La Pologne sur la sellette du sommet européen : "Quel avenir voyez-vous en Europe ?" lance De Croo

26 regards seront tournés vers le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, durant les deux jours de sommet européen qui s’est ouvert ce jeudi à Bruxelles. Après le Brexit, l’Union va-t-elle devoir gérer un Polexit, un processus de sortie de la Pologne du club européen ?

La Pologne s’est d’elle-même mise au ban de l’Union européenne il y a deux semaines, lorsque sa Cour suprême a validé l’idée que les traités européens sont incompatibles avec la Constitution polonaise. L’arrêt constitue une attaque sans précédent contre un principe fondateur de l’Europe : la primauté du droit européen, arbitré par la Cour européenne de justice.

Si on veut faire partie d’un club et profiter de ses avantages, il faut en respecter les règles

Les dirigeants européens ont adopté un ton plutôt conciliant avant d’entrer en réunion dans le bâtiment Europa. "Ma première question à mon collègue polonais, c’est : où voulez-vous en venir ?", a annoncé le Premier ministre belge Alexander De Croo. "Quel avenir voyez-vous en Europe ? Si on veut faire partie d’un club et profiter de ses avantages, il faut en respecter les règles."

Pour Alexander De Croo, l’initiative polonaise "touche au cœur de l’Europe. Il faut que tous les citoyens, toutes les entreprises aient les mêmes droits partout en Europe, que les mêmes règles s’appliquent à tout le monde. C’est dommage que l’on doive consacrer beaucoup de temps à ça, parce qu’on pourrait le consacrer à parler des prix de l’énergie, de l’économie, de la protection sociale."

36 milliards d’euros déjà bloqués

Le Premier ministre polonais avait déjà eu un échange tendu avec la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, mardi au Parlement européen. Varsovie accuse les Européens d’utiliser "le langage de la force et du chantage".

Plusieurs pays ne sont pas prêts à permettre le versement des 36 milliards d’euros européens pour le plan de relance post-covid polonais. "Dans les faits, on voit que les fonds du plan de relance sont bloqués pour l’instant, constate Alexander De Croo. Il y a une conditionnalité qui s’applique déjà. C’est une bonne chose. On ne peut pas avoir les avantages de l’Europe et ne pas en respecter les règles qui s’imposent à tous."

"Prêts au dialogue"

L’Union européenne dispose d’autres procédures juridiques pour faire respecter l’Etat de droit, mais elles sont lentes et lourdes à mettre en œuvre. Ici, la mesure porte déjà ses effets. "Des secteurs économiques en Pologne commencent à s’inquiéter du risque de perdre des dizaines de milliards d’euros", affirme une source européenne.

Avant le début du sommet, la volonté des uns et des autres semblait plutôt de faire baisser la température. Le chef du gouvernement polonais a rencontré le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel. "Nous n’agirons pas sous la pression du chantage, mais nous sommes prêts au dialogue", a dit Mateusz Morawiecki. "Nous allons bien sûr discuter de la façon de régler les différends actuels".

Le soutien de Viktor Orban

La Pologne n’est néanmoins pas totalement isolée : elle peut compter sur le soutien de la Hongrie dans son bras de fer avec les autres dirigeants européens. "La primauté de la loi européenne n’est pas dans les traités. Les Polonais ont raison sur cette question. La loi nationale a la primauté", a déclaré le souverainiste Viktor Orban. Il est, lui aussi régulièrement épinglé par l’UE sur les questions d’État de droit.

L’autre sujet épineux du sommet, qui se prolonge vendredi, sera la réponse à donner à la hausse des prix de l’énergie. La Commission européenne a proposé une boîte à outils que les États membres peuvent utiliser, mais certains pays demandent une véritable action commune européenne sur le marché de l’énergie.

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