La polémique de l'extension d'Heathrow, premier aéroport d'Europe, en plein Brexit

Harmondsworth. C’est un petit village bruyant juste à côté de l’aéroport d’Heathrow. Cela fait des années que les habitants vivent au milieu des avions et cela ne va pas s’arranger. En effet, l’aéroport pourrait accueillir une troisième piste de décollage. C’est en tout cas le projet du gouvernement. Le Parlement avait donné son feu vert pour 2026 mais les travaillistes demandent l’arrêt du projet. Pour Jeremy Corbyn, chef de file de l’opposition travailliste, la troisième piste pourrait être la victime des efforts visant à rendre le Royaume-Uni neutre en carbone d’ici 2030. Boris Johnson, qui avait promis de "s’allonger devant les bulldozers" pour arrêter le projet, reste muet.

Le combat d’une vie

Justine Bayley habite ici depuis quarante ans. Sa maison, c’est toute sa vie. Elle se bat contre ce projet depuis des mois, mobilise ses voisins, le monde politique aussi pour tenter de préserver ce qui peut encore l’être : "Cette carte montre clairement là où se situera la nouvelle piste. C’est une large surface qu’ils doivent raser. Ils doivent déplacer les gens." Ce combat contre l’aéroport, c'est, dit-elle, le combat de sa vie. "Regardez, notre village est ici sur les nouvelles limites de la zone. Mais plus de la moitié des maisons devront être détruites." Elle tient à nous montrer la limite de nouvel aéroport, si le projet se réalise : "Tout ce qui est dans le fond de la rue devra être rasé. Parce que la limite que je vous ai montrée sur la carte, elle se situera à peu près ici, à 25 mètres de ma maison."

Vu la proximité de la future piste et le bruit des avions, Justine sait qu’il lui sera impossible de rester vivre ici à cause du bruit et de la pollution. Veronica Rumse, elle, est complètement perdue. Installée ici depuis 1971, elle verra sa maison détruite. "Ma maison est dans la zone. Je vais devoir chercher un nouvel endroit pour vivre. Mais je ne sais pas où. Mes amis sont ici. Et je suis engagé dans le village. J’ai dit à la direction de l’aéroport : ne construisez pas votre nouvelle piste. Laissez tomber votre projet. J’en marre de me battre depuis des années."

78 millions de voyageurs par an

Les constructeurs ont déjà proposé des indemnisations aux propriétaires concernés. Veronica l’a déjà refusée. "Ils ne me proposent quasiment rien pour ma maison et mon jardin." Avec ses 78 millions de voyageurs par an, l’aéroport d’Heathrow. C’est le premier aéroport d’Europe. Mais il est aujourd’hui au bord de la saturation. Résultat : le gouvernement britannique veut construire une troisième piste de décollage. Coût estimé : 15 milliards d’euros.

Dans le village, entre les décollages et atterrissages. Les habitants s’organisent et un comité a même été créé pour attaquer l’Etat en justice. Robert Barnstone est membre de la coalition ‘Stop Heathrow Extension’: "Le Royaume-Uni s’est donné jusque 2050 pour arriver au zéro émission de CO2. Mais cela va être très difficile d’atteindre cet objectif si le gouvernement continue avec ce projet bruyant – vous l’entendez – d’extension de l’aéroport."

250.000 avions en plus chaque année

Si le projet prévu voit le jour d’ici 2026, cela représenterait 700 avions supplémentaires par jour, soit 250.000 avions en plus, chaque année. Pour réaliser leur projet, les constructeurs devront déplacer des rivières, mais aussi détourner des parties de voies de chemin de fer, des routes et même une partie de l’autoroute qui passera dans un tunnel sous la nouvelle piste. Le projet est gigantesque et pourrait entraîner la disparation de certains parcs naturels et tout un écosystème. Catastrophe écologique pour les uns ou opportunité économique et création d’emplois pour les autres, le projet divise une partie du pays. "Il y a une division dans l’opinion entre ceux qui habitent le quartier et qui subissent les bruits de l’aéroport comparé à ceux qui y travaillent ou ceux qui peuvent potentiellement y travailler ainsi que les entreprises qui souhaitent cette expansion donc il ne s’agit pas de savoir si c’est une bonne option mais de se dire que c’est peut-être la moins mauvaise option", explique Tony Travers, professeur à la London School Of Economics. De son côté, la direction de l’aéroport n’a pas souhaité nous rencontrer. Preuve peut-être, de la tension extrême que provoque le projet.

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