La place des femmes dans l'Eglise ? Peut-être une Révolution pour les catholiques

La place des femmes dans l'Eglise ? Peut-être une Révolution pour les catholiques
La place des femmes dans l'Eglise ? Peut-être une Révolution pour les catholiques - © OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP

L’une a la voix posée, le sourire aux lèvres et les cheveux coupés courts. L’autre a voix douce mais déterminée. Les cheveux un poil plus longs, un sage carré poivre et sel, lunettes fines et silhouette juvénile. Deux femmes engagées. Deux femmes qui sont en train de faire bouger les lignes dans l’Eglise catholique.

La première s’appelle Marianne Pohl-Henzen. Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, l’a nommé déléguée épiscopale pour la partie germanophone du canton de Fribourg dès le 1er août 2020. Elle succédera ainsi au Père Pascal Marquard, vicaire épiscopal depuis 2017. 

Marianne Pohl-Henzen occupe depuis huit ans la place d’adjointe du vicaire épiscopal pour le "Deutschfreiburg". A ce poste, elle a collaboré avec trois vicaires épiscopaux successifs. À partir du 1er août, elle sera elle-même la responsable régionale au nom de l’évêque et par conséquent membre du Conseil épiscopal. 

Une place enviée par beaucoup mais qui fait grincer des dents, en Suisse, notamment. Car c’est une femme, mère de trois enfants, qui a eu le poste, occupé jusqu’ici par un prêtre.

L'invisibilité des femmes dans l'Eglise 

L’autre s’appelle Anne Soupa, elle a décidé d'être candidate à l'archevêché de Lyon pour succéder à Mgr Philippe Barbarin. Une folle transgression ? Non, une démarche symbolique pour provoquer, dit-elle, "une prise de conscience face à l’invisibilité" des femmes dans l’Église catholique. "La place des femmes n’est pas ce qu’elle devrait être en 2020. C'est un scandale de laisser perdurer l'invisibilité des femmes dans l’Église. Il faut montrer que la gouvernance de l’Eglise n’est plus adaptée à la période moderne", explique cette théologienne engagée de 73 ans.

Lyon? La faillite de la gouvernance de l'Eglise 

Depuis le confinement, cette Parisienne réside avec son mari dans sa maison de Vallouise-Pelvoux (Hautes-Alpes), un village au pied du majestueux massif des Écrins. Pourquoi s’engage-t-elle à Lyon ? Car c’est là qu’officiait le Cardinal Philippe Barbarin, relaxé en appel le 30 janvier dernier, dans le procès pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans au sein de son diocèse. "C’est à Lyon que s’est rendue visible la faillite de la gouvernance. C’est là qu’on a constaté qu’une Eglise qui est une très belle Eglise, une Eglise qui a un dynamisme très fort, qui a un charisme social évident, et bien cette Eglise elle a trébuché sur la question des abus sexuels", poursuit celle qui est candidate à l’archevêché de Lyon.

 Elle, candidate ? Impensable, il y a encore quelques mois : "J’ai envoyé ma candidature au nonce et je n’aurais jamais dû candidater. C’est une procédure qui n’est pas conforme à la procédure catholique. La coutume catholique, c’est d’attendre qu’on vous appelle mais personne ne m’appellera jamais donc il faut bien que les femmes transgressent cette coutume."

Anne Soupa, une femme de conviction. Engagée, aussi. Avec la volonté de faire bouger les lignes, de faire changer les mentalités et de faire évoluer l’Eglise. Cette Eglise qu’elle aime tant : "De la part de mon Eglise que j’aime, c’est indigne d’elle de penser que la moitié de l’humanité doit être traitée ainsi et de la part des femmes elles-mêmes, qui très souvent sont convaincues qu’elles sont en position seconde, qui ne se croient pas compétentes, qui ne se croient pas capable, de la part de ces femmes aussi, c’est un manque de reconnaissance de leur dignité. Pourquoi seraient-elles indignes ? "

Une ouverture en douceur pour des changements 

Marianne Pohl-Henzen, elle, voit sa nomination comme le début de changements futurs au sein de l’institution catholique. " Pour l’Eglise, cela représente un petit changement, en douceur, vers une sorte d’ouverture. Cela peut s’expliquer par le manque de prêtres, malheureusement, mais on se rend compte aussi qu’il y a des laïcs qui sont formés et qui peuvent peut-être reprendre quelques tâches qui ne sont pas forcément liées à l’ordination." Elle croit dans l’intégration des femmes, même si cela prendra du temps : "S’il y a d’autres étapes pour les femmes dans l’Eglise, je pense que cela passera d’abord par les hommes avec l’obligation du célibat qui tombera peut-être. La prochaine étape, ce sera peut-être le diaconat des femmes. Et dans un jour lointain, les femmes seront peut-être prêtres. Il faut faire des petits pas car il y a des réticences au changement."

Une situation de prolétariat 

Et Anne Soupa, théologienne, militante à la foi puissante sait qu’elle a peu de chance d’obtenir le poste: "Il y a dans l’Eglise catholique une invisibilité structurelle des femmes et je pense que leur invisibilité est due au fait qu’il y a un plafond de verre. Elles ne peuvent pas accéder aux responsabilités dominantes de leur propre Eglise. C’est donc une situation de prolétariat."

"Je ne suis pas une flèche", avance avec modestie cette diplômée de Sciences Po, titulaire d'une maîtrise de droit et d'une habilitation doctorale en théologie, "mais je ferais mieux, je pense, que beaucoup d'évêques quand je vois la faiblesse de leur réflexion spirituelle...". Ancienne journaliste, mais aussi essayiste et bibliste avertie, Anne Soupa est-elle féministe ? "Je n'ai pas peur du titre de féministe, mais je déteste le féminisme qui exclut les hommes. Ce que je défends, c'est l'égalité". 

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