La maison individuelle, un modèle dépassé ? À Hambourg, l'idée fait son chemin, portée par les écologistes

Est ce que la maison individuelle est un modèle d’habitat en fin de course ? À cette question, les Verts allemands répondent "Ja". À l’origine de ce revirement qui fait beaucoup jaser Outre-Rhin, un homme qui n’a pas l’allure d’un révolutionnaire. Emmitouflé dans son trois-quarts marine, Michael Werner-Boelz nous fait faire le "tour du propriétaire" dans le quartier des Pergolas, ses chaussures crissant dans la neige inondant la cité portuaire.

Certaines barres d’immeubles de 3 à 5 étages sont encore en construction sous la toise des grues en mouvement pour ne pas se figer dans l’air glacé. L’ensemble immobilier de 1.700 logements, couleur sang-de-bœuf et formes arrondies, serpente dans l'arrondissement de "Hambourg-Nord", le plus grand de la ville. Celui qu’il dirige depuis un an. Sans un mot plus haut que l’autre, il s’explique : "En raison de la forte demande de logement dans la métropole, on est bien obligé de faire avec les surfaces limitées dont on dispose, de gérer plus efficacement…

La pression immobilière pousse à la gentrification du quartier situé à 20 minutes en transport du centre-ville : en 10 ans, les prix au m² y ont été multipliés par deux ou trois selon les secteurs. D’où la décision de l’élu écologiste appliquée depuis son entrée en fonction : rejeter tout nouveau permis de construire pour les maisons individuelles. 


►►► À lire aussi : L'immobilier à la campagne ne connaît pas la crise


"Un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre !"

200 tonnes de sable et de graviers par maison, 15 KW/h de plus par an et par m² par rapport aux habitats collectifs, plus de place pour loger moins de gens : le bilan énergétique de la maison individuelle est "un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre" résume l’édile. Persuadé que "la logique finira par l’emporter", il reste de glace face aux critiques acerbes de l’opposition conservatrice : "Des idéologues gauchistes en ont rêvé, les écologistes le font !"

Avant de grimper dans sa berline, Günther, résident d’un quartier résidentiel voisin aux maisons de briques rouges bien alignées, peste contre les Verts : "Ils se mêlent trop de la vie des gens. De quel droit les empêcher d'accéder à la propriété ?" L’an dernier, 140.000 maisons individuelles ont été construites dans le pays. C’est la forme d’habitat privilégiée par les Allemands, de 70 à 75 % selon les sondages. Le rêve de la maison de lotissement avec son carré de pelouse autour sort encore renforcé par la période-corona et le développement du "home-office". 


►►► À lire aussiL'immobilier n'a jamais été aussi cher en Belgique, découvrez notre carte interactive


"La priorité, c'est de rénover !"

Bien consciente de l’impopularité potentielle d’une telle mesure, la direction fédérale de "Die Grünen" assume cette décision symbolique, à la valeur de ballon d’essai. Tout en plaidant le cas par cas, la distinction à opérer entre les habitats des villes et ceux des champs.

Elle pointe du doigt l’évolution démographique : avec le vieillissement de la population et la disparition progressive de la génération des "baby-boomers", la fondation fédérale du bâtiment estime qu’une maison sur cinq, construite dans les années 70 ou 80, sera mise sur le marché d’ici cinq ans.

Selon Christian Kühn, porte-parole fédéral du parti pour le logement : "La priorité, c’est de rénover les villas déjà existantes, de les rendre moins énergivores. C’est à chaque commune de voir, ce sont elles qui délivrent les permis de construire mais nous, nous pensons qu'il faut planifier différemment, construire différemment : durable !" Selon le rapport annuel des Nations-Unies de décembre dernier, la construction et le logement représentent 38 % du total des émissions de CO2.


►►► À lire aussi Survivre en ville ou à la campagne, ou quand certaines espèces trouvent refuge en milieu urbain


En cette année électorale, le débat n’est pas seulement idéologique entre partisans du laissez-faire et ceux de l’encadrement du marché. Bien arrimés dans les sondages à la deuxième place, les écologistes ont de fortes chances de faire partie du prochain gouvernement allemand à l’automne.  

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK