La Pologne dit adieu au maire de Gdansk assassiné

La Pologne dit adieu samedi au maire de Gdansk assassiné, tout en se demandant si le discours de haine très présent en politique a pu influencer son meurtrier, un criminel apparemment déséquilibré.

La messe de funérailles a commencé à midi dans la Basilique Notre-Dame, le plus grand édifice religieux en brique en Europe, construit aux XIV-XVIes siècles, qui devient le dernier lieu de repos de Pawel Adamowicz. 

Pawel Adamowicz est mort lundi à l'hôpital après avoir été poignardé en public la veille, au cours d'une fête pour la clôture d'une opération caritative.

Quelque 3.500 personnes, dont tous les présidents successifs de la Pologne indépendante, le Premier ministre Mateusz Morawiecki, le prix Nobel de la Paix Lech Walesa, participent aux cérémonies funéraires en l'église. Aucun discours, aucun accent politique n'est prévu.

Le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, ami de longue date de Pawel Adamowicz, a pris part aux cérémonies dès vendredi soir, ainsi qu'une centaine de maires de villes polonaises et étrangères, dont Brême et Hambourg.

Des écrans géants ont été disposés dans différents endroits de la vile pour permettre aux foules d'habitants de suivre la cérémonie. Des photos du maire défunt sont exposées dans d'innombrables vitrines de magasins, cafés et restaurants.

Deuil national

Une équipe de six psychologues a été mise en place pour aider éventuellement les participants les plus affectés.

Dans tout le pays, un deuil national de 24 heures entre vendredi après-midi et samedi a été décrété, alors que dans plusieurs villes des commémorations étaient prévues, avec la retransmission de cérémonies sur des écrans géants. 

Les cérémonies sont montrées en direct par les principales chaînes de télévision nationales. 

Les sapeurs-pompiers de Pologne ont été appelés a activer leurs sirènes à midi, en signe d'hommage au maire assassiné.

Très populaire à Gdansk, Pawel Adamowicz, 53 ans, dirigeait avec succès cette ancienne ville hanséatique depuis 20 ans. Lors des dernières élections municipales à l'automne 2018, il a obtenu le soutien d'environ 65% des habitants.

C'est la haine qui a tué Pawel, une haine folle, bien organisée

Pour de nombreux Polonais, le véritable responsable de sa mort reste non le criminel, apparemment déséquilibré qui l'a poignardé en l'accusant d'être indirectement responsable de son long séjour en prison, mais le discours de haine qui polarise la classe politique et la société polonaise. 

"C'est la haine qui a tué Pawel, une haine folle, bien organisée, une haine dirigée contre un homme qui, avec des milliers d'habitants de Gdansk, construisait cette grande, libre et fière cité", a déclaré lors d'un discours au Parlement Grzegorz Schetyna, président de la Plate-forme civique (PO, opposition), parti dont M. Adamowicz avait été membre dans le passé.

"J'espère que ce langage de haine disparaitra, mais il est triste de voir qu'il a fallu une tragédie pour que l'on se rassemble" contre lui, a dit à l'AFP une habitante de Szczecin, Elzbieta Malanowska, venue à Gdansk et qui connaissait personnellement Adamowicz.  

Une vive hostilité persistante entre le parti conservateur au pouvoir Droit et Justice (PiS) et l'opposition centriste emmenée par la PO a transformé au cours des dernières années le débat publique en Pologne en un échange d'accusations mutuelles, d'invectives, de menaces, trouvant son prolongement, encore plus large et plus cru, sur internet. La passivité de l'Etat face au discours de haine est aujourd'hui largement dénoncée par les médias.

Ceux-ci invoquent des ressemblances entre le crime de Gdansk et l'assassinat en 1922 par un nationaliste fanatique, dans climat de haine, de Gabriel Narutowicz, premier président de la République de Pologne.

Ce n'est qu'après la mort d'Adamowicz que la police a interpellé plusieurs internautes qui menaçaient de mort d'autres personnalités politiques, le plus souvent des libéraux.
 
 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK