La Macédoine secouée par des incidents armés à sa frontière avec le Kosovo

Une famille est évacuée par un véhicule blindé de l'armée, le 9 mai 2015 à Kumanovo, en Macédoine, à la frontière avec le Kosovo
Une famille est évacuée par un véhicule blindé de l'armée, le 9 mai 2015 à Kumanovo, en Macédoine, à la frontière avec le Kosovo - © ROBERT ATANASOVSKI

La Macédoine, déjà affaiblie par une longue crise politique, risque de se retrouver davantage fragilisée suite à des incidents armés samedi à sa frontière avec le Kosovo, qui inquiètent l'ensemble des Balkans.

Dans cette ex-république yougoslave de 2,1 millions d'habitants à majorité slave orthodoxe, un quartier musulman de Kumanovo (nord), était assiégé depuis le petit matin par les forces de l'ordre qui traquent un "groupe armé venu d'un pays voisin" dans le but de perpétrer une "attaque terroriste contre les institutions de l'Etat, avec du soutien sur place".

Le porte-parole de la police macédonienne, Ivo Kotevski, n'a pas précisé de quel pays voisin il s'agissait, mais la presse locale montrait du doigt le Kosovo voisin, dont l'écrasante majorité de la population est albanaise.

La Serbie, elle aussi voisine du nord de la Macédoine, a aussitôt annoncé qu'elle renforçait ses troupes à cette frontière.

Belgrade, a eu son propre conflit (1998-99) avec les Albanais de l'UCK, l'armée du libération du Kosovo, et entretient toujours des relations délicates avec son ancienne province.

La répression de Belgrade contre la guérilla indépendantiste et la population civile avait été suivie d'une opération de l'Otan, au printemps 1999, mission qui, à l'issue de 78 jours de frappes aériennes, avait entraîné le retrait des forces serbes du Kosovo.

En 2008, avec l'appui des Etats-Unis et de la majorité des pays membres de l'Union européenne, le Kosovo proclamait son indépendance, un statut que la Serbie n'a toujours pas reconnu.

Pour sa part, la Macédoine, en 2001, a également connu son propre conflit avec ses propres rebelles albanais qui réclamaient davantage de droits. Ces derniers étaient soutenus par l'ancienne guérilla kosovare en hommes et en armes.

En 2001, sous la pression occidentale, les accords d'Ohrid (Macédoine) ont mis fin à six mois de conflit. L'accord a apporté aux Albanais, en majorité de confession musulmane et qui représentent environ 25% des 2,1 millions d'habitants en Macédoine, davantage de droits au sein de la société.

Inquiétude dans les Balkans

Samedi en milieu d'après-midi, des personnes âgées, des femmes et des enfants pour la plupart d'origine albanaise, quittaient par dizaines le quartier assiégé de Kumanovo, selon un photographe de l'AFP sur place.

Dans des échanges de tirs qui ont éclaté dans la matinée entre ce groupe mystérieux et les forces de l'ordre, quatre policiers ont été blessés, dont trois grièvement, qui ont été hospitalisés à Skopje.

Dans la journée, l'ambassade des Etats-Unis à Skopje a diffusé un communiqué présentant ses condoléances aux familles des personnes décédées dans ces incidents. Interrogé par l'AFP, le porte-parole de la police a affirmé ne pouvoir confirmer ni démentir cette information tant que l'opération était en cours.

La presse locale aussi fait état de morts et de blessés, y compris parmi les civils.

Alors que la Serbie renforçait ses troupes aux frontières, l'Albanie et le Kosovo ont lancé des appels au calme, Pristina demandant "à toutes les parties de trouver une solution par la voie du dialogue politique".

Allié du parti conservateur slave au pouvoir à Skopje, le DUI, principal parti politique des Albanais de Macédoine, a lui aussi fermement condamné ces incidents.

Selon un photographe de l'AFP, des véhicules tout-terrain de la police et des blindés gardent les carrefours pendant que des policiers en treillis et gilets pare-balles, patrouillent dans les rues. Des hélicoptères survolent le quartier.

Les incidents de Kumanovo sont intervenus après que le 21 avril un groupe armé d'Albanais venus du Kosovo a brièvement pris possession d'un petit commissariat de police à la frontière nord de la Macédoine, réclamant la création d'un État albanais sur le territoire de cette ex-république yougoslave.

AFP

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