La redistribution des terres aux Noirs s'accélère en Afrique du Sud, des fermiers blancs assiégés

"Il doit y avoir une certaine redistribution des terres. Mais nous devons être compensés", estime Robert (à droite).
5 images
"Il doit y avoir une certaine redistribution des terres. Mais nous devons être compensés", estime Robert (à droite). - © Valérie HIRSCH

"J’ai peur que ma ferme soit envahie par des squatteurs", confie Robert, un éleveur de chèvres de 70 ans, près de Parys, à 90 kilomètres au sud de Johannesburg. Ces derniers mois, les "land invasions" (occupations de terre) se sont multipliées, surtout dans la province du Cap et autour des grandes villes, à l’appel des  "Combattants pour la liberté économique" (EFF).

"Ce ne sont pas des occupations, car ce sont nos terres", clame son président, Julius Malema, qui réclame la nationalisation des terres agricoles. "Rien n’a changé depuis la fin de l’apartheid et, si on ne fait rien, il y aura une révolution", a-t-il récemment confié à la télévision turque.

"On rêve tous d’avoir un lopin"

Les Blancs possèdent toujours 71% des terres agricoles privées et 49% des superficies urbaines. Mis sous pression à un an des législatives de 2019, l’ANC a voté en faveur d’une expropriation des terres sans compensation afin d’accélérer leur redistribution aux Noirs. Le processus de consultations publiques s’est achevé le 15 juin. Un rapport sera présenté au Parlement en août.

"On rêve tous d’avoir un lopin", dit Sakhile Mlhope, qui nettoie la mairie. Ce vieil homme habite au bout d’une route en terre dans le township de Parys. "Les Blancs ont pris nos terres et nous sommes devenus des locataires. On veut des titres de propriété, certains pour faire de l’élevage, d’autres juste pour avoir un lopin où habiter."

Cette attente énorme inquiète les fermiers. "Il doit y avoir une certaine redistribution des terres, concède Robert, assis dans son salon décoré d’assiettes hollandaises. Mais nous devons être compensés. Cette ferme appartient à ma belle-famille depuis deux ans !".

47 fermiers tués l'an dernier

Robert n’accepte de parler que sous couvert d’anonymat tant le climat est tendu. "Les Noirs croient que nous sommes riches, poursuit-il. Mais la réalité des petites exploitations est qu’on travaille dur pour un revenu faible. Les coûts ne cessent d’augmenter. Je viens de dépenser 40 000 rands (3000 euros, ndlr) pour renforcer ma sécurité".

L'éleveur soupçonne un de ses ouvriers d’avoir aidé des voleurs qui ont dérobé un tiers de son cheptel. "Il y a deux mois, un fermier respecté de la région a été assassiné. On m’a aussi prévenu que j’allais être attaqué." L’an dernier, 47 fermiers ont été tués au cours de 561 attaques.  

"Je me défendrai par les armes"

"On veut nous forcer à partir", pense Johannes, 45 ans, qui ne se déplace jamais sans son revolver. Il montre fièrement la photo de son grand-père, qui a reçu 120 hectares en 1911 d’un général boer (pionnier blanc d'Afrique du Sud). "J’ai arrêté d’investir à cause de toute cette incertitude, dit-il. S’ils veulent prendre ma ferme, je me défendrai par les armes. Mais on espère tous que c’est juste de la démagogie électoraliste." Très ému, Johannes raconte que sa fille de 15 ans a pleuré lors d’une discussion sur l’insécurité. "Nos enfants sont privés de l’insouciance, c'est triste."

Rares sont les jeunes Blancs qui continuent dans l’agriculture, comme Piet, 33 ans, qui investit pour cultiver des noix de pécan et élever des springbok (gazelles). "Je reste positif et n’écoute pas toute cette propagande absurde. S’ils veulent ma ferme, je me battrai par la voie légale et je recommencerai ailleurs."

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK