La mort d'Abou Bakr al-Baghdadi peut-elle engendrer des représailles ?

Le corps d’Abou Bakr al-Baghdadi, le chef du groupe État islamique, a été immergé hier en mer, conformément aux rites de l’islam. Sur le terrain, les Kurdes, qui combattent les djihadistes et en détiennent des milliers dans des prisons, s’attendent immédiatement à des représailles.

Faut-il également craindre ces représailles en dehors de la Syrie ? Pour Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques et chercheur en relations euro-arabes, le sentiment de vengeance que suscite la perte d’un chef auprès des combattants est un paramètre à prendre en compte. "Même si depuis des mois Daech savait très bien que al-Baghdadi serait condamné à terme, il deviendrait par la même occasion à la fois un martyr et à la fois un héros. Donc, de toute façon, des successeurs ont déjà été largement préparés pour prendre la suite et vont se situer — comme souvent d’ailleurs — dans une position victimaire de la part de ces groupes dans un esprit et une volonté de vengeance", explique-t-il.

20.000 combattants de Daech en liberté

Sébastien Boussois souligne que le risque du développement d’une mythologie de vengeance de la part des jeunes ou d’individus qui ne seront pas forcément partis sur le terrain de ce qui était le califat va peut-être aussi susciter des vocations. Et pour lui, les services de sécurité en Europe, en Belgique, sont déjà plus vigilants qu’a l’accoutumée. "J’ai assisté il y a 15 jours au Conseil national de sécurité et le directeur de l’OCAM, comme Frederick Van Nuys, soulignait déjà l’importance de rester vigilant, pas uniquement par la mort maintenant d’al-Baghdadi, mais par la situation au Moyen-Orient".

Le Conseil de sécurité des Nations unies a émis un rapport le 15 juillet dernier avançant le chiffre de 20.000 combattants de l’Armée de Daech dispersés entre la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan et la Libye, "ce qui à un moment ou à un autre pourrait évidemment représenter une menace pour nous".

De quoi obliger l’OCAM à revoir son niveau d’alerte ? "Je crois que ça va au-delà de ce niveau d’alerte qu’on augmente et qu’on descend", ajoute Sébastien Boussois. "Il y a un travail extrêmement important de la part des services belges, en collaboration avec les services français, en particulier depuis les attentats de 2016 qui ont frappé les deux pays. Je crois que l’OCAM reste extrêmement vigilant. Maintenant, je pense que la priorité est essentielle, est pédagogique, est citoyenne […] Pendant tout le temps où nous nous sommes concentrés sur la mort d’al-Baghdadi et sur la situation du djihadisme, on se retrouve à ignorer à mon avis d’autres extrémismes violents qui proviennent, dans une société polarisée aujourd’hui, de ceux qui voudraient en découdre aujourd’hui avec les musulmans. Et on voit bien, l’attentat qui a été perpétré hier à la mosquée de Bayonne était le reflet tout à fait de ça, d’un militant d’extrême droite qui voulait s’en prendre à des musulmans. Il faut mener ce combat sur tous les fronts".

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