La libération d'une 50aine d'otages turcs retenus par l'"Etat islamique"

Des civils kurdes syrien franchissent la frontière avec la Turquie le 19 septembre 2014 près de Suruc dans la province Sanliurfa
Des civils kurdes syrien franchissent la frontière avec la Turquie le 19 septembre 2014 près de Suruc dans la province Sanliurfa - © Ilyas Akengin

Quarante-neuf Turcs retenus en otages depuis juin en Irak par le groupe Etat islamique (EI) ont été libérés samedi, au moment où les jihadistes réalisaient une percée fulgurante en Syrie voisine en s'emparant de dizaines de villages kurdes.

Face à "l'offensive de grande ampleur" menée par l'EI, qui contrôle désormais 25% de la Syrie et 40% de l'Irak, le Conseil de sécurité de l'ONU a exhorté la communauté internationale à "renforcer" son soutien au gouvernement irakien.

La coalition initiée par le président américain Barack Obama s'est étoffée ces dernières 48 heures avec les premières frappes françaises en Irak et l'accord du Congrès américain pour aider les rebelles en Syrie face aux jihadistes, responsables des pires exactions dans les régions qu'ils ont conquises ces derniers mois.

Alors que le groupe a revendiqué ces dernières semaines la décapitation de trois otages occidentaux, les services de renseignement turcs (MIT) ont libéré 49 de leurs ressortissants que l'EI avait capturés le 11 juin lors de la prise du consulat général de Turquie à Mossoul, aux premiers jours de l'offensive des jihadistes dans le nord de l'Irak.

"Tôt ce matin, nous avons récupéré nos citoyens et nous les avons ramenés en Turquie", sains et saufs, a annoncé le Premier ministre, Ahmet Davutoglu. "Ces développements nous remplissent de joie", a-t-il ajouté.

"Opération de sauvetage"

Le président Recep Tayyip Erdogan a précisé que les otages avaient été libérés lors d'une "opération de sauvetage" des services de renseignement. "Elle a démarré cette nuit et s'est achevée ce matin", a-t-il dit. Parmi les otages figuraient le consul général et son épouse, plusieurs diplomates et leurs enfants, ainsi que des membres de forces spéciales turques.

Depuis juin, les autorités turques avaient répété avoir maintenu des "contacts" pour obtenir la libération de leurs citoyens, sans plus de précisions. Le gouvernement islamo-conservateur turc, soutien de l'opposition au président syrien Bachar al-Assad, a été accusé à de nombreuses reprises d'avoir armé des groupes islamistes hostiles au régime de Damas, dont l'EI, mais Ankara a toujours fermement nié.

La Turquie a refusé la semaine dernière de participer aux opérations militaires lancées par la coalition antijihadistes, arguant de sa volonté de protéger la vie des otages mais nourrissant ainsi critiques et suspicion.

Une quarantaine de pays ont décidé de participer, d'une manière ou d'autre, à cette coalition initiée par les Etats-Unis.

Vendredi, des avions français Rafale ont mené "une première frappe contre un dépôt logistique" de l'EI" et l'ont "entièrement détruit", a indiqué la présidence française. Selon une source militaire française, le dépôt contenait "beaucoup de munitions", des véhicules et des réserves de carburant".

"Vaincre la menace"

"L'aide militaire, économique et financière à l'Irak doit continuer (à affluer) pour soutenir la contre-offensive", a plaidé vendredi le ministre irakien des Affaires étrangères Ibrahim al-Jaafari, devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry s'est dit "absolument convaincu qu'à travers une campagne mondiale nous pouvons vaincre la menace de l'EI", fort de quelque 35.000 hommes en Syrie et en Irak selon les estimations.

Ce groupe sunnite extrémiste a effectué une avancée majeure dans le nord de la Syrie, en prenant le contrôle de 60 villages kurdes en deux jours, dont 40 vendredi, autour d'Aïn al-Arab (Kobané en langue kurde), a affirmé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Les combattants kurdes battent en retraite", a déclaré à l'AFP le directeur de cette ONG, Rami Abdel Rahmane.

Fuyant cet assaut et craignant les terribles exactions que cette organisation ultra-radicale fait subir à ceux qui tombent entre ses mains, plus de 5.000 habitants ont fui vers la Turquie voisine, qui a été contrainte d'ouvrir sa frontière. "Il y a 800 habitants de ces villages dont le sort est inconnu", a précisé M. Abdel Rahmane.

Une déplacée a affirmé sur la chaîne turque Haber-Türk que les jihadistes avaient tué de nombreuses personnes et a évoqué des viols.

Samedi, l'OSDH a précisé qu'au moins 18 jihadistes avaient péri dans la nuit de vendredi à samedi dans ces combats avec les forces kurdes, qui se poursuivaient samedi.

Ayant exclu de déployer des troupes de combat, les Etats-Unis comptent sur les rebelles syriens modérés pour affronter l'EI sur le terrain. Dans ce but, le Sénat américain a adopté jeudi un plan d'un montant de 500 millions de dollars sur un an pour équiper et entraîner ces rebelles, affaiblis par la double guerre qu'ils mènent contre l'EI et le régime en Syrie.


AFP

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