La Russie déploie des troupes à la frontière ukrainienne : Kiev craint une invasion

L’armée russe a procédé ces derniers jours à des mouvements de troupes inhabituels dans la région proche de la frontière ukrainienne. Cette mobilisation a immédiatement suscité une vive inquiétude de l’Ukraine, qui y voit des préparatifs d’une nouvelle intervention russe sur son territoire.

Selon le renseignement militaire ukrainien, Moscou prépare une invasion militaire dans le Donbass, les territoires séparatistes de l’est du pays. Selon Kiev, Moscou a distribué des centaines de milliers de passeports russes aux habitants de ces régions pour y justifier une intervention de "protection" de ses citoyens. "Leurs unités militaires seront prêtes à attaquer dès la mi-avril", a affirmé un haut responsable ukrainien.

Moscou peut compter sur le soutien de 28.000 combattants séparatistes du Donbass qui seraient encadrés par plus de 2000 conseillers militaires et instructeurs russes. Malgré ses dénégations, la Russie est largement considérée comme le soutien financier et militaire des séparatistes. Kiev accuse Moscou d’avoir fait combattre ses troupes régulières au cours du conflit.

Quelque 33.000 militaires russes sont également basés en Crimée, annexée depuis 2014. Des manœuvres militaires y ont été observées ces derniers jours.

Une mobilisation de 50 bataillons

Le Kremlin, qui nie toute présence russe dans le Donbass, n’a pas démenti les mouvements de troupes près de la frontière ukrainienne. L’armée russe a même annoncé la mobilisation dans la région de plus de 50 bataillons, soit 15.000 soldats, pour des exercices destinés à prévenir des frappes de drones.

Le porte-parole du président Valdimir Poutine a souligné que la Russie "déplace ses forces armées sur son territoire comme elle l’entend". Selon lui, cela "ne doit inquiéter personne". Mais Moscou se dit prêt à prendre "toutes les mesures nécessaires" en cas d’ingérence militaire occidentale en Ukraine. La Russie considère traditionnellement cette ex-république soviétique comme faisant partie de sa sphère d’influence.

Un appel de Joe Biden

L'arrivée au pouvoir de dirigeants pro-occidentaux a provoqué en 2014 la crise qui se prolonge jusqu'aujourd'hui. Les forces russes et leurs alliés séparatistes se sont emparés par deux fois de territoires ukrainiens, la Crimée puis le Donbass, prenant au dépourvu les Occidentaux.

Le président américain Joe Biden a appelé vendredi son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour l’assurer du soutien américain à la souveraineté de l’Ukraine. Ces tensions mettent à l’épreuve le début de présidence de Joe Biden, à un moment où les relations russo-américaines sont au plus bas.

Poutine veut-il tester Biden ?

Plusieurs spécialistes voient dans cet épisode une volonté du président Poutine de tester son nouvel homologue américain et de lui montrer sa détermination. Les incidents violents se sont multipliés ces dernières semaines, après une longue période de calme, un cessez-le-feu ayant prévalu durant la deuxième moitié de 2020. En revanche, 20 soldats ukrainiens sont morts dans des attaques depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison blanche.

Les pourparlers de paix entre l’Ukraine et la Russie sous médiation franco-allemande sont au point mort depuis plusieurs années.

Instrument de négociation

Les experts sont divisés sur la réalité de la menace d’une prochaine invasion russe de l’Ukraine. Les mouvements militaires "ne semblent pas être de la taille indicative d’une invasion, ni depuis la Crimée, ni d’ailleurs", a jugé sur Twitter Michael Kofman, du centre d’analyse américain CNA. Pour l’analyste militaire russe Alexandre Goltz, Moscou use des tensions comme d'"un instrument de négociation diplomatique avec l’Occident".

La spécialiste française Anna Colin-Lebedev relaie pour sa part l’avis de l’expert militaire russe Pavel Felgenhauer, qui estime "probable une invasion de l’Ukraine par la Russie d’ici un mois, par le sud".

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