La liberté de la presse prochaine victime du Coronavirus?

Une employée prend la température d'un journaliste américain alors que le maire de New York, Bill de Blasio, visite le Brooklyn Navy Yard.
Une employée prend la température d'un journaliste américain alors que le maire de New York, Bill de Blasio, visite le Brooklyn Navy Yard. - © EDUARDO MUNOZ ALVAREZ - AFP

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 206 pays et territoires ont recensé des cas de contamination au Covid 19. Seuls la Corée du Nord, le Lesotho, le Tadjikistan, le Turkménistan et le Yémen font pour l’instant figure d’exceptions. 

Dans ces pays, la vie semble suivre son cours. La saison de football a débuté samedi au Tadjikistan, à l’heure où la plupart des pays ont suspendu leurs compétitions en raison de la propagation du coronavirus. Des exceptions mondiales qui posent questions, et une en particulier, la question de liberté de l’information.

La Hongrie et la Roumanie inquiètent

Plus près de nous, des interrogations ont aussi été soulevées par des journalistes en Hongrie et en Roumaine. Ces deux pays ont adopté des mesures législatives d’exception qui punissent la diffusion de fausses informations.

Ce glissement vers une limitation possible du travail de la presse alarme Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes.

"On ne s’étonne pas que le Turkménistan ou la Corée du nord veuillent contrôler les médias. Ce qui est inquiétant, c’est de constater que des pays européens qui adhèrent à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, à la Convention européenne des droits de l’homme, commencent à attenter à la liberté de la presse, derrière la liberté de la presse, c’est la liberté de tous les citoyens à accéder à l’information qui est menacée."

Le danger des conférences de presse en ligne

Au-delà des réformes légales attentatoires à la liberté de la presse, la FEJ pointe du doigt d’autres pratiques qui peuvent entraver le travail de contrôle des médias :

" Je pense notamment aux conférences de presse en ligne organisées un peu partout.  En Espagne, les questions sont filtrées par les porte-paroles du gouvernement, ce qui est tout à fait inacceptable ! On constate que sous prétexte d’assurer la sécurité sanitaire des journalistes, on impose en réalité des restrictions à la liberté de la presse.", dénonce Ricardo Gutiérrez.

Ces conférences de presse à distance restreignent l’accès aux acteurs qui agissent au premier rang dans la gestion de la crise. En Slovénie et en République tchèque, elles ont carrément été supprimées. 

"Nous trouvons cela particulièrement dangereux parce qu’on estime que les journalistes doivent jouir dans cette période actuelle d’une liberté d’accès total à l’information. Il est normal que les autorités politiques mais aussi sanitaires soient amenées à justifier leurs choix. Les citoyens européens ont besoin de clarté.", affirme le secrétaire général de la FEJ. 

La Fédération européenne des journalistes à interpeller la semaine dernière la Commission européenne sur ces pratiques.