La Russie, Poutine et les soupçons d’irrégularités dénoncés par l’Europe

L'Union européenne invite la Russie à enquêter sur les irrégularités dénoncées lors du référendum constitutionnel organisé pour permettre au président Vladimir Poutine de rester en fonction jusqu'en 2036. "Nous avons connaissance d'allégations d'irrégularités (...) Nous nous attendons donc à ce que ces rapports fassent l'objet d'une enquête en bonne et due forme car il s'agit d'allégations graves", a déclaré Peter Stano, porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Sans en dire plus, il sème le doute sur ce référendum qui donne une perspective à plus long terme pour Vladimir Poutine.

L'Union européenne déplore aussi l'absence de campagne, "ce qui a privé les électeurs de l'accès à une information équilibrée et à un débat approprié pour apporter des changements aussi importants", a souligné le porte-parole européen.

Il a également dénoncé l'organisation de la consultation sur le territoire ukrainien, dans la péninsule de Crimée, illégalement annexée et dans les régions qui ne sont actuellement pas sous le contrôle du gouvernement légitime ukrainien. "Nous ne reconnaissons pas le vote dans ces territoires", a-t-il averti.

L'Union appelle la Russie à respecter ses obligations internationales, y compris celles d'exécuter les arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme, et demande la modification d'un amendement à la Constitution qui prévoit la primauté de la Constitution russe sur les traités internationaux.

L'Union Européenne ne veut pas se prononcer sur le mandat du président, car cette décision appartient à son pays. "Mais il doit y avoir des freins et des contrepoids dans le système", a soutenu le porte-parole européen.

"Les élections doivent être libres, justes et démocratiques, sans aucune restriction pour l'opposition, pour permettre une compétition politique loyale", a-t-il rappelé.

 

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L'opposition juge ce référendum illégal

De son côté, Washington se dit "préoccupé" par les conditions du déroulement du référendum constitutionnel en Russie.

L'ONG Golos, spécialisée dans la supervision des processus électoraux, dit pour sa part avoir constaté de nombreuses irrégularités, y compris des bourrages d'urne et des votes sous la contrainte. "Ce vote restera dans l'histoire de notre pays comme l'exemple d'une tentative d'empiéter sur la souveraineté du peuple", ajoute l'ONG, qui se dit dans l'incapacité de confirmer la véracité des résultats.

Ce vote restera dans l'histoire de notre pays comme l'exemple d'une tentative d'empiéter sur la souveraineté du peuple

Alexeï Navalny, figure de l'opposition, a jugé le scrutin illégitime, illégal et taillé sur mesure pour assurer une présidence à vie à Vladimir Poutine. "Nous ne reconnaîtrons jamais ce résultat", a-t-il déclaré à ses partisans dans une vidéo.

Le gouvernement avait encouragé les électeurs à soutenir cette réforme, qualifiée de "coup d'Etat constitutionnel" par ses détracteurs, en leur promettant par tirage au sort des appartements et en organisant des campagnes de communication autour d'autres sujets populaires soumis au même référendum comme le maintien des retraites et l'interdiction de facto des mariages homosexuels.

L'État a également versé sur ordre de Vladimir Poutine une prime de 10.000 roubles (125 euros) aux parents au moment même où les Russes se rendaient aux urnes mercredi.

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Un vote transparent

La Commission centrale des élections a assuré que le vote avait été transparent et que les fonctionnaires avaient tout fait pour assurer son intégrité. Vladimir Poutine, lui, a remercié les Russes de leur "soutien et de leur confiance", au lendemain du vote par lequel ils ont approuvé une vaste révision de la Constitution l'autorisant notamment à se maintenir potentiellement au pouvoir jusqu'en 2036. "Je voudrais remercier les citoyens russes. Un grand merci pour votre soutien et votre confiance", a déclaré le président russe dans une allocution télévisée, assurant que la réforme offrira une "stabilité intérieure et du temps pour renforcer le pays et toutes ses institutions".

"Un référendum de confiance triomphal"

Près de huit électeurs russes sur dix ont approuvé la révision constitutionnelle ouvrant la voie à un maintien de Vladimir Poutine au pouvoir jusqu'en 2036, un score présenté jeudi par le Kremlin comme un "référendum de confiance triomphal" pour le président russe mais rejeté par l'opposition, qui dénonce des fraudes.

La Commission centrale des élections a annoncé dans la matinée que 77,9% des électeurs avaient soutenu le projet de réforme constitutionnelle, avec un taux de participation de 65%, bien au-delà des 50% requis pour que la consultation soit validée.

 

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Aussi longtemps que Staline

Arrivé au pouvoir fin 1999 sous Boris Eltsine, l'ancien officier du KGB, qui aura 83 ans en 2036, pourra donc, s'il le désire, briguer un mandat de six ans à l'issue de sa charge actuelle, en 2024, et se représenter de nouveau en 2030.

Poutine, dont la longévité au pouvoir est sans égal à Moscou depuis Joseph Staline, n'a rien dit de ses intentions.

 

Vladimir Poutine a tenu à remercier le peuple russe d'avoir soutenu les amendements. 

"Je veux adresser des mots de gratitude à tous les citoyens de la Russie. Je tiens à vous remercier pour votre soutien et votre confiance. J'ai parlé à plusieurs reprises de la nécessité d'adopter des amendements. Nous avons à la fois l'amélioration du système politique et la consolidation des garanties sociales, nous avons le renforcement de la souveraineté, des valeurs territoriales et enfin, nos valeurs spirituelles, historiques et morales qui maintiennent les générations ensemble."

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