La paix en Irlande du Nord a vingt ans... et le Brexit pourrait la remettre en cause

A Belfast, les accords de paix du vendredi saint n'ont pas encore abattu les murs qui séparent les quartiers unionistes des quartiers républicains
A Belfast, les accords de paix du vendredi saint n'ont pas encore abattu les murs qui séparent les quartiers unionistes des quartiers républicains - © PAUL FAITH - AFP

L'accord du Vendredi saint souffle ses vingt bougies. Signé à Belfast le 10 avril 1998 par Tony Blair, le Premier ministre britannique, Bertie Ahern, le Premier ministre irlandais et les leaders des parties unionistes et républicains, il a transformé l'Irlande du Nord en mettant fin à une guerre civile qui a fait plus de 3500 morts et plus de 300.000 blessés en trente ans.

Dans ces grandes lignes, cet accord prévoit le désarmement des groupes paramilitaires, mais il prévoit aussi le partage du pouvoir à Belfast entre unionistes et républicains au sein d''institutions semi-autonomes. Autre point important qui a ramené la confiance entre les deux parties, la République d'Irlande renonce à ses revendications territoriales sur l'Irlande du Nord. Enfin, les unionistes obtiennent la reconnaissance que l'Irlande du Nord restera britannique aussi longtemps que la majorité des Nord-Irlandais le souhaite.

Au final, grâce à cet accord, les relations économiques et sociales entre les deux Irlande se sont renforcées... et les barrages militaires ont disparu. La frontière est toujours là mais on ne la voit plus. Plus de checkpoints ou de contrôle sur la frontière. Tout cela a disparu depuis 20 ans. La frontière est quasiment invisible. Et c'est l'une des clés du succès des accords du Vendredi saint.

Mais le Brexit risque de faire réapparaître cette frontière...

Dans les négociations sur le Brexit, Britanniques et Européens se sont formellement engagés à ce que la frontière ne réapparaisse pas... mais sans vraiment rentrer dans le détail pour expliquer comment ils allaient s'y prendre. Pour Theresa May, "Brexit means Brexit". Plus précisément pour la Première ministre britannique, cela veut dire que le Royaume-Uni va sortir du marché unique européen et de l'union douanière. Les biens qui seront importés au Royaume-Uni devront s'acquitter de droits de douane, ce qui voudrait dire qu'il y aura bien des contrôles aux frontières extérieures du Royaume Uni... comme par exemple la frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande. Avec un effet dévastateur pour l'économie des deux Irlande.

L'alternative serait de considérer que l'Irlande du Nord obtienne un statut spécial et reste dans l'union douanière ; les contrôles douaniers se feraient alors en mer d'Irlande ou dans les ports. Faut d'alternative britannique, c'est l'option qui a été mise sur la table par les Européens dans le projet d'accord sur le Brexit. À terme, cela pourrait favoriser l'unité de l'île. C'est pour cela que les unionistes ne veulent pas en entendre parler.

La quadrature du cercle

Bref, on est en pleine quadrature du cercle... et on ne peut pas totalement exclure le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande. Avec quelles conséquences sur le processus de paix ? Les principaux signataires de l'accord du Vendredi saint estiment qu'il pourrait survivre.

"L'accord du Vendredi saint (...) devrait survivre au Brexit, mais c'est une complication", estime Tony Blair. Gerry Adams, l'ancien leader du Sinn Fein, l'aile politique de l'IRA pense aussi que "le processus de paix est acquis et que la grande majorité des Irlandais ne veut pas revenir en arrière"Mais tous ces responsables politiques reconnaissent également qu'un retour de la frontière physique fragiliserait le processus de paix, jusqu'à présent considéré comme un modèle du genre.

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Michel Barnier, le négociateur pour l'UE, veut une "solution oMichel Barnier, le pérationnelle" pour l'Irlande du Nord en octobre prochain (anglais)

Extrait de son speech à Bruxelles, ce 10 avril (anglais)

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