Copenhague: le nom du présumé tueur est connu

Des policiers sécurisent une zone sur laquelle ont été tirés des coups de feu le 14 février 2015 à Copenhague
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Des policiers sécurisent une zone sur laquelle ont été tirés des coups de feu le 14 février 2015 à Copenhague - © Mathias Oegendal

Le tueur présumé a été identifié comme Omar El-Hussein, selon les médias danois. La police de Copenhague menait dimanche, en nombre et lourdement armée, une opération dans un cybercafé près du lieu où a été abattu l'auteur présumé des deux attaques meurtrières de la veille, ont rapporté les médias locaux.

Au moins deux personnes ont été arrêtées, selon la chaîne de télévision TV2. Le quotidien Ekstra Bladet fait lui état de 4 personnes interpellées lors de l'opération.

La police de Copenhague avait annoncé dimanche matin qu'elle pensait avoir abattu l'auteur des deux attaques qui ont fait deux morts et cinq blessés dans la capitale danoise. "Nous pensons qu'il s'agit du même homme qui est l'auteur des deux fusillades", a dit un porte-parole de la police qui est restée d'abord muette sur l'identité de l'individu. Les médias danois ont révélé dans la journée que l'homme s'appelait Omar El-Hussein. Abattu par la police dimanche à Copenhague, il est soupçonné d'avoir voulu imiter les attentats de janvier à Paris, ont indiqué les enquêteurs. La police a mentionné que d'après les premiers éléments, dont ceux déjà connus à son sujet avant les attaques, laissaient penser qu'il était "inspiré" par l'idéologie d'organisations djihadistes comme l'État islamique.

"Il peut avoir été inspiré par la propagande militante islamiste diffusée par l'État islamique ou d'autres organisations terroristes", a déclaré Jens Madsen, des services de renseignement (PET). Il a précisé que l'homme était connu de ces services pour plusieurs délits dont entre autres des infractions à la législation sur les armes et des violences", indique la police de Copenhague dans un communiqué. "Il est également connu pour ses liens avec des bandes de délinquants", a-t-elle ajouté. Mais "nous n'avons pas de connaissance spécifique d'un voyage vers la Syrie ou l'Irak". En fin de journée, on apprenait que l'auteur présumé, âgé de 22 ans, était né au Danemark. D'après le journal danois Ekstra Bladet, l'homme était sorti de prison il y a deux semaines où il purgeait une peine pour avoir agressé il y a un an un homme de 19 ans dans la gare de Copenhague, sans raison claire.

Ils perquisitionnaient dimanche un nombre non précisé de logements dans le quartier populaire de Nørrebro où l'homme a été abattu, les policiers ayant réussi avant l'aube dimanche à localiser un domicile où il avait de fortes chances de rendre.

L'homme, décrit dans un avis de recherche comme ayant entre 25 et 30 ans, avait ouvert le feu dès qu'il avait vu les forces de l'ordre, qui en répliquant l'avaient tué vers 5H00.

Dimanche en début de matinée, la police a uniquement précisé qu'elle avait localisé cet homme grâce à un appel d'un chauffeur de taxi décrivant un homme qui ressemblait à celui filmé par des caméras de vidéo-surveillance. L'homme abattu venait d'ouvrir le feu sur les forces de l'ordre. La police pense qu'il a agi seul, mais n'en avait pas encore la certitude dimanche matin.

Lors de la première attaque, vers 16h samedi, l'assaillant a criblé de balles un centre culturel où se tenait un débat sur l'islamisme et la liberté d'expression, faisant un mort dans l'assistance, le réalisateur Finn Nørgaard, 55 ans, atteint au thorax par une balle, et blessant trois policiers.

Par la suite, des coups de feu ont retenti après minuit près de la synagogue de Copenhague. Une personne a été mortellement blessée à la tête, un policier a été blessé à la jambe et un autre au bras.

Selon une association communautaire juive, le jeune homme tué était un juif qui surveillait les accès à l'édifice pendant qu'une cérémonie avait lieu à l'intérieur.

"Acte terroriste"

Après la première fusillade, la chef du gouvernement danois, Helle Thorning-Schmidt, a dénoncé "un acte de violence cynique" et estimé que "tout porte à croire que la fusillade (...) était un attentat politique et de ce fait un acte terroriste".

Paris a immédiatement condamné "avec la plus grande fermeté" cette "attaque terroriste". Washington a évoqué une attaque "déplorable" et proposé d'apporter son aide à l'enquête.

Joint par l'AFP, l'ambassadeur de France au Danemark François Zimeray a décrit un assaut brutal sur le centre culturel, au sein duquel se trouvait notamment l'artiste et caricaturiste suédois Lars Vilks, qui a été l'objet de plusieurs menaces et d'agressions depuis la publication à l'été 2007 d'un dessin représentant le prophète Mahomet avec un corps de chien.

"Ils nous ont tiré dessus de l'extérieur. C'était la même intention que (l'attaque contre) Charlie Hebdo sauf qu'ils n'ont pas réussi à entrer", a-t-il déclaré, alors qu'il se trouvait encore sur les lieux une heure après l'attentat.

L'attaque par deux jihadistes français contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, le 7 janvier à Paris, a fait 12 morts. Les assaillants avaient pénétré dans la salle de rédaction et y avaient ouvert le feu, avant de tuer un policier dans leur fuite.

Deux jours plus tard, un homme lié aux deux jihadistes avait pris en otage plusieurs personnes dans une supérette cacher à Paris, faisant quatre morts dans la communauté juive.

Dizaines de coups de feu

"Intuitivement je dirais qu'il y a eu au moins 50 coups de feu, et les policiers ici nous disent 200. Des balles sont passées à travers les portes et tout le monde s'est jeté à terre", a raconté l'ambassadeur de France.

Plusieurs dizaines de personnes assistaient au débat sous protection policière.

Les vitres ont été criblées de nombreux impacts. Et la BBC a diffusé un enregistrement où on entend l'Ukrainienne Inna Shevchenko, du mouvement Femen, interrompue par des dizaines de coups de feu qui claquent sans répit, plusieurs par seconde.

Les services de renseignement (PET) ont indiqué que l'attaque était "planifiée". Mais la police a estimé que la question de la ou des personnes spécifiquement visées n'était "pas évidente".

Cette dernière a d'abord parlé de deux assaillants présumés ayant pris la fuite à bord d'une voiture. Le véhicule, vide, a été retrouvé quelques heures plus tard, à proximité du lieu de la fusillade et d'une gare.

Puis quatre heures après l'attaque, les forces de l'ordre ont indiqué que "les premiers témoignages indiquent qu'il n'y avait qu'un auteur" des coups de feu.

Les services de sécurité suédois ont précisé à l'AFP qu'ils étaient mobilisés au cas où l'assaillant présumé traverserait le détroit séparant Copenhague de Malmö. La police danoise coopère aussi avec son homologue allemande, selon Mme Thorning-Schmidt.

Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé qu'il allait se rendre "dans les meilleurs délais" à Copenhague.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, pour sa part, appelé les juifs européens à s'installer en Israël à la suite de l'attentat mené à Copenhague contre la principale synagogue de la capitale danoise.

Solidarité et recueillement à Copenhague après les attaques

Choqués, les habitants de Copenhague ont voulu exprimer leur solidarité dimanche

"C'est terrible, ils s'en sont pris au monde libre. Heureusement que ce matin il y a beaucoup de policiers", dit Jörgen Johanssen, 84 ans, un béret vissé sur la tête qui s'avance lentement dans les rues de Copenhague, plus calmes qu'un dimanche ordinaire.

Devant la synagogue, bâtiment massif jaune en plein centre-ville protégé par des grilles, beaucoup de personnes, les larmes aux yeux, s'embrassent et se réconfortent, refusant de parler aux nombreux journalistes et laissant des fleurs, des bougies, ou signant un livre d'or.

"On se sent moins en sécurité, surtout la communauté juive. Je suis venue par solidarité. Tout le monde tombe sur le dos des Juifs et là on les a touchés alors qu'ils célébraient une Bar Mitzvah", déplore Liebecke, 65 ans, venue se recueillir.

"Ce n'est pas très rassurant, mais la police a fait un très bon travail", dit Tobias Hansi 19 ans, vendeur, pressé de se rendre à son travail.

Kristian et Camilla, 44 ans, soulignent ne pas avoir renoncé à une promenade dominicale avec leurs jeunes enfants. "On habite ici, en plein centre, et on n'avait pas l'intention de changer notre programme. Mais avec ce qui s'est passé, c'est clair que maintenant on a conscience qu'on peut être touchés"

L'ambiance est très recueillie. Dans un coup de vent, une jeune femme en pleurs sort de l'immeuble qui fait face à la synagogue et dépose une gerbe.

Drapeaux danois brûlés

"Je suis venu pour manifester ma solidarité et mon soutien. Ce genre d'événements, on ne s'y attend pas, mais on sait qu'ils peuvent arriver", dit Jens, un psychologue de 27 ans. Selon lui, l'auteur des attaques s'est clairement "inspiré de ce qui s'est passé à Paris".

"Dans un sens, on était préparé. On en avait parlé il n'y a pas si longtemps, en disant qu'avec la proximité de la synagogue, ça pouvait arriver là, dans la rue. Bien sûr, on ne voulait pas vraiment y croire", raconte Emma, 20 ans, serveuse dans le café au coin de la rue.

La chef de gouvernement Helle Thorning-Schmidt est venue aussi se recueillir avec des représentants de la communauté, auxquels elle a adressé ses condoléances.

Elle a déposé un bouquet et souligné que la sécurité avait été renforcée après les attentats de Paris.

La menace terroriste planait depuis longtemps sur le Danemark, mais les deux attaques de samedi sont les plus meurtrières de l'histoire de ce pays de 5,6 millions d'habitants.

Début 2006, le royaume avait vu des musulmans en colère, de la Palestine à l'Afghanistan en passant par le Nigeria, brûler son drapeau après la publication de 12 caricatures du prophète de l'islam dans le quotidien Jyllands-Posten en septembre 2005.

Membre de l'Otan qui avait participé à l'invasion de l'Irak en 2003, le pays se savait menacé, y compris de l'intérieur par des jeunes musulmans radicalisés, en marge d'une société sécularisée qui défend une vision très généreuse de la liberté d'expression.

Nørrebro, le quartier de Copenhague où a été abattu l'auteur présumé des deux attaques, est un symbole des ratés de l'intégration des jeunes issus de l'immigration, avec un chômage plus élevé que dans le reste du pays, un habitat collectif peu attrayant pour les classes moyennes et un historique d'affrontements entre jeunes et forces de l'ordre.

Cameron et Merkel dénoncent les attaques

Le Premier ministre britannique David Cameron a condamné dimanche les attaques meurtrières survenues à Copenhague, dénonçant un "attentat effroyable contre la liberté d'expression et la liberté de religion".

Les attaques de "Copenhague constituent un attentat effroyable contre la liberté d'expression et la liberté religieuse", a déclaré dans un communiqué le dirigeant britannique.

La chancelière allemande Angela Merkel s'est de son côté entretenue par téléphone avec la chef du gouvernement danois Helle Thorning-Schmidt, et a dénoncé le "mépris pour la dignité humaine" suintant derrière les attaques.

Le président français  François Hollande s'est pour sa part rendu à l'ambassade du Danemark à Paris dimanche après-midi pour "affirmer la solidarité de la France."

Le président français s'est entretenu avec l'ambassadeur du Danemark. "Les mêmes cibles" ont été frappées samedi à Copenhague et lors des attentats de Paris en janvier, a déclaré François Hollande en sortant de l'ambassade.

"Ce sont les mêmes cibles qui avaient été choisies par les terroristes (...) Nous voyons bien qu'il y a là un lien, qui n'établit pas un réseau, mais simplement une même détermination des terroristes à frapper ce que nous sommes, ce que nous représentons, les valeurs de la liberté, du droit, de la protection que chaque citoyen, quelle que soit sa religion, doit pouvoir trouver", a-t-il ajouté.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'est quant à lui rendu dimanche à Copenhague où il a affirmé "la détermination à combattre ensemble (...) le terrorisme", soulignant que "les mêmes haines se déploient dans les capitales européennes", plus d'un mois après les attentats de Paris contre la rédaction de Charlie Hebdo et contre un magasin juif de la porte de Vincennes.

RTBF avec agences

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