La Russie peut-elle vraiment se déconnecter de l'internet mondial?

La Russie peut-elle s’isoler en se déconnectant de l’internet mondial ? Les députés russes devraient en tout cas voter un projet de loi pour permettre d’isoler l’internet russe en le coupant des serveurs étrangers. Pratiquement, est-ce réalisable ? Et si oui, est-ce la fin de l’esprit originel du web ? Soir Première a invité pour en débattre Frédéric Donck, directeur du bureau Europe de l’Internet Society, et Charles Thibout, chercheur à l’IRIS sur les enjeux géopolitiques et stratégiques des technologies émergentes.

Sur le plan purement technique, une telle opération serait-elle possible. « En théorie, oui », répond Frédéric Donck, mais ce ne serait pas simple : « C’est possible dans un pays avec une très faible densité de réseau internet, avec un ou deux opérateurs. On pourrait alors s’occuper de ces opérateurs et 'débrancher' l’ISP (internet service provider), le point de rencontre entre deux opérateurs. Mais dans un pays comme la Russie, il y a plusieurs types de connexion : le câble sous-marin, le satellite, les réseaux mobiles des pays avoisinants, etc. C’est autre chose. Mais c’est vrai qu’en théorie, si les Russes pouvaient mobiliser tous les opérateurs de services, tous les fournisseurs de service internet et les obliger à soit débrancher l’ISP, soit détourner les tables de noms de domaine et de localiser tout l’internet russe et le laisser en Russie, c’est sans doute possible. Mais cela aurait des conséquences techniques, politiques et économiques effarantes ».

La Russie présente cette volonté comme une initiative pour se protéger des cyberattaques américaines. Mais est-ce la seule raison qui la motive ? Ne serait-ce pas une façon de contrôler les informations qui circulent sur son territoire ? Pour Charles Thibout, il y a un peu des deux : « Le pouvoir russe craint vraiment le potentiel de mobilisation de l’internet, sa capacité de déstabiliser les régimes. Faute d’accès aux médias officiels, Internet est le principal média d’opposition en Russie. Et puis, c’est vrai que depuis 2013 et l’affaire Snowden, les Russes, tout comme le reste du monde, savent que le cyberespace est l’espace naturel de déploiement de la puissance américaine. Donc face à cela, ils cherchent à renforcer leur propre souveraineté numérique ».

Les Etats-Unis, instrument de domination de l'internet ?

Pour Frédéric Donck, l’internet doit être considéré comme neutre : « C’est vrai qu’on a souvent critiqué les Etats-Unis en disant qu’ils maintenaient l’internet ouvert pour mieux espionner les gens », explique-t-il. « Mais l’internet, c’est un réseau neutre. Il n’a que très peu faire des frontières politiques, puisqu’il est basé sur l’efficacité. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, c’est que les hommes politiques veulent régler des questions d’ordre politique, social et culturel en touchant à un réseau qui est purement technologique. Pour moi, il ne faudrait pas le faire le biais d’un réseau qui est neutre ».

 

 

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