet, pour s’assurer que le cahier des charges en matière de normes sociales et environnementales est bien respecté. Pour se faire, nous suggérons de renforcer la coopération entre les ambassades où travaillent les agents de la Coopération belge et les ONG, car nous avons les capacités de faire remonter du terrain les observations non seulement de la population, mais aussi de la société civile qui les encadre".

Un message qui semble avoir été entendu par Bio-Invest : "Ce qu’il faut apprendre du rapport de Human Rights Watch, c’est que nos propres monitoring doivent être beaucoup plus poussés pour éviter que ce genre de situations ne se reproduisent", a admis Luuk Zonneveld, qui dit avoir toujours été en contact avec le CNCD.

 

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