Coronavirus : la Pologne pourra voter pour son élection présidentielle par correspondance

Andrzej Duda, actuel Président de la Pologne et candidat à sa propre succession, pourrait tirer parti d'un maintien de l'élection ce 10 mai, dénonce l'opposition polonaise.
Andrzej Duda, actuel Président de la Pologne et candidat à sa propre succession, pourrait tirer parti d'un maintien de l'élection ce 10 mai, dénonce l'opposition polonaise. - © PETRAS MALUKAS - AFP

L’élection présidentielle pourra bien avoir lieu en mai prochain, en Pologne. Aux dates prévues: les 10 et 24 mai, ou éventuellement le 17 mai. Mais un report du scrutin à cause de l'épidémie de Coronavirus est de plus en plus improbable. 

Ce lundi en fin de soirée, le Parlement polonais a voté une modification du Code électoral pour permettre à tous les Polonais de voter de leur domicile, par courrier. 

C'était un projet de loi du PIS, le parti conservateur Droit et justice. Le parti au pouvoir ne voulait pas entendre parler d’un report. L'épidémie a beau avoir paralysé la campagne électorale, le PIS a fait le forcing pour maintenir l’élection présidentielle en mai, en ouvrant ainsi la loi au vote par correspondance... et il a donc obtenu gain de cause.

Des réticences jusqu'au sein même du gouvernement

Cette volonté du PIS de maintenir le scrutin en pleine épidémie de Coronavirus a ébranlé le gouvernement polonais ces derniers jours: le partenaire de coalition du PIS, Porozumienie (Alliance), s'était prononcé pour un report du scrutin, par la voix du Vice-Premier Ministre Jaroslaw Gowin. Mais il a démissionné hier matin face au forcing du PIS, sans toutefois que son parti ne quitte la coalition gouvernementale.

Et aujourd'hui , ce parti peut sauver la face, et sa présence au gouvernement, en évoquant un possible décalage d'une semaine pour le premier tour, seul (léger) report qu'autoriserait le changement voté cette nuit par les parlementaires. 

L'opposition polonaise sera moins conciliante.

Elle est montée au créneau pour reporter le scrutin. Pratiquement tous les candidats de l'opposition, ainsi que les maires des plus grandes villes polonaises, ont plaidé pour le report de l'élection présidentielle. L’opposition crie à la manœuvre politique, injuste et antidémocratique. 

Un virus qui dope ou bride la campagne

Depuis le 13 mars, les autorités polonaises ont adopté des mesures très fermes face au coronavirus: fermetures des frontières, interdiction de rassemblement. L’épidémie a engourdi une bonne part de la vie publique et mis inévitablement la campagne électorale en hibernation, les conventions, conférences, manifestations publiques étant annulées.

Mais un candidat parmi les cinq a une visibilité plus forte que jamais: Andrzej Duda, le candidat du PIS, par ailleurs actuel Président polonais. En tant que Chef d'Etat, il est apparu aux côtés d’urgentistes, il a pris la parole sur la frontière. Il se pose en homme de la situation en temps d'incertitude, sous une couverture médiatique décuplée par le virus.

Voter dans ce contexte favoriserait Andrzej Duda, dénonce la Plateforme Civique (PO), principale force d’opposition. Le candidat du PIS utilise le Coronavirus comme marchepied pour accéder à cinq nouvelles années à la tête du pays, estime l'opposition polonaise.

Un vote plus tardif : un vote sanction ?

Des sondages récents semblent accréditer cette crainte de l’opposition: ils placent Andrzej Duda numéro 1 des intentions de vote, avec plus de 50% des voix. Une avance qui, par ailleurs, le dispenserait de second tour. 

En revanche, un vote plus tardif pourrait être plus partagé : après l’urgence viendra l’heure de la récession, des comptes, d’un possible vote sanction à l’égard des partis qui ont mené le bateau pendant le déluge. Un déluge qui s'intensifie: le Premier Ministre Mateusz Morawiecki a annoncé ce lundi matin que la Pologne s'attend à un pic des contaminations en mai ou en juin. 

Le parti Droit et Justice a conscience de ce poids du calendrier. Derrière le combat du PIS pour une date, se livre déjà une bataille pour le sommet de l’état.

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