La Libye au bord de la "guerre civile", plus de 230 morts

Photo prise lors d'une manifestation anti-Kadhafi devant l'ambassade libyenne en Egypte en soutient aux manifestants libyens
Photo prise lors d'une manifestation anti-Kadhafi devant l'ambassade libyenne en Egypte en soutient aux manifestants libyens - © AFP

Le bilan des manifestations en Libye ne cesse de s'alourdir et dépasse les 230 morts selon Human Rights Watch alors que le fils du colonel Mouammar Kadhafi reconnaît lui-même que le pays est au bord de la guerre civile.

A Benghazi, deuxième ville du pays à 1000 km à l'est de Tripoli et centre de la révolte depuis six jours, 60 personnes ont été tuées pour la seule journée de dimanche, selon Human Rights Watch, qui faisait état lundi matin d'un total de 233 morts dans tout le pays. Mais les manifestations ont aussi gagné la capitale dimanche.

Des bâtiments saccagés et incendiés

Selon des témoins contactés lundi par l'AFP, le siège d'une télévision et d'une radio publiques ont été saccagés dans la soirée par des manifestants à Tripoli et des postes de police et des locaux des comités révolutionnaires ont été incendiés.

La "salle du peuple", un bâtiment situé près du centre-ville et où sont souvent organisées des manifestations et des réunions officielles, a été également incendiée, a déclaré à l'AFP un Tripolitain résidant à proximité.

Des tirs nourris ont été entendus dans plusieurs quartiers de Tripoli et des affrontements entre opposants et sympathisants du numéro un libyen ont notamment eu lieu sur la Place verte de Tripoli, selon des témoins.

L'intervention télévisée du fils Kadhafi


"La Libye est à un carrefour. Soit nous nous entendons aujourd'hui sur des réformes, soit nous ne pleurerons pas 84 morts mais des milliers et il y aura des rivières de sang dans toute la Libye", a déclaré Seïf Al-Islam lors d'une allocution télévisée dans la nuit de dimanche à lundi, estimant que le pays était au bord de la "guerre civile".

Depuis le début du mouvement de protestation en Libye, le colonel Kadhafi, qui exerce depuis 42 ans un pouvoir sans partage sur ce riche pays pétrolier, n'a fait aucune intervention publique.

Seïf Al-Islam, qui a conduit pendant un temps le courant réformateur, a affirmé que la Libye était la cible d'un complot étranger visant à détruire l'unité du pays et à instaurer une république islamiste.

Il a reconnu que plusieurs villes du pays, dont Benghazi et Al-Baïda dans l'est, étaient la proie de violents combats et que les émeutiers s'étaient emparés d'armes militaires.

"A Al-Baïda, les gens ont des fusils et de nombreux dépôts de munitions ont été pillés. Nous avons des armes, l'armée a des armes, les forces qui veulent détruire la Libye ont des armes", a-t-il lancé.

"Maintenant tout le peuple libyen est armé. Je m'adresse à vous et pour la dernière fois avant de recourir aux armes", a-t-il dit, estimant que la Libye n'était "pas la Tunisie ni l'Egypte", en allusion aux révoltes qui ont conduit à la chute des présidents de ces deux pays.

Seïf Al-Islam a promis des réformes et annoncé que le Congrès général du peuple (Parlement) se réunirait bientôt pour décider d'un nouveau code pénal et de nouvelles lois donnant "des perspectives de liberté" pour la presse et la société civile, ainsi que du lancement d'un dialogue sur une Constitution.

Il a évoqué plusieurs fois le chiffre de 84 morts dans les violences et affirmé que les bilans donnés par "les médias étrangers" étaient "très exagérés".

"Notre moral est au plus haut et le leader Mouammar Kadhafi, ici à Tripoli, conduit la bataille et nous le soutenons ainsi que nos forces armées", a-t-il lancé assurant qu'"en ce moment (dans la nuit de dimanche à lundi), des chars se (déplaçaient) dans Benghazi conduits par des civils".

Appel au dialogue avec l'opposition

L'ancien porte-parole du gouvernement libyen (il l'était encore il y a un mois), estime pour sa part que les autorités doivent entamer un dialogue avec l'opposition et débattre de l'élaboration d'une Constitution, rapporte Reuter.

"J'espère que (Saif al Islam) changera (...) son discours pour reconnaître l'existence d'une opposition populaire interne, et entamer un dialogue avec elle sur des changements profonds dans le système libyen", a déclaré Mohamed Bayou dans un communiqué dont on pu se procurer l'agence de presse.

Défections du côté des diplomates libyens

Face à la répression sanglante des manifestations, des diplomates libyens en poste à l'étranger ont commencé à faire défection. L'ambassadeur de Libye en Inde, Ali Al-Issawi, a annoncé lundi à la BBC qu'il avait démissionné pour protester contre la violente répression par le régime des manifestations.

Un diplomate libyen en poste en Chine, Hussein Sadiq al Mousrati, avait auparavant annoncé sa démission et appelé tous les membres du personnel diplomatique libyen à faire de même, selon Al-Jazira.

Dimanche, le représentant permanent de la Libye auprès de la Ligue arabe, Abdel Moneim al-Honi, avait annoncé sa démission pour rejoindre "la révolution" et protester contre la "violence contre les manifestants".

Plusieurs pays occidentaux se préparaient à évacuer leurs ressortissants, de même que des entreprises comme le géant pétrolier BP. Dimanche la Turquie avait rapatrié de Libye plus de 500 ressortissants, dont certains disent avoir été la cible de violences à Benghazi.

A Londres, l'ambassadeur libyen a été convoqué par les autorités britanniques pour protester contre la violence de la répression des manifestations dans le pays. Celles-ci réclament que les coupables soient poursuivis.

Près de Tripoli, quelque 500 Libyens ont envahi et pillé lundi un chantier de construction sud-coréen, faisant des blessés parmi les ouvriers bangladeshis et les Sud-coréens, a indiqué le ministère des Affaires étrangères à Séoul sans pouvoir préciser si ces attaques étaient liées aux troubles.

C.B avec AFP et Reuter

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