La société polonaise divisée sur les réformes du gouvernement conservateur

Les locaux des médias publics polonais, à Varsovie
Les locaux des médias publics polonais, à Varsovie - © Tous droits réservés

La Pologne et ses réformes controversées figuraient à l’agenda européen cette semaine. Pour rappel, le parti Droit et Justice (PiS), au pouvoir depuis octobre dernier en Pologne, veut réformer la Cour constitutionnelle et les médias publiques. Certains Européens craignent ni plus ni moins qu'une mainmise de ce parti conservateur sur ces deux institutions.

La première ministre polonaise Beata Szydło était d'ailleurs invitée à expliquer ces réformes devant le Parlement européen, à Strasbourg ce mardi. La veille, le président polonais Andrzej Duda était quant à lui venu s'expliquer à Bruxelles. La semaine dernière, la Commission européenne a ouvert une enquête préliminaire sur la situation en Pologne. Cette procédure est inédite et vise à la sauvegarde de l'État de droit.

La société Polonaise divisée sur les réformes du gouvernement

Au sein de la société polonaise, les avis sont partagés. Aujourd'hui, on pourrait presque dire qu'il y a deux Pologne. L'une soutient le parti au pouvoir, le PiS, le parti Droit et Justice, à l'origine des réformes controversées. Et l'autre est du côté de la Plateforme civique, le parti de l'opposition. Il est difficile, voire impossible, de trouver un point de vue neutre sur ce qu'il se passe. Le clivage est partout, y compris chez les universitaires et dans la presse.

Au nord-est de la Pologne, à Siemiatycze, une petite ville à trois heures de train de Varsovie, les avis aussi sont partagés. Siemiatycze, c'est en quelque sorte une fenêtre sur la Belgique. Dans cette ville, une personne sur trois environ travaille à Bruxelles. Les liens sont très forts entre les deux villes. A Siemiatycze, les jeunes plient bagage et s'en vont dès qu'ils le peuvent, pour travailler et gagner correctement leur vie.

Parmi les habitants de Siemiatycze, Stanislas, un chauffeur de taxi. Il se désole de voir l'exode de ces jeunes. Il travaille dans cette ville depuis plus de quarante ans. S'il a voté pour le parti Droit et Justice (PiS), le parti au pouvoir, c'est dans l'espoir que ce dernier recrée un vrai marché du travail. Il souhaite en quelque sorte une "repolonisation" de l'économie : "Ce que j'attends du gouvernement, c'est que ça évolue au niveau des finances, comme il l'a promis. Parce qu'il y a énormément de sociétés étrangères qui viennent chez nous, elles disent que ça ne leur rapporte rien. Pourtant, elles ne sont pas taxées. La Pologne est le pays qui compte le plus de supermarchés tenus par des sociétés étrangères et elles, elles ne paient rien. Tous leurs profits sont envoyés dans leurs pays d'origine".

Nous avons des gens intelligents au pouvoir, qui ne se laisseront pas corrompre

Stanislas soutient également les réformes en cours. Cela ne l’inquiète pas du tout, au contraire. Pour lui, le gouvernement s’assure juste qu’il aura toute la liberté pour appliquer son programme. Et c’est d'ailleurs aussi un des arguments avancés par la première ministre cette semaine devant le Parlement européen. Dans le camp du PiS, c’est devenu un refrain : il faut un gouvernement fort, qui puisse aussi tenir tête à l’Union européenne.

Pour Stanislas, c'est évident, l'Union européenne a peur, mais pas pour les raisons qu'elle affiche : "Ceux qui sont au pouvoir aujourd'hui savent très bien pourquoi l’Europe nous critique aujourd’hui : c’est parce qu’elle sait que maintenant nous avons des gens intelligents au pouvoir, qui ne se laisseront pas corrompre, contrairement au gouvernement précédent".

Vouloir profiter de l’Union, sans en respecter pour autant les règles

Autre interlocuteur, autre son de cloche. Jarek, 55 ans, est agriculteur. Il est le plus grand exportateur au monde de cassis. Il en est très fier. Jarek cultive aussi des légumes et les conserve dans un immense entrepôt. Il dispose de gros frigos dans lesquels des milliers de caisses de carottes sont empilées. En plein hiver, l'activité tourne autour de la conservation, du tri, de l'empaquetage.

Et pour lui, ça ne fait pas un pli, toutes ces infrastructures, il les doit à l'Union européenne : "Tout ce que vous voyez là, toute cette infrastructure a été réalisée grâce à des fonds venus des programmes européens : tout cet espace, à savoir l’entrepôt, la machine de tri, et la majorité des machines. Tout cela grâce au même programme européen".

Et c'est vrai, l'Union européenne est un moteur économique pour la Pologne. Selon Jarek, le nouveau gouvernement joue avec le feu : "Je trouve que le comportement de notre gouvernement est un peu irresponsable, je ne le soutiens pas du tout. Personnellement, je me sens Européen, et je trouve que le fait de se couper ainsi de l'UE, pour moi, c’est un peu comme s’ils avouaient vouloir seulement profiter de l’Union, sans en respecter pour autant les règles. Or, à partir du moment où l'on a décidé d’entrer dans l’UE, c’est comme si on entrait dans un club. Si j’en deviens membre, je me dois de respecter l’ensemble des conditions qu’on m’impose".

La crise des réfugiés crispe le pays

Jarek, l’agriculteur, et Stanislas, le chauffeur de taxi, illustrent bien les clivages qui divisent la société polonaise. Un point de vue neutre est difficile à rencontrer. On a donc deux lectures de ce qui se passe : d’un côté, le retour à un certain nationalisme; de l’autre, la peur de l'autoritarisme. Mais, c’est aussi deux regards différents sur l'Union européenne...

La crise des réfugiés que traverse l'Europe est une question qui crispe la Pologne. C'est d'ailleurs cette crise qui a favorisé la victoire du PiS, opposé aux quotas de réfugiés. Pourtant, à Varsovie, on croise rarement des visages étrangers, dans le métro ou dans la rue. La Pologne est un pays très catholique et l’arrivée de Syriens, en majorité musulmans, fait peur. Là-dessus, les Polonais semblent presque tous sur la même longueur d’onde.

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