La Russie se dit ouverte au dialogue sur l'Ukraine "d'égal à égal"

Des activistes pro-russes en faction devant le bâtiment du parlement de Crimée
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Des activistes pro-russes en faction devant le bâtiment du parlement de Crimée - © VOLODYMYR PETROV - BELGAIMAGE

"Nous sommes ouverts à un dialogue honnête, d'égal à égal et objectif avec nos partenaires étrangers pour trouver un moyen d'aider l'Ukraine entière à sortir de la crise", a déclaré samedi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov faisant clairement allusion à l'Occident.

"Nous sommes prêts à continuer le dialogue à condition d'avoir l'assurance que ce dialogue sera honnête entre partenaires égaux, et sans tentative de nous présenter comme l'une des parties au conflit", a-t-il déclaré. Il a laissé entendre que les Occidentaux avaient, dans la crise ukrainienne, voulu défier l'autorité de Moscou dans l'espace post-soviétique. "La crise a été créée artificiellement, pour des motifs géopolitiques", a-t-il dit. "Cette crise n'a pas été provoquée par nous. Elle a, en fait, été provoquée en dépit de nos avertissements répétés depuis longtemps", a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie russe a lancé une nouvelle attaque contre le gouvernement ukrainien qui a pris le pouvoir après le renversement de Victor Ianoukovitch, disant que la terreur et le chaos régnaient dans le pays. "Ce soi-disant gouvernement temporaire n'est pas indépendant, et dépend malheureusement des nationalistes radicaux qui ont pris le pouvoir par la force. Il n'y a aucun semblant de contrôle gouvernemental pour maintenir la loi et l'ordre. Le ton est donné par les groupes d'extrême droite du mouvement nationaliste Pravy Sektor qui utilisent des méthodes de terreur et d'intimidation", a-t-il encore affirmé.

Selon Sergueï Lavrov, le dialogue devait avoir pour but de pousser les autorités ukrainiennes à respecter l'accord du 21 février, signé par le président d'alors Viktor Ianoukovitch et les leaders de l'opposition. "Cet accord n'est pas appliqué", a-t-il déploré, soulignant que la dissolution des "groupes armés illégaux" et le déblocage des routes et des bâtiments officiels, ou encore la mise en place d'un gouvernement d'unité nationale n'avaient pas été mis en oeuvre.

Le leader de Pravy Sektor candidat à la présidentielle

Dmytro Iaroch, 42 ans, leader du mouvement paramilitaire ukrainien d'extrême droite qui s'est illustré sur les barricades pendant la contestation à Kiev, a déclaré samedi qu'il serait candidat à l'élection présidentielle anticipée du 25 mai en Ukraine.

Le chef de Pravy Sektor (Secteur droit) a également dit qu'il n'avait pas pour l'instant l'intention d'envoyer ses militants combattre en Crimée, occupée depuis fin février par des forces russes. "Je vais participer à la présidentielle", a déclaré Dmytro Iaroch, en costume et cravate et flanqué de nombreux gardes du corps au cours d'une conférence de presse à Kiev. Il a déclaré que l'Ukraine était "en état de guerre avec la Russie" qui occupe depuis plus d'une semaine la Crimée tout en soulignant qu'il n'y enverrait pas les membres de Pravy Sector sans feu vert des autorités de Kiev. "Nous avons lancé la mobilisation des structures de Pravy Sector à travers toute l'Ukraine", a-t-il dit. Mais "nous coordonnons nos actions avec le Conseil de sécurité nationale et de défense" auprès du président qui demande pour l'instant aux troupes de "rester dans leurs casernes", a-t-il souligné.

Dmytro Iaroch, qui avait dénoncé "la dictature gay et le totalitarisme libéral" régnant selon lui en Europe et qui "ne conviennent pas à l'Ukraine", a par ailleurs annoncé qu'il soutenait la signature d'un accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne.

Dans une interview à l'AFP début février, Dmytro Iaroch avait promis de "casser la gueule" aux Russes s'ils intervenaient en Crimée. Il est poursuivi en Russie pour "incitation au terrorisme" et Moscou a demandé un mandat d'arrêt international contre lui suite à la publication sur le site du mouvement d'un appel au combat contre les Russes adressé à l'indépendantiste tchétchène Dokou Oumarov, "terroriste numéro un" aux yeux de Moscou. Dmytro Iaroch a affirmé samedi que la page VKontakte, le Facebook russe, de Pravy Sector avait été piratée et s'est dit contre "les méthodes terroristes".

Pravy Sektor est un mouvement paramilitaire décrit par son leader comme "nationaliste mais pas fasciste", qui a acquis une grande popularité auprès des manifestants à Kiev en s'illustrant lors des violents affrontements entre protestataires et forces de l'ordre, faisant pleuvoir pavés et cocktails molotov sur les policiers.Il revendique l'héritage controversé des nationalistes ukrainiens de la Seconde Guerre mondiale.

Manifestation pro-russe à Donetsk

Une grande manifestation pro-russe se tient ce samedi à Donetsk, bastion russophone de l'est de l'Ukraine, alors que la tension reste toujours aussi vive en Crimée (sud), où le parlement local a décidé de se séparer de Kiev. La diplomatie ne semble pour le moment pas en mesure d'apporter une solution à la crise.

Donetsk est la capitale du Donbass, un bassin minier frontalier de la Russie, dont est originaire le président déchu Viktor Ianoukovitch. Depuis sa fuite en Russie, cette région est agitée par de vives tensions entre pro-russes et défenseurs de l'unité de l'Ukraine.

Les partisans d'un ralliement à Moscou ont déjà occupé pendant trois jours l'administration régionale et y ont hissé le drapeau russe blanc bleu rouge, avant d'être délogés par la police jeudi au petit matin. En outre, des manifestations concurrentes des deux camps ont réuni des milliers de personnes, tournant mercredi soir à la bagarre générale.

Signe que les autorités prennent la menace au sérieux, la justice a ouvert une enquête sur l'"atteinte à l'intégrité nationale" contre Pavel Goubarev, un homme d'affaires local propulsé leader des pro-russes, au même titre que les dirigeants de Crimée qui ont demandé le rattachement à Moscou. Il a été arrêté jeudi et risque dix ans de prison.

"Une Ukraine indivisible"

Serguiï Tarouta, un homme d'affaires nommé gouverneur par les nouvelles autorités de Kiev, a réuni vendredi les représentants de la société civile, qui ont adopté un texte appelant à "une Ukraine indivisible".

A l'issue d'une semaine agitée, le premier adjoint au maire de Donetsk, Sergueï Bogatchev, voit des "signes de stabilisation" grâce à l'arrestation du leader pro-russe. "Mais il conserve des partisans en ville", a-t-il ajouté, interrogé par l'AFP. L'élu estime que le mouvement séparatiste est mené par "un petit groupe" avec "une influence évidente" de Moscou.

La situation est en revanche toujours aussi tendue en Crimée, où vendredi, pour la deuxième journée consécutive, les observateurs militaires de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont été empêchés de pénétrer dans la péninsule par des hommes armés et cagoulés en treillis qui arboraient des drapeaux russes.

Les observateurs ont pour mission de tenter de faire retomber la tension en Crimée, où le Parlement local a décidé de se séparer de Kiev et d'organiser le 16 mars un référendum de rattachement de la Crimée à la Russie.

Signe de vives tensions sur la péninsule ukrainienne occupée par les troupes russes, des militants ont pénétré vendredi soir sur le territoire d'une base des forces aériennes ukrainiennes à Sébastopol.

Le consulat polonais à Sébastopol évacué

"En raison de tensions provoquées par les forces armées russes, nous avons à contre-coeur évacué notre consulat à Sébastopol, en Crimée", a écrit le ministre sur son compte Twitter, sans préciser de quelles tensions il s'agissait.

Par ailleurs, dans un communiqué publié sur son site, le ministère a une nouvelle fois appelé les citoyens polonais séjournant en Crimée "à quitter ce territoire en raison d'imprévisibilité de la situation sur ce territoire". Le consulat polonais était la seule représentation diplomatique d'un pays de l'UE en Crimée, a souligné Wojciechowski.

Rencontre entre un vice-ministre russe et l'ambassadeur d'Ukraine

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Grigori Karassine a rencontré samedi à Moscou l'ambassadeur d'Ukraine en Russie Volodymyr Eltchenko, a annoncé la diplomatie russe. Au cours de cette rencontre, "les questions des relations russo-ukrainiennes ont été examinées dans une atmosphère franche", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Mise en garde de Kiev contre une interruption des exportations de gaz de Gazprom

Soumis à des sanctions économiques et diplomatiques des Etats-Unis et de l'Union européenne, Moscou a menacé d'avoir recours à l'arme énergétique. Le géant russe Gazprom a mis en garde Kiev contre une interruption de ses exportations de gaz si le nouveau pouvoir ne s'acquittait pas au plus vite de ses quelque deux milliards de dollars de dette.

Cette annonce a ébranlé les principales bourses européennes. Paris a cédé 1,15%, Londres 1,12%, mais c’est Francfort qui a subi la plus forte baisse, cédant 2,01%.

A Moscou, une manifestation de soutien aux habitants de Crimée a réuni plus de 65 000 personnes, selon la police.

Enquête demandée par la Russie sur les snipers de Kiev

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a demandé une enquête de l'OSCE sur les responsables de la mort, le mois dernier, de dizaines de personnes à Kiev, tuées dans des attaques de snipers, arguant qu'on ne pouvait continuer à "dissimuler" la vérité.

M. Lavrov a tenu ces propos après la divulgation, cette semaine, d'une conversation téléphonique entre la représentante de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et le chef de la diplomatie estonienne, au cours de laquelle celui-ci confie que l'opposition ukrainienne au président Viktor Ianoukovitch avait pu être impliquée dans ces attaques.

"Les dernières informations sur cette affaire de prétendus snipers ne peuvent plus être dissimulées", a déclaré M. Lavrov lors d'une conférence de presse avec son homologue tadjik.

"Nous avons proposé que l'OSCE (l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) fasse une enquête objective sur cette affaire, et nous ferons en sorte que justice soit faite" a-t-il précisé.

"Il y a eu trop de mensonges, et qui ont été utilisés trop longtemps afin de diriger l'opinion publique européenne dans la mauvaise direction, allant à l'encontre des faits objectifs", a encore ajouté M. Lavrov.

Les pays occidentaux ont imputé à la police anti-émeute de Viktor Ianoukovitch, aujourd'hui destitué, la majorité des violences qui se sont soldées par des dizaines de morts en février à Kiev.

Néanmoins, la Russie a utilisé cette conversation téléphonique piratée, entre le chef de la diplomatie estonienne Urmas Paet et Catherine Ashton, pour étayer son argumentation voulant que le nouveau gouvernement ukrainien soit composé d'extrémistes dangereux.

La demande d'enquête de M. Lavrov indique que la Russie ne laissera pas tomber cette affaire.

Dans cet entretien téléphonique, qui a eu lieu le 26 février, le ministre estonien a déclaré à Mme Ashton que selon ses sources à Kiev, "c'étaient les mêmes tireurs embusqués qui ont tué des gens des deux côtés", aussi bien parmi les manifestants que les policiers.

Des dizaines de manifestants et environ 15 policiers ont été tués dans les violences.

Menace russe de suspendre les inspections internationale de son arsenal

La Russie envisage de suspendre les inspections étrangères de son arsenal d'armes stratégiques, y compris les missiles nucléaires, en réponse aux "menaces" venant des Etats-Unis et de l'Otan à propos de la crise en Ukraine, a annoncé samedi le ministère russe de la Défense.

"Les menaces non fondées des Etats-Unis et de l'Otan contre la Russie à propos de sa politique envers l'Ukraine sont perçues par nous comme un geste inamical qui permet donc de déclarer des circonstances de force majeure", a déclaré un haut responsable non identifié du ministère, dans un communiqué aux agences de presse russes.

"Nous sommes prêts à faire cela en réponse aux déclarations du Pentagone sur la suspension de la coopération entre les ministères de la Défense de Russie et des Etats-Unis", a-t-il dit.

Le Pentagone a annoncé lundi que les Etats-Unis avaient suspendu tous les liens militaires entre Washington et Moscou en raison de l'intervention russe en Crimée.

Les inspections ont lieu dans le cadre du Traité de réduction des armes stratégiques (START) passé avec les Etats-Unis, et dans celui du Document de Vienne entre les pays membres de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe).

Y mettre fin risque fort d'être considéré par l'Occident comme une violation majeure de ces accords, vus comme une pierre angulaire du maintien de la paix dans le monde depuis la fin de la Guerre froide.

"Etant donné que de telles inspections relèvent d'une question de confiance, dans des conditions de +sanctions+ décrétées de facto par les Etats-Unis, il ne peut y avoir de contacts bilatéraux réguliers sur le respect des accords", a-t-il encore estimé.

Le nouveau traité START entre la Russie et les Etats-Unis a été signé entre le président américain Barack Obama et le chef du Kremlin de l'époque, Dmitri Medvedev, et est entré en vigueur en février 2011.

Il prévoit des réductions draconiennes de missiles et têtes nucléaires des deux côtés et autorise 18 inspections par an sur des sites militaires.

Côté diplomatique : échec des négociations

Sur la scène diplomatique, malgré d'intenses consultations depuis une semaine, Occidentaux et Russes n'ont pas réussi à trouver une issue à la crise qui a éclaté fin février. Après des tergiversations, Bruxelles et Washington ont finalement brandi l'arme des sanctions diplomatiques et économiques.

Le président américain Barack Obama a salué vendredi les "positions coordonnées" de l'Union européenne et des Etats-Unis face à la Russie dans la crise ukrainienne au cours d'une conversation téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel.

Vendredi, pendant son second long entretien téléphonique avec Vladimir Poutine en moins d'une semaine, Barack Obama a ajouté que la Russie avait violé la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine, ce qui conduisait les Etats-Unis "à prendre des mesures de représailles, en coordination avec ses partenaires européens".

Pour sa part, Vladimir Poutine a mis en garde son homologue américain contre le risque de "sacrifier" les relations américano-russes pour des "problèmes internationaux isolés", selon le Kremlin.

Engagé dans la plus grave épreuve de force avec Moscou depuis la chute de l'URSS, le président Obama a ordonné des restrictions de visas et autorisé des gels d'avoirs, visant potentiellement des responsables russes et ukrainiens.

Les dirigeants européens ont pour leur part suspendu les négociations sur les visas avec la Russie et menacé de prendre davantage de sanctions, notamment économiques, si la situation continuait à se détériorer.

Dans la soirée, son porte-parole Dmitri Peskov a assuré que la Russie ne cherchait pas une nouvelle Guerre froide. "On voudrait l'éviter, j'espère (...) qu'elle n'a pas encore commencé et qu'elle ne commencera pas", a-t-il déclaré.

Un puissant virus informatique contamine les ordinateurs ukrainiens

Un virus informatique très puissant a infiltré des ordinateurs en Ukraine, où 22 cas ont été enregistrés depuis 2013, année du début de la crise politique dans ce pays, selon un rapport de l'organisme BAE Systems spécialisé dans le cyber espionnage.

Le virus en question, baptisé Snake, est "l'une des menaces les plus sophistiquées et les plus persistantes que nous étudions", explique BAE Systems dans un rapport publié vendredi à Londres. Apparu en 2006, ce virus semble avoir été déployé de façon plus agressive depuis 2013, selon la même source : sur 56 cas répertoriés depuis 2010 dans le monde entier, 44 ont été enregistrés depuis l'an dernier. L'Ukraine est la principale cible, avec 22 cas depuis 2013, dont 14 constatés depuis le seul début de l'année 2014, alors que la crise politique en Ukraine s'accélérait avec la chute du président pro-russe Victor Ianoukovitch fin février.

Les opérateurs de ce virus agissent en semaine et essentiellement dans un fuseau horaire correspondant à Moscou, constate BAE Systems. Grâce à Snake, ils peuvent "accéder à la totalité des systèmes informatiques qu'ils ont infiltrés", ajoute le rapport de l'organisme. "La capacité (de ce virus) à hiberner, en restant complètement inactif pendant plusieurs jours, rend sa détection extrêmement complexe."

Selon le Financial Times publié samedi, le virus a notamment infiltré des systèmes informatiques du gouvernement de Kiev et d'importantes organisations ukrainiennes. Le directeur général de BAE Systems, Dave Garfield, cité dans le quotidien financier a déclaré : "Ceux qui ont créé ce virus sont de grands professionnels. Il a un niveau de sophistication très élevé."

Selon des experts, Snake est comparable au virus informatique Stuxnet, qui avait attaqué en 2010 le programme nucléaire iranien et avait été attribué par Téhéran à une attaque israélo-américaine.

RTBF avec AFP

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