Plus de santé, de vert, d'humain et de numérique : les priorités d'Ursula von der Leyen pour l'Union européenne

La présidente de la Commission européenne, l'Allemande Ursula von der Leyen, tente ce mercredi d’insuffler un nouvel élan à une Union européenne fragilisée par la crise provoquée par la pandémie avec son premier discours sur l'état de l'Union.

Ursula von der Leyen, première femme à la tête de la Commission, s'est soumise à son tour à cet exercice, imposé à tous les présidents de l'exécutif bruxellois et qui permet de mieux cerner leur personnalité.

Elue de justesse par le Parlement européen après sa désignation par les Etats, elle s'appuie sur une majorité constituée par les trois grandes familles, le parti populaire européen (la droite pro-européenne), les sociaux-démocrates et les libéraux-centristes de Renew dont elle a repris les priorités.

Elle a pris la parole vers 9h30 devant les députés européens réunis en session plénière à Bruxelles pour leur exposer sa vision de l'avenir de l'Europe et son plan d'action.

La crise a fragilisé l'Union européenne et Ursula von der Leyen a appelé les Etats membres à se ressaisir pour aller de l'avant. Elle a axé son message autour de quatre priorités: le pacte vert, la révolution numérique, la santé et l'humain.

Une "Union européenne de la santé"

Ursula von der Leyen a appelé à une "Union européenne de la santé", alors que les Etats membres ont fait face en ordre dispersé à la pandémie de Covid-19.

"Nous devons faire en sorte que notre nouveau programme 'L'UE pour la santé' résiste à l'épreuve du temps (...) Nous créerons une agence de recherche et de développement biomédicaux avancés au niveau européen, comme cela existe aux États-Unis", a-t-elle affirmé devant le Parlement européen. 

Elle a également annoncé un sommet mondial de la santé l’année prochaine en Italie.

Une réduction de 55% des émissions de CO2 de l'UE en 2030

La Commission européenne propose de viser une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre de l'UE en 2030 par rapport au niveau de 1990, contre un objectif actuellement fixé à -40%, afin de parvenir à l'objectif de la neutralité carbone en 2050.

L'objectif 2050 est une des pierres angulaires du "Green Deal" ou pacte vert européen, ambition centrale de l'exécutif européen dirigé par l'Allemande depuis l'an dernier.

Ce relèvement, qui aurait d'importantes conséquences pour les secteurs de l'énergie, des transports ou de l'agriculture, "est trop important pour certains et insuffisant pour d'autres. Mais (...) notre économie et notre industrie peuvent y faire face", a déclaré la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

"Les émissions ont déjà baissé de 25% depuis 1990, tandis que notre économie a connu une croissance de plus de 60%. Et maintenant, nous avons davantage de technologie, d'expertise, etc."

Le plan de relance européen post-coronavirus de l'UE, baptisé Next Generation EU, contribuera à financer des réformes allant dans le sens du "pacte vert". Et 30% des 750 milliards d'euros qui seront levés pour financer cet instrument le seront au moyen d'obligations vertes, annonce Ursula von der Leyen.

Un cadre pour les salaires minimum

"Au sein de notre Union, la dignité du travail doit être quelque chose de sacré", a lancé Ursula von der Leyen. "La Commission va proposer une loi pour aider les États membres à mettre en place un cadre pour les salaires minimum. Tout le monde doit y avoir accès, que ce soit par l'imposition d'un salaire minimum légal ou par des conventions collectives.

Elle l'assure : l'initiative respectera pleinement la souveraineté des États en la matière, il ne sera pas question d'imposer partout un salaire minimum légal. Une majorité de pays de l'Union (22 sur 28) en a déjà, mais avec de fortes disparités.

Migrations

La Commission présentera son projet très attendu de réforme de la politique migratoire le 23 septembre, en voie de finalisation.

Mme von der Leyen a appelé à l'adoption rapide de mesures pour aider les Etats membres en première ligne - comme la Grèce, Malte ou l'Italie - dans la gestion des flux de migrants alors que l'incendie du camp grec de Moria a rappelé l'urgence d'une solution européenne pérenne, cinq ans après la crise de 2015.

"Les images du camp de Moria nous rappellent douloureusement que l'Europe doit agir dans l'unité (...) Si nous intensifions nos efforts (au niveau européen), nous attendons de tous les États membres qu'ils intensifient eux aussi leurs efforts. La migration constitue un défi européen et c'est l'ensemble de l'Europe qui doit faire sa part", a-t-elle insisté.

Diplomatie

Ursula von der Leyen s'est également exprimée sur plusieurs dossiers chauds, à commencer par le Brexit après la remise en cause par Londres de certains de ses engagements, les menaces contre l'Etat de droit dans l'UE, notamment de la part de la Pologne et de la Hongrie.

"Je me battrai pour la primauté du droit européen, la liberté de la presse, l'indépendance du pouvoir judiciaire", a-t-elle dit. "Les valeurs européennes ne sont pas à vendre et sont plus importantes que jamais."

Sur le front de la politique étrangère, elle a évoqué l'escalade des tensions avec la Turquie, un sujet au cœur du sommet européen des 24 et 25 septembre.

Ursula von der Leyen, a notamment mis en garde la Turquie mercredi contre toute tentative d'"intimidation" de ses voisins dans le conflit gazier qui l'oppose à la Grèce en Méditerranée orientale.

"Oui, la Turquie se situe dans une région qui connaît des troubles. Et oui, elle reçoit des millions de réfugiés, pour l'accueil desquels nous versons une aide financière considérable. Mais rien de tout cela ne justifie les tentatives d'intimidation de ses voisins", a-t-elle dit.

Un "plan d'action" contre les discours de haine

La Commission présentera un plan d'action visant à étendre la liste des crimes de l'UE à toutes les formes de discours de haine dans quelque domaine que ce soit. "La haine est la haine et personne ne devrait supporter cela. Nous allons durcir les lois et leur application pour lutter contre le racisme, améliorer l'éducation et lutter contre les préjugés. Il y aura un coordinateur anti-racisme de l'UE", a promis von der Leyen.

Les "zones sans LGBTQ" décrétées dans un certain nombre de villes polonaises sont des "zones sans humanité" qui "n'ont pas leur place" dans l'UE, a déclaré la présidente de la Commission européenne, proposant également de renforcer les droits des couples homoparentaux dans l'Union.

"La Commission proposera bientôt une stratégie visant à renforcer les droits des LGBTQI (personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, intersexes). Je plaiderai en faveur de la reconnaissance mutuelle des relations familiales dans l'UE : si vous êtes parent dans un pays, vous êtes parent dans tous les pays", a-t-elle indiqué lors de son discours-programme sur l'état de l'Union devant le Parlement européen.

L'Europe numérique

"Nous avons besoin d'un plan commun pour l'Europe numérique, avec des objectifs clairement définis pour 2030, notamment en matière de connectivité, de compétences et de services publics numériques." La présidente de la Commission évoque la création d'un cloud européen, une prochaine législation pour encadrer l'intelligence artificielle, des investissements pour généraliser la connectivité haut débit ainsi que dans les superordinateurs de nouvelle génération. 20% des fonds de Next Generation EU iront au numérique.

Sur la taxation du numérique, un sujet sur lequel de nombreux États s'impatientent, Ursula von der Leyen l'assure : si aucun accord satisfaisant n'est trouvé dans le cadre de l'OCDE et du G20, l'Union se lancera seule dans cette bataille et présentera une proposition au début de l'année prochaine.
 

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