La prévention suspendue à cause du Covid19: 700.000 morts du paludisme cette année?

Une distribution d'antipaludéens préventifs l'an dernier, près de Ouagadougou au Burkina Faso. Cette année, toutes ces distributions auront-elles lieu?
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Une distribution d'antipaludéens préventifs l'an dernier, près de Ouagadougou au Burkina Faso. Cette année, toutes ces distributions auront-elles lieu? - © OLYMPIA DE MAISMONT - AFP

C'est la journée mondiale de la lutte contre le paludisme, ce samedi 25 avril.

Une journée de sensibilisation importante chaque année: le paludisme tue annuellement plus de 400 mille personnes, à 94% en Afrique. 

Ce sont les enfants qui en payent le plus lourd tribut: plus de 2/3 des décès touchent des enfants de moins de 5 ans. 

Mais le tableau est encore plus préoccupant aujourd'hui: l'épidémie de coronavirus pourrait alourdir ce bilan et faire perdre des années d'avancées contre le paludisme. L'OMS lance l'alerte.

Une maladie que l'on peut souvent prévenir et guérir

Le paludisme, la "malaria", s'attrape par piqûre de moustique infecté.

Les campagnes de prévention permettent de réduire les risques de contracter la maladie. Via la distribution de moustiquaires imprégnés d'insecticide et celle de médicaments antipaludéens aux enfants de moins de 5 ans et aux femmes enceintes. 

Un dépistage accessible et des médicaments antipaludéens permettent aussi d'éviter qu'un cas bénin de paludisme n'évolue vers une forme grave de la maladie. 

L'efficacité de ces barrières à la malaria est bien démontrée. Les états où l'épidémie frappe le plus durement sont aussi ceux qui mettent le moins de moyens à la combattre. 

Mais aujourd'hui, la lutte contre le Covid-19 entrave ce combat contre le paludisme. 

Une prévention perturbée, des soins moins accessibles

Avec l'arrivée du coronavirus, explique le Dr Akpaka Kalu, expert malaria pour l'OMS Afrique, "de nombreux Etats africains ont fermé leurs frontières, bouclé des provinces et des villes... Cette action, aussi importante qu'elle soit pour le Covid-19, a retardé ou compromis les livraisons de matériel de prévention dont les moustiquaires". 

Dans plusieurs Etats africains, les campagnes de prévention ont été complètement suspendues.

Ces fermetures ont aussi compliqué l'accès au soins, explique cet expert malaria de l'OMS. "Quand les transports sont interrompus, comment voulez-vous que le personnel médical se rende dans les hôpitaux? Il faut absolument que les hôpitaux aient le personnel et le soutien logistique nécessaires pour assumer aussi les consultations de "routine", s'occuper du paludisme et des autres pathologies". 

Et au passage, l'expert souligne la ressemblance de certains symptômes des deux maladies, la fièvre notamment, et donc l'utilité de tester des patients fiévreux pas uniquement pour le Covid-19 mais aussi pour le paludisme.  

A ces entraves liées aux restrictions de mobilité, s'ajoute le facteur 'peur'.  Les personnes en crise de paludisme pourraient renoncer à franchir le seuil d'un centre hospitalier par crainte d'être contaminé ou assimilé à un patient Covid. 

"Le nombre de morts de paludisme pourrait doubler en 2020"

La perte de temps actuelle dans les livraisons des moustiquaires ou dans l'octroi des médicaments de prévention pourrait se révéler très problématique pour une raison de calendrier. 

"Une vingtaine de pays africains vont entrer bientôt dans un pic saisonnier de malaria. Un pic annuel vers juillet, août, septembre. Il pourrait avoir lieu à peu près en même temps que celui du coronavirus. Donc si ces états maintiennent leurs réponses de 'lockdown', si la prévention, les distributions n'ont pas lieu d'ici là, on court à la catastrophe".

Et la catastrophe, explique le Dr Akpaka Kalu, "c'est la perspective d'une forte hausse du nombre de morts, jusqu'au double! 700 mille morts  de paludisme cette année, selon le scénario le plus pessimiste... Du jamais vu depuis 20 ans".  Un scénario basé sur l'hypothèse d'une suspension pure et simple de la prévention dans 41 états africains et d'un recul de 75% de l'accès aux médicaments antipaludéens. 

L'OMS invite donc les états à trouver comment procéder aux distributions et maintenir ouverts les autres services des hôpitaux, tout en protégeant du coronavirus le personnel médical et les bénéficiaires. 

L'expérience d'Ebola

Une autre épidémie, bien différente, a marqué les années 2014-2015 en Afrique de l'ouest.

L'OMS en a observé les effets sur la présence du paludisme en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

Les études réalisées après l'épidémie d'Ebola semblent confirmer ce qu'annonçaient les modèles mathématiques: Lorsque les services de santé étaient moins accessibles à cause d'Ebola, le nombre de décès de paludisme a augmenté. Et ces décès "surnuméraires" excéderaient de loin le nombre de décès d'Ebola, estime l'OMS qui appelle à s'inspirer de cette expérience pour maintenir aujourd'hui les efforts contre la paludisme.  

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