Alep: "La Russie de Poutine n'est pas aussi forte qu'elle le prétend"

Tandis que sur la scène internationale Vladimir Poutine continue de multiplier les démonstrations de force, Bertrand Henne recevait ce vendredi au micro de Matin Prem1ère le russologue Xavier Follebouckt, chercheur à l'Université Catholique de Louvain, pour évoquer le chef absolu de la Federation russe.

Poutine saisit les opportunités et utilise nos faiblesses

Avec la chute d’Alep, l’ex lieutenant-colonel du KGB confirme la place incontournable qu’est désormais la sienne sur l’échiquier géopolitique mondial. Poutine vient-il pour autant de donner une leçon de géostratégie à des occidentaux ? Xavier Follebouckt est certain d’une chose: " Il nous a mis face à nos propres contradictions et à nos propres faiblesses. Tant en Ukraine, qu’en Syrie ou ailleurs, Poutine saisit les opportunités et utilise nos faiblesses. C’est le vide laissé en Syrie par les occidentaux qui lui a donné l’occasion d’intervenir de manière décisive. Si nous avions été présents, il n’aurait pas pu faire cela. "

Il parvient à se montrer beaucoup plus fort qu’il ne l’est réellement

Démonstration de faiblesse de l’occident plutôt qu’une démonstration de force de la Russie ? À en croire le hacking des élections présidentielles américaines, les coups d’éclats de Poutine s’inscrivent dans une logique d’opérations au coût limité mais à la rentabilité maximale. "Avec peu de moyens, il parvient à se montrer beaucoup plus fort qu’il ne l’est réellement. Raison pour laquelle la Russie ne s’immiscera sans doute pas dans la gestion quotidienne de la Syrie, ils ont donné un soutien, mais ce n’est pas eux qui décideront la direction que prendra le régime de Bachar El Assad ", précise le politologue. Au début de l’intervention russe en Syrie, beaucoup d’analystes avaient d'ailleurs souligné l’incapacité financière d’une Russie, aux prises avec une crise économique profonde, à demeurer longtemps sur ce terrain

Les Russes font preuve de beaucoup d’habileté diplomatique

Mais le tour de force russe ne s’arrête pas là, puisque le chef du Kremlin réussit à entretenir de bonnes relations avec des ennemis jurés comme peuvent l’être par exemple l’Iran, l’Arabie Saoudite, Israël ou la Turquie. " Les Russes font preuve de beaucoup d’habileté diplomatique. Mais ils doivent également être prudents car ils n’ont pas toujours les mêmes objectifs sur le terrain. Et cela nécessite l’investissement de beaucoup de moyens pour maintenir cette place au centre de l’échiquier moyen-oriental."

Une impression de puissance grâce à l'audace et à des coups d’éclat

Pour Xavier Follebouckt, c’est clair, " La Russie de Poutine n’est pas aussi forte qu’elle le prétend. Maintenant, je faisais également partie de ces observateurs qui pensaient que l’intervention russe ne pourrait pas durer longtemps. L’économie russe est en train de remonter, mais cela reste une économie relativement fragile, frappée par de multiples sanctions. On est loin de la puissance économique et militaire des Etats-Unis mais ils réussissent à projeter et à donner l’impression de puissance grâce à leur audace et à des coups d’éclat ciblés. Ce qui entraîne également, pour la société russe, la nécessité à moyen-long terme de choisir la direction dans laquelle elle souhaite aller. "

L’opinion russe est façonnée par les médias

Le peuple russe, comment vit-il cette situation, cette stratégie de son président ? " L’opinion est façonnée par les médias, officiels ou contrôlés par le régime, et qui donc présentent ces interventions en Syrie, ou en Ukraine, comme la preuve du retour de la Russie sur l’avant de la scène internationale. Leur pays est à nouveau l’égal des grandes puissances mondiales, du moins tente-t-on de leur faire croire. Mais ce jeu n’est viable qu’un temps parce que l’enjeu déterminant pour les Russes se sont les considérations socio-économiques." Mais après dix-sept ans de règne sans partage, la main de fer de Vladimir Poutine a réussi à enrichir une grande partie du peuple, et cela aussi compte dans un pays où les révolutions ont façonné l'histoire.   

L’objectif des sanctions européennes était de faire changer la politique russe

Se pose la question des relations entre l’Union européenne et la Russie. Les sanctions en vigueur ont démontré leur relative inefficacité tandis que les pressions diplomatiques ne semblent pas faire sourciller ce dirigeant, pur produit du système soviétique. " L’objectif de base des sanctions était de faire changer la politique russe, or ce n’est pas le cas. Mais de la part des européens, il était difficile de faire autre chose. Utiliser les armes ? Rester sans réagir face à l’annexion d’un territoire souverain ? Les échéances électorales récentes et à venir, France, Allemagne, Pays-Bas, Italie, etc. vont modifier la donne et la posture de l’Union face à la Russie après les erreurs du passé."

Que va mettre en oeuvre l'Europe afin de garantir un certain ordre international et un modèle qui est le sien sur un échiquier géopolitique où la "Russie nouvelle de Poutine" prend de plus en plus ses marques?           

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